Capgemini forme des personnes handicapées comme développeurs informatiques

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

agefiph.capgemini.jpg Le Groupe Capgemini, leader du conseil en systèmes d¹information et des services informatiques, est engagé dans l’insertion et le maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés. Cap Gemini Sud, qui emploie 1450 salariés, dont 850 sur le site de Toulouse, collabore depuis plusieurs mois avec LB Développement, cabinet spécialisé en ressources humaines, pour former et embaucher six personnes en situation de handicap. L’entreprise a accepté dans ce cadre, d’adapter son mode de recrutement habituel. Un dispositif de formation pré-qualifiante de «développeur informatique » a été mis en place du 21 avril au 1er août : quinze semaines dans l’entreprise, dont une, directement au sein d’un service. L’Agefiph Midi Pyrénées et le Girpeh soutiennent l’action. Cinq stagiaires ont d’ores et déjà intégré l’entreprise.

Article paru dans Agefiph Infos n° 65 (octobre – décembre 2008)
Directeur de la publication : Pierre Blanc
Rédactrice en chef : Nadia Guiny
Dossier réalisé par Tugdual Ruellan

article téléchargeable en cliquant sur le lien :
2008.10.Agefiph_Infos.65.01.pdf

Un stage de quinze semaines au sein même de l’entreprise
Six candidats deviennent développeurs informatiques à Capgemini

Le Groupe Capgemini a été créé en 1967. Il emploie aujourd’hui, au sein de ses quinze filiales, quelque 21.000 personnes, disséminées dans une centaine de villes en France. La société de services et de conseils développe quatre métiers : le conseil en management d’entreprises, l’intégration de systèmes informatiques, l’out sourcing (info-gérance) et les services informatiques de proximité. En 1998, Capgemini Est signe un premier accord en faveur de l’insertion des personnes handicapées. « Dès cette époque, se souvient Philippe Braconnier, directeur de la Mission handicap du Groupe, il était prévu d’étendre cet accord à l’ensemble des filiales. Grâce à l’impulsion donnée par la loi, l’engagement était signé en novembre 2006 avec l’ensemble des organisations syndicales. » Les objectifs sont ambitieux. Il s’agit alors d’assouplir les critères de sélection pour élargir le recrutement et d’augmenter le nombre de salariés travailleurs handicapés de 20 %. « Nous nous engagions également à maintenir l’emploi de nos salariés, poursuivre nos actions de sensibilisation, de formation et le partenariat avec les établissements et services d’aide par le travail, tant pour une sous-traitance que pour un appui technologique et organisationnel. » En plus de cet accord, Capgemini signe à Nanterre la même année, le pacte national des entreprises pour l’insertion des personnes handicapées.

C’est en février 2007, qu’une rencontre a lieu avec Bruno Chognon, responsable du cabinet en ressources humaines LB Développement. « L’entreprise souhaitait élargir son recrutement, explique le dirigeant. Mais la barre était haute ! Les critères portaient sur des qualifications d’ingénieur, bac + 5, avec une parfaite maîtrise de l’anglais… » Le cabinet, créé en 1996, intervient avec son équipe de seize salariés et sa quinzaine de partenaires, sur l’ensemble du territoire. Il s’est spécialisé dans le développement des compétences tant par le recrutement que la formation continue pour les salariés en poste ou la formation en alternance sur mesure : « Concernant l’insertion de travailleurs handicapés, nous développons également des process novateurs et intervenons sur la communication dans l’entreprise, poursuit-il, la sensibilisation des équipes, le suivi et l’accompagnement des personnes. » Bruno Chognon propose alors à Capgemini, après avoir mené une analyse du bassin d’emploi, de mettre en place un dispositif de formation pré-qualifiante de «développeur informatique » : « L’idée était de sélectionner des demandeurs d’emplois reconnus travailleurs handicapés qui avaient des aptitudes ou des pré requis en informatique et de les former, au sein même de l’entreprise. L’objectif final étant bien sûr, de les intégrer en contrat à durée indéterminée. » Grâce à l’implication de Jean-Claude Mouhat, directeur des ressources humaines, et Bernard Saubiette, chargé de mission handicap, c’est le site de Toulouse qui est retenu pour l’expérimentation. « Toute l’équipe était partante, insiste Philippe Braconnier : direction, management, recruteurs, ressources humaines. C’était la condition nécessaire pour enclencher la dynamique. » En septembre 2007, le projet est accepté.

Capgemini accepte de modifier ses critères de recrutement
Les talents sont privilégiés aux diplômes

