Comète Grand Ouest à Kerpape (Ploemeur – Morbihan) : la comète de l’espoir

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

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Inclure dans un programme de rééducation un module d’insertion professionnelle, telle est l’expérience menée depuis quatre ans par « Comète grand Ouest ». Ce projet a permis à plus de 200 personnes devenues tétra ou paraplégiques de retrouver un emploi ou de suivre une formation. En Ille-et-Vilaine, Vincent est éleveur, Marc est maquettiste ; à Nantes, des jeunes sont assistants en micro¬informatique… Des projets devenus réalité, avec Comète grand Ouest dont Michel Busnel (ci-contre à droite) est le président. A ses côtés, Mme de Balle et M. Desplanches, de la cellule d’insertion professionnelle au centre de Kerpape à Ploemeur dans le Morbihan.

article paru dans Déclic n°27, juin 1996
Rédactrice en chef : France de Lagarde
Texte et photos : Tugdual Ruellan

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/1996.06.Declic27.Comete_grand_ouest.01.pdf

Chaque année, on dénombre en France 1500 nouveaux cas d’atteinte médullaire, accidents de la moelle épinière. A eux seuls, les accidents de la voie publique en provoquent un millier. La fracture de la colonne vertébrale entraîne une section totale ou partielle de la moelle : les séquelles sont dans la plupart des cas irréversibles. Il faut alors apprendre à vivre paraplégique ou tétraplégique, se déplacer avec des cannes ou un fauteuil et, bien souvent, réinventer un projet professionnel… C’est pour tenter d’insérer ces personnes, menacées par l’exclusion, qu’a été créé en 1992, avec le concours de l’Agefiph et du Fonds social européen, « Comète grand Ouest ». Un ambitieux projet né du rapprochement de six établissements de réadaptation. « Nous accueillons des blessés médullaires depuis 1970, confie Michel Busnel, médecin-chef du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelles de Kerpape, près de Lorient dans le Morbihan, aujourd’hui président de l’association. Seulement 0,2 % d’entre eux pouvaient espérer être insérés en milieu ordinaire de travail ! Ce résultat quasiment nul nous a interpellés ! Il n’y avait pas de raison pour que ces personnes ne retrouvent pas de boulot ! » Des équipes se mettent au travail. Le centre de Kerpape est vite rejoint par cinq autres équipes : celle de l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches (92), de l’Arche à Saint-Saturnin (72), de Beaulieu à Rennes (35), de l’hôpital Saint-Jacques à Nantes (44) et de Pen-Bron à la Turballe (44). L’originalité de Comète grand Ouest est d’avoir pensé à intégrer la dynamique d’insertion professionnelle dès la phase active de soins, à l’entrée de la personne dans un centre de rééducation et de réadaptation. « Il faut mobiliser très précocement, poursuit Michel Busnel, dès que le pronostic fonctionnel a pu être établi et évalué par un bilan médical précis : nous prenons alors en charge la personne afin de l’orienter plus vers son avenir que vers la nostalgie de son passé. Certes, elle doit être écoutée dans ce qu’elle a à dire de douloureux, mais à chaque fois, il faut tenter de la recentrer vers tout ce qui est positif en elle même. C’est faire en quelque sorte le pari qu’elle ne se réduit pas à ce qu’elle n’est plus, mais bien considérer ce qu’elle est. » L’objectif était de réussir 40 insertions en milieu ordinaire de travail, en l’espace de trois ans. Ce sont en fait 54 personnes qui ont, avec Comète grand Ouest. et les différents partenaires chargés de l’insertion, pu trouver ou retrouver un emploi. Et 160 suivre une formation, au cours des trois premières années du programme.

