Le Musée Jan Brito à Pipriac (Ille-et-Vilaine)

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - patrimoine

2000.05.Ar_Men_n_112.photo.jpgA Pipriac, en Ille-et-Vilaine, le musée Jan-Brito rend hommage, depuis 1994, à l’imprimeur médiéval auquel il doit son nom et qui exerça son art à Bruges, dans la seconde moitié du xv` siècle. A travers différents ateliers et expositions, ce lieu a pour but d’initier le public aux différentes techniques d’impression et de retracer l’histoire de l’imprimerie.

article paru dans Ar Men n°112, mai 2000
Texte et photo : Tugdual Ruellan

http://www.tugdual-ruellan-communication.eu/public/Ar_Men/2000.05.Ar_Men_n_112.pdf

Johannes Brulelou voit le jour à Pipriac, sans doute vers 1415. Ses origines familiales restent peu connues. Albert Poulain conte volontiers la légende, née au début du siècle et aujourd’hui fort controversée, du petit Johannes découvrant l’imprimerie en trempant des baronnets dans le gros chaudron d’encre que sa mère préparait pour les copistes. Johannes devient lui aussi copiste, sans doute pour les moines de l’abbaye de Redon ou celle de Paimpont. Il apprend le grec et le latin en recopiant, comme les autres étudiants, différents ouvrages. Des manuscrits datés de 1437, signés Johannes Brulelou de Priperac, sont d’ailleurs conservés à la bibliothèque de Leiden, aux Pays-Bas. Le jeune Johannes quitte ensuite la Bretagne pour la Flandre. Il s’installe à Bruges, qui inonde alors l’Europe de ses manuscrits enluminés. Son nom apparaît dans différents « registres des librariers ». Dès 1454, il est connu sous le nom de Bris, Bortoen, Britoen ou Briton, c’est-à-dire Breton. En 1477, Jan Brito commence à utiliser la typographie, mise au point une trentaine d’années auparavant par Gutenberg. Il imprime, en français, en latin et en flamand des textes classiques pour les humanités de l’époque. Catcher du Breton aurait travaillé pour l’école de la cathédrale Saint-Donatien de Bruges, au pied de laquelle existait encore, à la fin 18e siècle, une boutique portant son nom. Jan Brito meurt en 1484, l’année où apparait l’imprimerie en Bretagne. Depuis 1898, une fresque célèbre ses mérites dans la grande salle de l’hôtel de ville de Bruges. De l’imprimeur Jan Brito, seuls quelques feuillets épars et trois ouvrages complets nous sont parvenus. Il s’agir de la Dense de Monseigneur le Duc et Madame la Duchesse de Bourgogne, un important ouvrage de propagande politique commandé par Maximilien d’Autriche, ex-époux par procuration d’Anne de Bretagne, du Théodolet, imprimé en 1480, et du Doctrinal de Gerson. Si Brito n’a pas fait carrière dans sa Bretagne natale, il est le premier imprimeur breton connu à ce jour.

Techniques d’impression

Le musée Jan-Brito, conservatoire des techniques d’impression, a été créé à Pipriac, en mai 1994. Depuis, la collection a pris de l’ampleur, grâce aux dons et dépôts d’imprimeurs. Présidente de l’association chargée d’animer le musée et professeur d’histoire, Madeleine Guillonnet estime qu’il faut que « soit conservé le beau matériel de typographie, vestige de cinq cents ans d’histoire de l’imprimerie. Le musée, dit-elle, aurait de quoi présenter route la chaîne de fabrication d’un journal à la fin du 19e siècle, depuis la composition jusqu’à l’expédition. Mais les locaux actuels ne permettent pas encore une ex¬ploitation complète de ce patrimoine. » Un cabinet de muséographie réalise actuellement une étude de fai¬sabilité en vue d’un éventuel développement. Le musée Jan-Brito permet aussi de s’initier, aux côtés de professionnels, à l’art de la gravure ou de la calligraphie, dans le cadre d’ateliers mensuels qui en font un lieu de création et de vie artistique. L’objectif de l’association est aussi de retracer l’histoire de la corporation des imprimeurs, qui fut longtemps une véritable aristocratie au sein de la classe ouvrière, et qui compte, en Bretagne, des dynasties prestigieuses comme Oberthur, Prud’homme, Hovius ou Vatar. Comme le résume Madeleine Guillonnet, « le musée se veut un lieu vivant, où se transmettent des savoir-faire souvent oubliés. Une machine n’est rien sans les hommes qui l’ont créée. »

Tugdual Ruellan
Renseignements musée Jan Brito,
35550 Pipriac
Tél. 02 99 34 62 79

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