Loisirs Pluriel : à Rennes, un centre vraiment aéré

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

1995.11.Declic21.Loisirs_Pluriel.photo.jpgPeu de centres aérés reçoivent ensemble enfants valides et handicapés. L’équipe de Loisirs Pluriel à Rennes démontre que c’est possible. Et souhaitable.

article paru dans Déclic n° 21, novembre 1995
Rédactrice en chef : France de Lagarde
Texte : Tugdual Ruellan
Photos : David Adémas

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/1995.11.Declic21.Loisirs_Pluriel.01.pdf

Accueillir un enfant handicapé dans un centre aéré ou un centre de loisirs, aux côtés des autres enfants valides ? « Nous ne sommes pas formés à cela ! ont répondu les quelque quatre-vingt directeurs interrogés à Rennes. De plus, nous manquons de personnel et n’obtiendrons jamais les financements nécessaires pour embaucher ou adapter nos locaux… » Ces réponses, Laurent Thomas les a entendues maintes et maintes fois au cours de l’enquête qui a précédé l’écriture de son mémoire de sciences sociales. « Evoquer l’accueil d’une personne handicapée déclenche tout un lot de représentations centrées sur des incapacités, sur les conséquences liées à la déficience… Très rarement sur les possibilités ! » Poursuivant sa formation, Laurent lance en 1991 l’idée d’un accueil pour les loisirs des enfants handicapés. Se joignent à lui un groupe de parents, l’équipe d’un service de soins à domicile et celle d’un centre de rééducation fonctionnelle à Rennes. « Nous constations qu’il y avait beaucoup de propositions pour l’été, mais quasiment rien en semaine ou durant les petites vacances. De plus, tout était spécialisé… C’est ainsi que nous avons pensé créer une structure rassemblant des enfants valides et handicapés. » Loisirs pluriel était né. En novembre 1993, le centre ouvrait ses portes dans la périphérie urbaine. Près de mille enfants handicapés habitent Rennes ou les environs. Sept cents sont scolarisés en milieu adapté ou en intégration individuelle ; les autres étant en centre de rééducation fonctionnelle ou en hôpital de jour. Et les loisirs du mercredi sont rares… Pourtant, les demandes ne sont pas venues massivement : « Nous étions persuadés qu’il y avait un besoin. Mais les parents souhaitaient réfléchir, prendre leur temps. Ce n’était pas facile pour eux d’imaginer leur enfant handicapé aux côtés d’un enfant valide… » Les frères et soeurs feront d’abord le premier pas, heureux de trouver, à proximité, une possibilité de loisirs collectifs: puis des enfants d’éducateurs, de gens motivés et enfin… les enfants du quartier. Aujourd’hui, Loisirs Pluriel a déménagé et se trouve prés du centre-ville, dans des locaux loués à une école : « Tout est de plain-pied… Les enfants ont accès à la cour pour des jeux de plein air. Le centre devient peu à peu celui du quartier. Il n’y en a pas d’autre à proximité !»

Aujourd’hui, c’est mercredi ! Dehors il pleut et Sandra, la directrice, a proposé aux enfants de faire un « Monopoly ». Voilà une semaine que Ludovic, infirme moteur cérébral, attendait ce jour. « Chaque mercredi, son visage s’éclaire d’un beau sourire », confie sa maman. Benoît, lui, a tapé des pieds et des mains pour venir. Pour rien au monde, il ne raterait cette journée. « J’ai découvert l’existence de ce centre par la presse, explique sa maman. J’ai tout de suite été séduite. Les enfants forment un groupe solidaire et s’enrichissent des différentes situations personnelles. Benoît s’y plaît et insiste pour venir, même si j’ai un congé le mercredi ! » Le jeu se met en place : les billets s’échangent. Rendez-vous rue de !a Paix… « Je sais mon fils en sécurité, entouré d’une équipe attentive aux soins et aux désirs de nos enfants. Cela me soulage… » Jean-Marie a un œil sur son voisin. Il sait qu’il a besoin d’un coup de main pour attraper la carte « Chance ». C’est lui qui l’aide à lire. Lisa n’avait jamais vu d’enfants handicapés. Au début, bien sûr, elle s’est inquiétée. Aujourd’hui, il n’y a que le plaisir de participer qui compte… « Chic ! C’est mon anniversaire, chaque joueur doit me donner 1000F. » Siegfried ne vient plus à Loisirs pluriel depuis la semaine dernière. Voilà longtemps qu’il voulait faire du théâtre. Il s’est senti prêt et vient de s’inscrire dans le club du quartier. Agréé Jeunesse et sports, le centre fonctionne avec un animateur pour trois enfants au lieu d’un pour dix habituellement. L’équipe est formée de cinq permanents mais elle peut faire appel à un réseau d’une douzaine d’autres personnes en fonction du nombre d’enfants inscrits. « Toutes ont une expérience d’accompagnement d’enfants handicapés et sont très motivées, explique la responsable. Sandra Petiteau. Nous nous sentons plus des professionnels du loisir que du handicap. » Les enfants sont invités à participer à toutes sortes d’activités : jeux d’intérieur, activités manuelles, mais aussi piscine, poney, voile, jeux de piste… Chaque événement de l’année est une occasion de fête, que savent s’approprier les enfants.

Le surcoût de fonctionnement est inévitable. Mais les parents n’en supportent pas les conséquences : « On s’aligne toujours sur le prix des autres structures. La Ville de Rennes a accepté en partie de prendre en charge le supplément. » Loisirs pluriel peut accueillir une quarantaine d’enfants, âgés de 3 à 13 ans, dont la moitié avec un handicap. Des échanges commencent à se faire avec d’autres centres aérés. On pense aussi renouveler les séjours d’été initiés l’an passé et aussi accueillir des adolescents… « Quand on voit l’évolution des enfants, l’entraide entre les enfants valides et les enfants handicapés, le bonheur des parents… on se dit que l’expérience doit valoir la peine d’être poursuivie. »

Un service de garde à domicile Le loisir, c’est aussi celui de la famille, pour Loisirs pluriel qui a mis en place récemment à Rennes, un service de garde d’enfants : Certains parents qui amenaient leur enfant au centre aéré nous ont confié qu’ils ne sortaient plus depuis des années, explique un des responsables. Notre équipe, avec qui les parents se sentaient en confiance, a créé pour la garde à domicile le service « Sitting plus », qui aide aujourd’hui quatre-vingt familles pour une soirée, un week-end ou pour quelques heures, à la sortie de l’école.»

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