Solidarité autour de Vincent Vincent est l’un d’entre eux. Âgé de 27 ans, il a vu ses projets tout à coup basculer à la suite d’une leucémie. Resté paraplégique à l’issue de la maladie, Vincent a dû mettre un terme au BEP d’électronique qu’il préparait alors dans un établissement rennais. C’est au centre de rééducation et de réadaptation de Rennes-Beaulieu qu’il entend pour la première fois parler de Comète grand Ouest. « Ça tombait bien : avec mon frère, éleveur de poules, j’avais justement un projet agricole… » Les idées tissent. Derrière Pascal et Vincent, il y a les parents, tous deux agriculteurs dans la petite commune de La Mézière en 111e-et-Vilaine, qui poussent leurs enfants à poursuivre l’entreprise familiale. Début 95, c’est décidé : Vincent se lance dans le gavage de canards. « J’ai comme statut celui d’exploitant individuel. Je ne pouvais pas entrer dans le Gaec familial, une structure collective, puisqu’il faut pouvoir participer à l’ensemble du travail ! » Pour Comète grand Ouest, l’enjeu est de taille mais n’a rien d’insurmontable. Les aides de l’Agefiph permettent de construire un bâtiment, puis de l’équiper avec une mélangeuse gaveuse, un système de guidage automatique, un silo et un racleur pour le nettoyage sous les cages. Vincent peut ainsi travailler seul. Chaque matin, dés 6h. il prépare la pâtée de farine, gave sa bande de 480 canards, puis lave les gouttières et remplit d’eau fraîche les abreuvoirs. La tâche est la même le soir, vers 18h30. L’entreprise est désormais sur les rails. Vincent propose aussi des oies à rôtir pour Noël… « On a mis dix-huit mois pour organiser le projet et être sûr que ça allait marcher. Tous les appareils n’étaient pas équipés, mais il y a eu une grande solidarité dans la commune pour résoudre les problèmes techniques. Et on a réussi… » D’autres travailleurs handicapés sont magasiniers, employés administratifs, responsables commerciaux ou maquettiste, comme Marc qui s’est installé en 1992 à Saint-Pierre-de-Plesguen en Ille-et-Vilaine. « J’ai eu un accident en 1988, se souvient cet ancien peintre décorateur. Depuis, je suis paraplégique. J’ai suivi une formation durant six mois. à l’Institut de Garches en région parisienne. Avec Comète grand Ouest, j’ai pu acquérir du matériel et commencé à travailler à domicile en octobre 93, à distance, gràce au réseau Numéris. » Rodolphe, Yvan et Dominique, eux, ont été embauchés par l’entreprise Bull à Nantes. Tous trois font de l’assistance téléphonique dans le domaine de la micro-informatique. « Nous connaissions mal alors le problème du handicap, se souvient Michel Boudard, responsable des ressources humaines chez Bull. Il n’y a pas forcément beaucoup d’échanges entre les associations et les entreprises. Nous avons découvert ce programme original et avons embauché ces personnes. On ne fait pas du tout de philanthropie. Nos attentes sont exactement les mômes que pour des personnes valides. » La méthodologie du programme Comète grand Ouest confirme que l’insertion des personnes handicapées médullaires est d’autant plus facile et efficace qu’elle est initiée pendant la phase aiguë du traitement. Des liens se sont créés avec des partenaires espagnols, portugais et irlandais, préoccupés par les mômes questions. Pour Michel Busnel. il faut désormais aller au-delà et créer, dans les centres de rééducation et de réadaptation. ce qu’il nomme des « cellules emploi » : « La mise en place de manière systématique d’un service emploi dans les centres devrait résoudre en grande partie les difficultés de l’insertion de ces personnes et au moindre coût, puisqu’elle est pratiquement immédiate. Il faut en effet réussir à inclure dans un programme de rééducation, un programme d’insertion. Ni plus, ni moins, si l’on veut éviter la marginalisation de ces personnes… » Texte et photos : Tugdual Ruellan

Contact : Comète grand Ouest, CMRRF de Kerpape. BP 78 – 56270 Ploemeur, Tél. 97 87 40 19 – fax 97 87 40 96.

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