Dix emplois nouveaux au CAT de Bain-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

1997.10.Declic42.cat_bain_bretagne.photo.jpgOn parle beaucoup de réduction du temps de travail. Au Centre d’aide par le travail (CAT) de Bain-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine, elle est devenue réalité depuis mai dernier. Résultat : dix emplois nouveaux ont pu être créés pour des travailleurs handicapés.

article paru dans Déclic n°42, décembre 1997
Rédactrice en chef : France de Lagarde
Texte : Tugdual Ruellan
Photos : David Adémas

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/1997.10.Declic42.cat_bain_bretagne.pdf

L’initiative a de quoi surprendre. Rares étaient jusqu’alors les responsables du secteur protégé à oser proposer à leurs salariés un travail à temps partiel. Encore plus rares étaient-ils, sans doute, à envisager une réduction généralisée du temps de travail au sein de leur établissement. Peur des réactions des parents, crainte de perdre la caution des organismes de tutelle, refus de toucher aux avantages acquis… Les résistances, innombrables et sérieusement argumentées n’ont pas empêché Yves Thébault, le directeur du CAT de Bain-de-Bretagne, de relever le défi. «Améliorer la qualité de vie des travailleurs handicapés, c’est d’abord pour cela que nous avons souhaité réfléchir et mettre en place au sein de notre établissement, une réduction généralisée du temps de travail. C’est une affaire de solidarité », explique-t-il. Il est vrai que le manque de places en structure protégée commence sérieusement à poser question aux responsables d’établissements. En Bretagne, ce sont mille huit cent soixante-dix personnes qui attendent une place pour entrer en milieu protégé ; seulement soixante places ont pu être créées cette année dans la région « Nous sommes sollicités en permanence par les familles qui attendent désespérément une place », se désole le directeur. « Quarante d’entre elles attendent aujourd’hui que leur enfant soit admis au CAT de Bain-de-Bretagne. Il était temps que notre établissement prenne en compte la mutation profonde qui touche actuellement notre environnement social et économique. Même si la réduction du temps de travail ne constitue pas l’unique réponse au manque de places en CAT, nous sommes convaincus que c’est une voie possible et un moyen efficace pour créer des emplois. »

Espaces verts

Le CAT, géré par l’association « Notre avenir », association affiliée a l’Association départementale des amis et parents d’enfants inadaptés (Adapei), est spécialisé dans les activités de couture, espaces verts. Mécanique, cuisine, pépinière et la torréfaction du café Max Havelaar. Dès 1993, il commence à proposer aux salariés handicapés de travailler à temps partiel. Une quinzaine d’entre eux acceptent, soutenus par leurs parents Ceux qui en font la demande, ou en ont la possibilité, peuvent ainsi travailler à 80, 60, 50 ou 40 %. Au vu des premiers résultats, plutôt encourageants, Yves Thébault se hasarde à pousser la réflexion plus loin. Au mois de février 1996, il propose un sondage aux cent onze familles concernées. Quelle n’est pas sa surprise en découvrant que 92 % d’entre elles s’avouent prêtes à tenter l’expérience passer à une réduction généralisée du temps de travail. Le questionnaire déclenche en fait, un élan massif de solidarité. « Si ça peut rendre service à d’autres familles et jeunes handicapés, pourquoi pas », écrivent les parents dans leur courrier. « Plus de repos et de temps libre et des horaires plus convenables pour permettre d’autres embauches » « Nous qui avons la chance d’avoir nos enfants placés en CAT pensons à ceux qui sont dans le besoin. Nous ne pouvons être que d’accord avec ce projet » Les avis « contre » ne sont que trois et concernent des personnes travaillant déjà à temps partiel. Une famille. seulement exprime son désaccord : « Ce projet ne fait que différer le véritable problème des CAT et retarder la création de nouveaux établissements indispensables actuellement.» Soutenue par son conseil d’administration, Juliette Amaucé, présidente, propose alors, à partir de mai 1997, une réduction d’un quart d’heure le matin, un quart d’heure le soir et deux cent dix-sept jours d’ouverture dans l’année au lieu des deux cent vingt. Personne n’a rechigné sur ces quinze minutes de repos supplémentaires, d’autant que certains sont contraints à des temps de transport parfois longs. Aucune incidence pour le personnel d’encadrement : l’équipe reste la même et conserve son mode d’organisation. « La Caisse d’allocations familiales a donné son accord et d’emblée, les organismes de tutelle nous ont soutenus ainsi que l’ensemble des administrations concernées » explique Yves Thébault. Ce sont ainsi 8 % du temps qui ont été réduits, permettant l’embauche de dix nouvelles personnes. Pas de perte de salaire : la différence, d’à peu près 8 % est partiellement compensée par une augmentation de l’allocation adulte handicapé. « Ces mesures autorisent la prise en charge de cent personnes pour un agrément de soixante-quinze équivalents temps plein. Tous les travailleurs handicapés ont été consultés. Rien ne s’est fait sans leur accord. C’est un projet qui doit se faire dans la concertation », précise Yves Thébault. Inévitablement, l’augmentation d’effectif a entraîné un alourdissement des frais de fonctionnement : charges supplémentaires pou le personnel administratif, frais de transport, d’alimentation… « Nous avons financé ce surcoût par un redéploiement interne de nos moyens financiers. Une mesure acceptée par l’administration dans la mesure où la réduction du temps de travail offrait à un plus grand nombre de travailleurs handicapés une possibilité d’insertion sociale par le travail ». Réduire le temps de travail a nécessairement une incidence sur le temps libre.

Que faire du temps ?

L’initiative s’accompagne en parallèle d’une réflexion sur l’accompagnement social, du temps de loisirs, de la culture, du sport « La généralisation du temps partiel peut en certaines circonstances poser problème aux jeunes adultes et à leurs familles », confie Jean-Luc Sernin, directeur de l’institut médico-éducatif (IME) de Bain-de-Bretagne « Nous réfléchissons à la mise en place éventuelle d’un temps de prise en charge complémentaire au temps de travail. Que faire en effet du temps ainsi libéré ? Ne serait-il pas opportun de créer un lieu complémentaire de rencontre et de prise en charge structuré autour d’activités d’expression ?» Il n’est pas exclu, pour ce type de prise en charge, de faire appel en partie aux parents amis ou retraités, soucieux de transmettre un savoir-faire aux jeunes adultes. Le système a bien évidemment rapidement atteint ses limites : pas question de réduire à nouveau l’an prochain le temps de travail pour favoriser d’autres embauches. Mais l’expérience, toute nouvelle en France dans le secteur protégé, mérite sûrement une réflexion approfondie.
Tugdual Ruellan

CAT de Bain-de-Bretagne,
Rue Charles Ménardais
35470 Bain-de-Bretagne
Tél. : 02 99 43 95 44

L’Association Notre avenir gère un CAT, un atelier protégé, une section annexe (loisirs), un foyer d’hébergement et un service d’accompagnement à la vie sociale. L’effectif total, encadrement compris, est de deux cents personnes. Notre Avenir Zone industrielle de Sabin 35470 Bain-de-Bretagne Tél. : 02 99 43 95 44

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