SIADV : un suivi professionnel unique en France pour les déficients visuels dans l’Ouest

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

Copie_de_1997.07.Declic38.SIADV.02.jpgIl y a deux ans, la Bretagne, les Pays de la Loire et le Centre unissaient leurs forces pour créer un service interrégional d’appui aux déficients visuels (SIADV). Objectif : offrir des services de proximité dans le domaine de l’emploi et répondre aux sollicitations des organismes de placement. Bilan d’une initiative qui reste sans équivalent, lancée par Francis Gunteau, directeur de l’institut Montéclair d’Angers (Mutualité de l’Anjou) et Loïc Haffray, directeur du centre éducatif rural de la Villeneuve-Sainte-Odile dans les Côtes d’Armor (Croisade des aveugles).

article paru ds Déclic n°38, juillet 1997
Rédactrice en chef : France de Lagarde
Texte : Tugdual Ruellan
Photo : David Adémas

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/1997.07.Declic38.SIADV.01.pdf

Avec seulement quelques restes visuels à l’oeil droit. Serge Goujon, quarante-neuf ans, est responsable de l’usine « Oxadis » à La Ménétré (Maine-et-Loire) depuis maintenant huit ans. Au programme : conditionnement et distribution de bulbes a fleurs. Il a sous sa responsabilité quelque dix-huit permanents et cent vingt intérimaires durant la moitié de l’année. Pas facile de se faire reconnaître dans une fonction hiérarchique quand il faut sortir cette loupe qui indispose bien souvent l’interlocuteur. « A chaque fois, les salariés percevaient ce geste comme une inquisition, se souvient-il. Ils croyaient que je cherchais la petite bête alors qu’il s’agissait pour moi, simplement de prendre connaissance d’un document. »

« Vous êtes trop jeune pour faire un retraité »
C’est entre 1989 et 1996 que la situation a commencé à se dégrader. Suite à des problèmes relationnels liés à sa déficience, Serge se met à déprimer. Pendant des années, il tente de supporter cette situation pénible « Je ne savais plus très bien où j’en étais. Au début de l’année 96, j’ai contacté les responsables du service interrégional pour déficients visuels qui m’ont dit vous êtes trop jeune pour faire un retraité et trop vieux pour envisager une reconversion! Mais sans doute peut-on aménager votre poste de travail. » Un écran agrandisseur est installé ainsi qu’un plan de travail inclinable. Serge est alors mis en relation avec un orthoptiste qui lui propose d’intégrer aux lunettes, de petites loupes. « La rencontre avec ce professionnel a été pour moi un véritable déclic. Je peux ainsi consulter tous les documents, d’un simple regard C’était tout simple mais personne jusqu’alors ne me l’avait proposé!» C’est pour faire face à ce genre de difficultés, plus nombreuses qu’on ne le croit, qu’est né en novembre 1995, avec le concours de l’Agefiph, le Service interrégional d’appui aux déficients visuels (SIADV). « Il y avait alors une carence de services de proximité, se souviennent les deux fondateurs, Francis Gunteau, directeur de l’institut Montéclair d’Angers (Mutualité de l’Anjou) et Loïc Haffray, directeur du centre éducatif rural de Villeneuve-Sainte-Odile dans les Côtes d’Armor (Croisade des aveugles). Nous étions très fréquemment sollicités pour faire face à des situations de handicap, à la fois par des personnes déficientes visuelles, mais aussi par des organismes de placement. Nous avons réalisé une enquête et conçu le service dans une dynamique interrégionale pour venir en appui aux dispositifs existants comme les Cotorep, les EPSR Ohé et Prométhée, Média source. » Intervenant aujourd’hui sur la Bretagne, les Pays de la Loire et le Centre, soit dix sept départements, l’initiative, unique en France, propose un appui vers l’accompagnement professionnel, social tant en amont qu’en aval de l’emploi.

Un aveugle ne peut être que chaisier !

Sa première action est d’informer les professionnels sur la déficience visuelle : « Il y a encore des croyances â faire tomber, par exemple celle qu’un déficient visuel ne voit plus rien ou qu’un aveugle ne peut être que chaisier ou accordéoniste !» L’équipe du service, composée de quatre personnes à temps plein propose des bilans pour évaluer les potentialités visuelles d’une personne, son projet professionnel, sa capacité d’utilisation d’outils informatiques. Elle intervient pour le soutien à la formation dans des dispositifs ordinaires ou accompagne les personnes à la recherche d’un emploi. Elle favorise enfin recherche et innovation pour développer de nouvelles techniques et l’accès à de nouveaux métiers. Herman Debril a bénéficié de ce soutien. Ce jeune, âgé de vingt deux ans, suit aujourd’hui un Bac professionnel agricole au lycée de la Ville Davy à Quessoy non loin de Saint Brieuc : « Ma vue a baissé soudainement a l’âge de neuf ans, jusqu’à moins 1/20e. Après avoir suivi une formation au braille à Paris, je suis revenu avec mes parents en Bretagne. Là, nous avons entendu parler du service et j’ai pu ainsi intégrer une scolarité normale. »

Dans les premiers mois. Guillemette, professeur spécialisé du SIADV, rencontre chaque soir Hermann pour revoir les cours, expliquer les schémas, relier théorie et pratique… « Je suis le relais entre l’équipe pédagogique et le jeune. Les formateurs sont souvent désemparés face à un déficient visuel » « C’est un défi pour nous tous d’amener Hermann au même niveau que les autres, confie Guy Pringent, enseignant responsable de la filière. Nous manquons souvent de moyens et de temps pour l’accompagner dans sa scolarité. » Hermann sait que la balle est désormais dans son camp, mais l’expérience est parfois dure : « On est surprotégé dans les écoles adaptées et quand on sort dehors, il fait froid! Mais je n’ai pas envie pour autant que l’on m’éloigne de la réalité. Je ne supporte pas la charité, je souhaite que l’on ait les mêmes exigences avec moi qu’avec n’importe quel autre »  Tugdual Ruellan

Le SIADV en chiffres

Les résultats ont dépassé les objectifs prévus initialement. Depuis novembre 1995, 351 dossiers ont été ouverts. 64 personnes ont pu ainsi accéder à la formation dans un centre ordinaire (type Afpa, Gretal, 66 ont été accompagnées dans des formations de droit commun, 72 ont pu accéder a un emploi, 83 ont été maintenues dans leur emploi. « C’est encourageant, confie Loïc Haffray. Avant les personnes déficientes visuelles restaient chez elles, craignant d’essuyer des refus. Il s’agit de réinterroger une situation, d’étudier d’autres possibilités et redonner des espoirs pour que la personne devienne a part entière, un acteur dans la société.
Le service interrégional dispose de trois antennes.
Bertrand Teissier, Didier Gagner, Institut Montéclair, 51 rue du Vallon 49000 Angers
Tél. 02 41 73 38 18

Jean-Yves Bouvier, Service d’éducation et de rééducation à domicile pour aveugles et amblyopes, 128 bd Jourdan, 53000 Laval,
Tél. 02 43 53 22 11

Sophie Pinel, Centre éducatif rural pour aveugles et déficients visuels, Villeneuve-Sainte-Odile. 22640 Plénée-Jugon
Tél. 02 96 31 82 87

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