Institut breton d’éducation permanente : après les pépins, la pêche !

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

1996.04.Declic25.IBEP_56.photo.jpgUn long arrêt de travail, à la suite d’un accident ou de maladie, et c’est la déprime, la solitude. Dans le Morbihan, le stage « Retravailler », de l’Institut breton d’éducation permanente, remobilise les énergies. Et près de 65% des stagiaires trouvent un emploi à la sortie.

article paru dans Déclic n°25, avril 1996
Rédactrice en chef : France de Lagarde
Texte : Tugdual Ruellan
Photos : David Adémas

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/1996.04.Declic25.IBEP_56.01.pdf

Le nez penché sur le moteur. Yannick procède à l’expertise d’un véhicule récemment accidenté. La mécanique est sa passion depuis qu’il est enfant. Jamais, pourtant, il n’avait pensé qu’un jour, elle deviendrait son métier. Il y a eu tous ces petits boulots de manutentionnaire après le service militaire. Il y a eu surtout ces problèmes de santé, survenus en 1987, alors qu’il avait 27 ans. Tout allait soudainement basculer : « J’ai commencé à faire de l’hypertension neuromusculaire, se souvient-il : cela me provoquait des blocages, de véritables tétanies. J’ai dû m’arrêter de travailler pendant six ans… C’était dur ; je ne savais plus très bien où j’en étais. » En 1993. Yannick obtient son statut de « travailleur handicapé ». Cette même année, alors qu’il sombre dans le doute, la Direction du travail du Morbihan lui propose un stage à Ploërmel ani¬mé par l’Institut breton d’éducation permanente (lbep), baptisé « Retravailler » : « J’étais preneur de tout ce qui pouvait m’apporter des indices sur mes compétences, se souvient Yannick. J’avais hâte de commencer. » Voilà six ans que l’Ibep propose d’aider des personnes, reconnues « travailleurs handicapés » à retrouver un emploi. « Nous avons pour objectif d’engager le stagiaire dans une dynamique de projet professionnel, mais aussi de projet personnel, explique Marie-Paule Mallat, responsable du stage. Ils s’inscrivent dans une perspective à plus ou moins long terme et dépassent le temps de l’action. Cela nécessite une première étape d’analyse sur soi, c’est-à-dire, l’émergence des capacités personnelles, professionnelles et sociales pour élaborer un projet réaliste et cohérent, en adéquation avec les compétences, le handicap et le marché de l’emploi. » Le stage « Retravailler » se déroule sur 522 heures : sept semaines en centre de forma¬tion, sept semaines en entreprise : « Il est organisé selon trois périodes, précise Marie-Paule Mallat. Nous pouvons ainsi vérifier au besoin plusieurs projets professionnels. Ce temps est parfois un peu court, surtout pour les personnes le plus en difficulté. Le chemin pour reprendre confiance en soi est très long… » Les personnes arrivent bien souvent démobilisées au stage, ayant eu à faire face à un long temps d’arrêt maladie, à la suite d’un accident du travail ou de la circulation… Chômage longue durée, solitude, désespoir auxquels se greffent parfois des difficultés d’expression, des problèmes d’alcool ou de vie conjugale… Certains n’osent plus sortir de chez eux, faire des démarches pour trouver un emploi, effrayés par l’environnement et le regard de l’autre. « J’ai eu un accident de la route en 1992, à 37 ans, confie Gilles. Je me suis retrouvé au chômage, les portes se fermaient à cause de mon handicap. La dépression… A force de me renfermer, je devenais complètement asocial et ne supportais plus mon entourage. J’étais devenu un escargot et n’étais même plus capable de tenir une conversation. On m’a informé de ce stage. Je n’y croyais pas de trop ! J’ai presque été sélectionné malgré moi… » Pour bénéficier du stage, il faut être inscrit à l’ANPE, être reconnu travailleur handicapé, savoir lire et écrire et, comme aime à le rappeler Marie-Paule Mallat, « avoir envie de quelque chose. » Les tests proposés les premiers jours aux quinze stagiaires servent à évaluer les différents niveaux. Mais, très vite, les démarches se centrent sur la recherche d’un emploi.