Dès le mois d’octobre 2007, le dispositif est présenté aux équipes opérationnelles et aux tuteurs. « Tous sont d’accord pour une remise en cause des critères de recrutement et l’accueil de stagiaires de moindre qualification, explique Bruno Chognon. Mais en même temps, des craintes s’expriment sur les capacités à effectuer les tâches demandées et suivre les projets enclenchés. » De novembre à janvier 2008, diverses réunions thématiques sont proposées sur le recrutement, l’identification du profil-cible et des pré-requis, le contenu du référentiel de formation. « Il fallait aussi, poursuit Bruno Chognon, identifier et valider les services d’accueil, les missions des tuteurs, l’échéancier final, les réelles possibilités d’embauche à l’issue de la période de stage. » Parallèlement LB Développement poursuit son étude du bassin et commence à sourcer les candidatures potentielles. Deux réunions de présentation sont proposées aux acteurs locaux d’insertion : Cap emploi, le Centre de rééducation professionnelle de Millau et le Girpeh. En février 2008, le projet est finalisé et l’Agefiph s’engage aux côtés des partenaires. Treize candidats sont identifiés dans la première phase de recrutement. Six sont finalement retenus, âgés de 26 à 42 ans. « Trois avaient une bonne connaissance de l’informatique et du développement d’applications mais trois autres, bien qu’issus du sérail informatique, n’avaient jamais connu d’expérience professionnelle. » L’un des sésames pour entrer dans l’entreprise réside dans un test d’algorithmes, basé sur la logique mathématique. Tous les candidats doivent le passer. « Nous l’avons proposé aux candidats. Curieusement, ceux qui n’avaient jamais approché le développement, ont obtenu de meilleurs résultats que certains salariés… qualifiés. »

Une formation de quinze semaines pour découvrir le métier
Tout le personnel partie prenante du projet

La formation débute le 21 avril 2008. Elle s’organise en quatorze semaines (490 heures) mêlant théorie et formation comportementale et d’une semaine d’intégration dans un service (35 heures). Les déficiences des stagiaires sont diverses : conséquences de maladies, déficiences auditives, épilepsie. L’un des stagiaires est aveugle. « Par la qualité de la formation, nous avons vu les personnes évoluer au fur et à mesure, note Bernard Saubiette, chargé de mission handicap à Toulouse. Nous avions tous envie que le projet réussisse. » « Nous étions très émus, atteste Pierre Vergne, 30 ans, l’un des stagiaires : j’avais une formation commerciale et une formation informatique Afpa en développement, option logiciels embarqués. Mais je ne trouvais pas d’emploi : partout, on me reprochait un manque d’expérience professionnelle et un niveau de qualification insuffisant. La chance m’a été donnée de pouvoir entrer dans cette entreprise. L’intérêt est que toute la formation s’est déroulée in situ. Nous pouvions ainsi découvrir l’ensemble des services et entrer en relation peu à peu avec les équipes. » Le 1er août, à la fin de la formation, deux stagiaires sont directement embauchés en CDI. Un contrat de professionnalisation est proposé aux trois autres stagiaires. La démarche d’intégration se poursuit pour le stagiaire aveugle. « L’attitude de l’entreprise est remarquable, surtout en matière de relations humaines, confie Pierre Vergnes. Il me manque des connaissances basiques pour être à la hauteur mais mon tuteur m’accompagne en ce sens. J’envisage aussi de poursuivre ma formation pour monter en compétence. »

L’entreprise prend en charge les frais pédagogiques

La pré formation au métier de développeur a été assurée par LB Développement pour un coût total de 83.720 € TTC. « Elle est financée par Cap Gemini dans le cadre de son accord, explique Marie-Cécile Dauger de l’Agefiph. L’Agefiph participe à hauteur d’ 1 € symbolique et soutient l’action en permettant à cinq demandeurs d’emploi, non indemnisés de bénéficier du statut de stagiaire de la formation professionnelle avec une rémunération via le Cnasea. Le sixième était rémunéré par l’Assedic ». A l’issue de la formation, un contrat de professionnalisation de neuf mois est proposé à trois stagiaires, à compter du 15 septembre, grâce à un financement du Fafiec, fonds de formation du secteur informatique. Deux prestations ponctuelles spécifiques ont été mises en place par le Girpehtech pour l’adaptation des logiciels de Cédric Dartigues, aveugle.

Des adaptations spécifiques nécessaires pour un stagiaire aveugle

Le Girpeh Midi-Pyrénées, Groupement interprofessionnel régional pour l’emploi des personnes handicapées, a été sollicité par Cap Emploi pour mettre en œuvre un appui spécifique concernant l’insertion professionnelle d’un des stagiaires aveugle. « Il disposait d’un ordinateur adapté avec une plage braille et un logiciel de synthèse vocale, explique la directrice, Béatrice Dulom. Il a pu ainsi suivre la formation sans difficulté. » Il a fallu ensuite, mesurer le niveau d’accessibilité des principaux environnements informatiques : « l’objectif était d’identifier les services pouvant accueillir plus facilement cette personne ». Différents logiciels ont été testés par la chargée de mission du centre de ressources Girpehtech et un intervenant extérieur : « Nous avons été agréablement surpris, poursuit Béatrice Dulom. Une fois les paramètres d’accessibilité activés, la plupart des environnements s’avèrent largement accessibles, mis à part des logiciels basés sur l’utilisation d’objets graphiques. » Pour faciliter l’intégration du stagiaire, le Girpeh préconise désormais l’acquisition d’un ordinateur portable, d’un casque audio de bonne qualité pour écouter la synthèse vocale sans risque de gêner les collègues de travail, une mise à jour régulière de son logiciel d’interface ainsi qu’une découverte de l’entreprise avec un instructeur en locomotion afin de mieux appréhender les espaces de travail et favoriser l’autonomie dans les déplacements. Il faut noter que le Girpeh intervient par ailleurs sur le suivi de cette expérimentation dans le cadre de l’accord global signé par Capgemini. L’action, jugée positive par l’entreprise, est dupliquée à Sogeti, l’une des filiales. Les six stagiaires viennent juste d’être embauchés à l’issue de leur formation.

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