Au centre par le travail de Carentoir, la ferme du Monde

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

1996.07.Declic28.ferme_du_monde.photo.jpgDans le Morbihan, le nouveau parc animalier « La Ferme du monde » accueille un large public, venu visiter ce domaine où vivent plus de 400 animaux domestiques des cinq continents. Une réussite à laquelle les travailleurs du centre d’aide par le travail se sont largement associés.

Article paru dans Déclic n°28, juillet 1996
Rédactrice en chef : France de Lagarde
Texte et photos : Tugdual Ruellan

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/1996.07.Declic28.ferme_du_monde.01.pdf

Quarante-cinq hectares de terre et un magnifique manoir breton de schiste et de granit. C’est le cadeau fait en 1986, au centre d’aide par le travail de Carentoir (petite bourgade du Morbihan, située non loin de La Gacilly), par Mme Texier, une riche veuve parisienne, originaire de la localité. L’idée d’y aménager un parc animalier est venue deux ans plus tard. Le CAT avait alors une vocation agricole : quelques vaches laitières et surtout, la confection d’une étonnante confiture de lait — quarante tonnes chaque année — aujourd’hui commercialisée dans des épiceries fines de toute la France. « Qu’en faire ? On a pris tout notre temps pour réfléchir, se souvient le directeur, Serge Temey. Au départ, nous avons d’abord pensé aménager ces terres pour un complément de production, mais le marché était déjà bien saturé. En même temps, nous ne souhaitions pas être concurrents de productions locales. Si un CAT se dit partenaire de son environnement, il ne doit pas le gêner ! » Rapidement, l’équipe se tourne vers un projet à vocation touristique. La Gacilly, et son village d’artisans, drainent chaque année quelque 300 000 visiteurs : Rochefort-en-Terre, petite cité de caractère, pas loin de 700 000 ! « Une étude de faisabilité nous a conforté dans notre choix, poursuit Serge Temey. Nous avons découvert que si une grande majorité des per¬sonnes interrogées disaient avoir déjà eu l’occasion de voir un ours ou un lion dans un zoo, en revanche seulement 2 à 7 % d’entre elles confiaient avoir vu, plus simplement, un alpaga ou une chèvre angora. D’où l’idée de rassembler les animaux d’élevage des cinq continents… » Ce projet original a conquis les responsables du CAT. Grâce aux aides financières du conseil régional, du conseil général et de l’Europe, grâce aussi aux avis éclairés d’un ami, responsable d’un autre parc animalier géré par un CAT à Pécheray, au sud du Mans (voir Déclic n° 5), la « Ferme du monde » a pu voir le jour. L’investissement atteint aujourd’hui les sept millions de francs. « Pendant trois ans, une quinzaine de travailleurs handicapés ont travaillé d’arrache-pied sur le site, se souvient André Bagot, éducateur technique et Alain Portier, zootechnicien. Tout était à faire : clôtures, parkings, passerelles, aménagement des allées, abris pour les animaux, entretien des prairies, signalétique, dispositif d’accueil. Nous avons aussi aménagé un mini golf… » La rénovation du manoir. à elle seule, était un important chantier : bon nombre de murs avaient souffert des intempéries et du poids des ans. « Nous avons quasiment tout refait nous-mêmes, dans l’esprit lies traditions architecturales de l’habitat local : nous menons actuellement une recherche sur le passé de ce manoir, histoire de faire parler les vieilles pierres… »