La dynamique du groupe Les quatre premières semaines sont déterminantes : « Bien souvent, les gens sont méfiants, amers ; il faut que la dynamique de groupe s’installe. Toute notre démarche est basée sur l’entraide. Ils sont tous plus ou moins dans la même galère, c’est dur d’agir seul et ils sont besoin les uns des autres. » Une étroite collabora¬tion s’est installée avec le médecin du travail. C’est avec lui que s’évalue le nouveau projet professionnel et les conditions de sa réalisation. Bien sûr, tout le monde est mis à contribution pour que les démarches aboutissent : ANPE, Cotorep. Direction du travail, psychologue, assistantes sociales. Le stagiaire est invité à cher¬cher lui-même l’entreprise dans laquelle il va expérimenter son projet professionnel. On s’échange les bons « tuyaux ». Bientôt, les carnets d’adresses et les agendas commencent à s’emplir. L’lbep assure un suivi avec le tuteur qui peut être l’employeur ou quelqu’un de l’entreprise. « Notre intervention est liée uniquement à l’insertion professionnelle. Mais on est toujours là s’il y a une difficulté d’ordre personnel. Il faut aussi réapprendre à vivre dans un tissu social… » Les lisages peu à peu se détendent. On redevient capable d’espérer et de se tenir au but fixé. On s’efforce d’être à l’heure au rendez-vous, rasé de prés. On retrouve ce que l’on croyait avoir perdu : la confiance en soi. Des petites choses de rien du tout qui redonnent du sel à la vie. On expérimente, on tente, on invente, on ose à nous eau. Parfois, on se trompe. Mais les copains sont là pour repartir… « Ça faisait drôle de se trouver entre gens handicapés mais il y avait tellement d’entraide… J’ai retrouvé un boulot et je vais pouvoir me consacrer à la sculpture et à la peinture, ma passion. J’espère, un jour, pouvoir en vivre… En cinq ans, ce sont onze stages que l’Ibep a ainsi organisé à Ploërmel, à Vannes et à Pontivy. Près de 65 % des stagiaires trouvent, à la sortie, un travail. « Ce sont surtout de petites entre¬prises qui embauchent, pourtant non soumises à l’obligation d’emploi des personnes handicapées. Quasiment tous les contrats à durée déter¬minée se transforment rapidement en contrats à durée indéterminée… Gilles est aujourd’hui chef d’équipe dans un grand garage de Vannes. L’émotion le gagne quand il revoit les récentes images de sa vie : « Au bout d’une semaine de stage, j’ai ressenti un changement en moi : je commençais à me trouver bien, m’ouvrant à nouveau aux autres, comme un petit écolier ! Je me redécouvrais, me surprenant à faire des choses que je ne faisais pas avant ! Aujourd’hui on m’a fait confiance je reçois la clientèle, je gère l’atelier et distribue le travail aux ouvriers. A moi de m’affirmer, et de démontrer que mon employeur ne s’est pas trompé. Quant à Yannick, une opportunité l’a conduit chez un expert automobile d’Auray, qui cherchait un collaborateur : « Je l’ai d’abord accueilli en stage : il était très motivé pour entrer dans la profession : il fait son travail mieux que n’importe qui. Le handicap n’entre pas du tout en ligne de compte. On se partage maintenant tous les rendez-vous. » A l’issue de ce stage, poursuit Yannick, j’ai réalisé que je n’avais plus de honte à me reconnaître handicapé. J’en ressortais comme grandi. C’est banal de dire que ça a été un tremplin, mais c’est vraiment ça. Quand on n’a plus le moral, il faut quelqu’un qui guide. J’ai regretté que le stage ne dure pas plus longtemps. Il y a eu bien sûr des moments pénibles à passer… Mais aujourd’hui. je suis bien récompensé. » Tugdual Ruellan

Contacts : IBEP. Institut breton d’éducation permanente, direction régionale : 2 bis, allée Bourgonnette, 35000 Rennes, Tél. : 99 86 11 90. Antenne Lorient, 60 bis, rue de Larmor, 56100 Lorient. Tél. 97 21 08 08, fax 97 21 02 32. :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *