Tilde (Finistère) : des horticulteurs embauchent en insertion

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

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Se grouper pour mieux intégrer des personnes handicapées, c’est le défi que tentent de relever trente-quatre entreprises horticoles du Finistère à l’initiative de Tilde, une association d’insertion. Résultat : au bout de deux ans, vingt-sept salariés ont été embauchés, dont vingt-deux travailleurs handicapés. Un bel encouragement.

article paru dans Déclic n°76, mai 2001
Rédactrice en chef : Pauline Restoux
Texte : Tugdual Ruellan
Photos : Tilde

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/DECLIC/2001.05.Declic76.Tilde.pdf

7 h30 viennent de sonner au clocher de Pleyber-Christ, gros bourg du Finistère, non loin du bord de mer. Dans le petit matin breton, le chef d’équipe accueille les salariés de Tildé au siège de l’association. On est ici au cœur du pays des choux-fleurs, du maraîchage et de l’horticulture. La saison bat son plein. Rhododendrons et camélias rivalisent d’intensité. Pas une minute à perdre, les jardiniers s’impatientent et les horticulteurs ont besoin de main-d’oeuvre. « Nous enregistrons la demande de l’entreprise », explique Eric Treigner, le chef d’équipe. « On se met en place et on organise le travail. Le producteur a déjà préparé son chantier. Mais ça peut changer tous les jours. En fin de journée, il nous fait part de ses souhaits à venir. » Une réunion de coordination rassemble les chefs d’équipe chaque jeudi, en fin d’après-midi.

Une équipe solidaire
« Ils assurent la qualité et la bonne exécution des travaux et veillent au temps de réalisation des tâches je m’occupe a la fois de l’éducation vers l’insertion professionnelle et de la formation », poursuit Eric. « Le but de Tilde est économique : il s’agit de s’insérer dans la vie active, d’apprendre un métier, de découvrir ses capacités et d’aller de l’avant. La notion de solidarité est très importante au sein de l’équipe.» Peu à peu, chacun a pris ses habitudes, appris le métier, découvrant les joies et les réalités d’une vie autonome après, bien souvent, de longues années passées en établissement spécialisé. En cas de besoin, l’association An Treiz assure un suivi social et professionnel. « L’IME, c’est terminé », s’exclame Mickaël vingt ans, employé de Tilde. « Aujourd’hui, j’ai un salaire, un logement à Morlaix… C’est un sacré changement ! Mon travail me plaît beaucoup, je sais ce qu’il y à faire Je vais continuer à évoluer, à me former. »

Un travail, une maison, une femme
« Je suis déficient visuel », poursuit Cevat. vingt ans, d’origine turque : « Je suis arrivé en France en 1990, à l’âge de quinze ans. J’avais envie de travailler après mon CAPA en production florale, que j’ai passé il y a quatre ans. J’ai été embauché par Tildé en mars 1999. J’ai trouvé un logement, et depuis, je vis vraiment ma vie. Je suis indépendant et j’ai pu me marier ! Ma femme est venue de Turquie l’été dernier. Travailler en groupe, c’est un avantage pour tout le monde. Quand il y a un manque à cause d’une déficience de l’un ou l’autre, on se cornplète, on s’entraide et ça marche. » « Le projet a été long à mettre en place », se souvient le directeur Yannig Cariou. « Il fallait trouver la bonne formule, légale et respectueuse des individus. Les groupements d’employeurs se sont vite imposés comme un nouveau mode d’intégration professionnelle. » Il faut dire que, dans le Finistère, l’horticulture a le vent en poupe ! En 1996, 70 entreprises horticoles sur 203 envisageaient d’embaucher, dans les trois années, l’équivalent de 101 temps pleins. C’est ce que révélait une étude réalisée par le Centre d’économie rurale, à la demande de la chambre d’agriculture du Finistère. L’association Tilde, créée en octobre 1998, saisit alors l’opportunité et propose un mode d’organisation et d’intervention innovant afin de répondre en partie à ce besoin accru de main-d’œuvre : « La région de Morlaix, Landivisiau et Saint-Pol-de-Léon est fortement déve¬loppée sur les plans agricole et horticole », confirme Yannig Cariou : « Sur dix cantons, on recense pas moins de quatre-vingt-huit producteurs, soit 43 % des horticulteurs finistériens. » L’étude révèle aussi qu’une quarantaine d’horticulteurs sont intéressés en période de pointe par les services d’une entreprise spécialisée. « C’est à partir de cette étude qu’a été conçue l’activité de Tildé qui permet de faire intervenir, en fonction des besoins, une équipe de travailleurs motivés et compétents. » La formule est originale même si, depuis, la structure s’est réorganisée juridiquement autour de cinq entités économiques : une association, qui initie et coordonne, et quatre groupements d’employeurs qui embauchent chacun chefs d’équipe et ouvriers handicapés. Ces groupements rassemblent des membres des différentes coopératives ainsi que des horticulteurs indépendants. implantés dans le nord du département, en bord de mer ou dans le centre-Bretagne.