Un succès gratifiant

Enfin le l’avril dernier, la Ferme du monde ouvrait ses portes. Moment attendu, avec autant d’impatience que d’inquiétude… Pourtant, le public était bien au rendez-vous pour venir découvrir les quelque 420 animaux que le CAT avait réussi à rassembler sur le domaine du Bois-Brassu. Tous ont cet unique point commun : l’homme les a choisis, à un moment donné de son histoire, pour le nourrir, ou l’assister dans ses travaux agricoles. Les surprises sont au détour de chaque chemin : ici, l’on découvre cinq petits cochons chinois, là, c’est une petite chamelle, qui semble avoir peur de s’égarer et de perdre sa mère. Bovins d’Ecosse, watusis d’Afrique, cochon laineux de Hongrie, ânes de Sicile ou ânes communs, moutons de Jacob, basse-cour riche en sons et en couleurs, l’on passe ainsi sans transition, de l’Europe, à l’Asie, de l’Afrique aux Amériques, puis à l’Océanie. Un peu plus loin, la « Ferme » attend les enfants. Là, il est possible de voir de près les animaux, et même de les toucher et les caresser. Voyage tranquille dans un espace de bois et de prairies, rencontre avec l’univers de l’élevage domestique de la planète… Deux circuits s’offrent au visiteur. L’un balisé de couleur orange, de 1.2 km, l’autre de couleur verte, de 4,5 km. La balade peut se faire aussi en petit train. « L’ouverture a été un grand moment, raconte André Bagot. Les travailleurs handicapés l’attendaient avec beaucoup d’impatience. En accueillant les premiers visiteurs, ils se rendaient compte que le travail accompli générait un résultat, d’où une profonde satisfaction. » Douze personnes assurent la gestion quotidienne du parc, alimentant en fourrage les différentes mangeoires tout au long de l’année. Toutes connaissent bien le milieu rural et ne craignent pas le contact avec les bovins. Pascal adore les animaux. Voilà plus d’une heure qu’il est avec ces nouveaux poneys, arrivés au Bois-Brassu il y a seulement quelques jours. Avec patience, il guette un brin de reconnaissance : «Il faut d’abord avoir confiance dans l’animal, lance-t-il au visiteur interrogatif. Sinon, il n’aura jamais confiance en toi ! » Les trois équipes se succèdent. Deux commencent à 8h le matin, la troisième assure la fermeture à 19h30. Les travailleurs handicapés sont étroitement associés à la gestion de l’ensemble de la structure : entretien du parc, soins aux animaux, surveillance, accueil des visiteurs, service au bar et à la boutique, conduite du petit train. Ces derniers mois, le temps n’a pas incité aux sorties de plein-air, mais pourtant, plus de 5 300 visiteurs ont déjà fait le tour de la Ferme du monde. Le Livre d’or, inauguré par un couple d’Américains en voyage d’étude, ne désemplit pas de compliments… Une salle pédagogique est en cours de réalisation. Les enseignants y trouveront dés l’an prochain, des matériaux concrets pour intéresser les élèves à l’élevage. Au programme, visite de l’unité du Bois-Jumel où l’on transforme le lait, le miel et les fruits : après-midi découverte du parc et voyage au travers des cinq continents. « Pour les personnes handicapées qui travaillent à la Ferme du monde, c’est une expérience quotidienne de rencontre et d’insertion, estime Serge Temey. Le travail protégé a besoin de valoriser ses savoir-faire. Un lieu visité n’est-il pas la meilleure façon pour rencontrer les gens et montrer ce que nous faisons ? » 

Texte et photos Tugdual Ruellan

Petite visite guidée

La Ferme du monde est située au Bois-Brassu sur la commune de Carentoir, à 6 km de La Gacilly, à 20 km de Rochefort-en Terre et a 10 km de Guer-Coëtquidan dans le Morbihan. Le parc animalier est ouvert toute l’année y compris le lundi, en juillet et août. Du 1er mars au 30 octobre, il ouvre de 9h à 19h, sans interruption au moment de midi (la fermeture des caisses se fait à 18h). Du 30 octobre au 1er mars, il ouvre (sauf le lundi) de 10h à 17h30 (fermeture des caisses à 16h). Il est possible de pique-niquer sur place. La visite dure en moyenne deux heures trente. Il est aussi possible de demander une visite guidée ou transportée. Tél. 99.08.94.94 – fax. 99.08.97.72.

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