Tous en CDI
Des le début, Tilde reçoit le soutien de l’Agefiph. Elle est l’un des lieux d’emploi créés dans le cadre du programme Acces-Ariadne, financé par le Fonds social européen et coordonné par Savoir et compétences, organisme de formation, de conseil et d’ingénierie sociale pour l’emploi à Strasbourg. « Une première initiative, La main verte, a vu le jour dans le Bas-Rhin pour faire face aux besoins des viticulteurs », expliquent les responsables, Marc Lacaud et Jawad Hajjam. « Elle a fortement inspiré Tilde. » Les salariés sont embauchés en contrat a durée indéterminée, renforce par un CIE (contrat ini¬tiative emploi) de deux ans. L’objectif est qu’à terme les groupements deviennent viables économiquement. Les missions en horticulture sont essentiellement des chantiers de rempotage, bouturage, sarclage, taille, éboutonnage, pincements et autres pratiques culturales: « L’intervention est toujours collective, explique M Cariou ; elle vise une meilleure appréhension de la problématique des salariés handicapés et une fidélisation du personnel dans les entreprises adhérentes ». Un cycle de formation de cent heures a été proposé par le centre horticole de Hanvec (CFPPA de Kerliver). Au programme, apprentissage ges¬tuel, habitudes culturales, règles d’hygiéne et de sécurité, connaissance des plantes Parmi les types de handicaps rencontrés, on trouve essentiellement des déficiences intellectuelles ou visuelles, traumatismes crâniens ou maladies mentales. « Notre recrutement s’est effectué en fonction des compétences et des motivations des personnes. Nous souhaitons l’ouvrir davantage et accueillir d’autres publics privés d’emploi ».

Un absentéisme quasiment nul La formule donne entière satisfaction : «Voilà longtemps qu’il y avait un fort besoin de main-d’œuvre dans nos entreprises », confie Denise Goarant, pépiniériste à Cléder et présidente de Tilde : « Nous manquions toujours de personnel de février à juin et en automne. Depuis la naissance de l’association, un planning est établi entre les producteurs tout au long de l’année, réparti de façon équitable. L’équipe embauchée va chez les uns et les autres suivant les Besoins. La spécificité de la formule repose sur la solidarité et la répartition des charges sociales. Si l’un ne paye pas, ce sont les autres qui devront payer. La facturation se fait à l’heure d’intervention. » Le dispositif reste souple Les producteurs ont l’habitude du travail en commun et savent trouver l’arrangement qui convient à tous. « Globalement, ils sont satisfaits de la prestation», confie Yannig Cariou. « Nous constatons un absentéisme quasiment nul, et le rendement est égal à environ 70 % de celui des salariés valides. » Signe d’une reconnaissance grandissante, Tilde a été a accueillie l’an passé au sein du programme départemental pour l’insertion des travailleurs handicapés, Inserthive 29. L’association poursuit sa réflexion et envisage de créer un GEIQ, groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification.
Tugdual Ruellan

Tildé, Domaine artisanal.
La Justice – 29410 Pleyber-Christ. Tél. : 02 98 78 44 81 – fax :02 98 78 54 91,
asso.tilde@wanadoo.fr

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