A compétence égale, pourquoi pas une personne handicapée ?

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

Copie_de_2004.05.Commerce_magazine_n_57.01.jpgVous souhaitez embaucher. A compétence égale, pourquoi ne pas recruter une personne reconnue travailleur handicapé ? Une fois les a priori mis de côté, vous découvrez un salarié comme les autres…

« La personne handicapée est avant tout une personne, un salarié comme les autres ! », clame haut et fort Thierry Fauchoux, responsable de service à l’ADIPH 35 Cap Emploi, un organisme chargé en Ille-et-Vilaine du placement et de l’accompagnement des personnes handicapées. Il a autant de différences et de singularité que les autres. Il porte une pathologie ou une déficience qui, à un moment donné, peuvent être handicapantes dans une situation de travail. Mais, par divers moyens, adaptations et aides techniques, il est possible de réduire ces obstacles. La personne handicapée trouve ainsi toute sa place dans un commerce ou une entreprise.»

article paru dans Commerce Magazine n°57, mai 2004
Rédactrice en chef : Anouk Rebel
Texte : Tugdual Ruellan

Ressources humaines

Identifiez vos attentes Embaucher est avant tout affaire de relation et de rencontre. Dès lors que vous souhaitez recruter un salarié, commencez par bien identifier votre besoin, vos attentes et le profil du poste. Ensuite, interrogez-vous sur la question du handicap : qu’est-ce que ce mot évoque pour vous ? Quelle est la nature de vos peurs, de vos craintes ? Sont-elles réellement fondées ou ne sont-elles que le fruit de vos représentations ? Alors peut-être réaliserez-vous, qu’à compétence égale, vous accepteriez volontiers d’embaucher une personne handicapée. « Intégrer une personne handicapée dans un commerce est plus facile que dans une grande entreprise, observe Laurence Batard, chargée dans le Finistère, de la coordination du programme départemental pour l’insertion des travailleurs handicapés. De fait, un salarié handicapé sur deux est embauché dans une petite entreprise de moins de vingt salariés, non assujettie à la loi. »

Faites appel à un partenaire Peut-être aurez-vous la chance de rencontrer parmi vos proches ou vos clients, la perle rare… Peut-être aussi devrez-vous publier une offre d’emploi, solliciter l’ANPE ou déposer une offre dans une agence de travail temporaire. Certaines sociétés, comme Adecco et Adia, mènent une action particulière pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Sachez que les Cap Emploi sont des organismes de placement des personnes handicapées, partenaires de l’entreprise, à votre disposition pour vous proposer des candidatures et vous accompagner : « Il en existe dans chaque département, poursuit Thierry Fauchoux. Avec le commerçant, nous étudions la situation de travail, examinons les attentes en termes de compétences, de qualité personnelle. En fonction des candidatures dont nous disposons et compétences que nous avons validées, nous cherchons à repérer ce qui fait que la situation peut être handicapante pour y remédier et mettre en place divers moyens techniques, financiers ou humains. » Les Cap Emploi, qui ne sont ni syndicat de salariés ni d’employeurs, ont aussi un rôle d’appui et de conseil auprès de l’entreprise. Ils restent à vos côtés pour vous informer, vous proposer une autre candidature si le salarié ne correspond pas à vos attentes, mettre en œuvre toutes les aides possibles. Pour des handicaps spécifiques, ils peuvent aussi solliciter les interventions d’experts.

Balayez les idées reçues Malgré les idées reçues, les personnes se déplaçant en fauteuil ne représentent qu’un infime pourcentage de l’ensemble des personnes handicapées. Il existe en effet un grand nombre de pathologies et déficiences, handicaps moteurs et sensoriels, maladies invalidantes dont beaucoup ne sont pas forcément visibles. Parfois, un simple aménagement permet à une personne, reconnue travailleur handicapé, d’exercer une activité professionnelle. C’est le cas de Paolo, 27 ans, amputé des deux jambes à la suite d’une méningite contractée à l’âge de deux ans : « Voilà deux ans maintenant que je travaille dans la cordonnerie de Christian Jauneau à Fontenay-le-Comte, raconte-t-il. J’ai appris le métier sur le tas. Aujourd’hui, grâce à un tabouret adapté, je peux travailler et tenir le magasin. »

Respectez la discrétion des candidats La personne handicapée ne fait pas nécessairement part de sa déficience dans sa lettre de motivation. Ne vous offusquez pas si vous le découvrez au cours de l’entretien d’embauche. Laissez-lui la possibilité de vous en parler avec ses mots afin de trouver, ensemble, un espace de rencontre. C’est ce qu’a fait Elisabeth Perrot, responsable à Fontenay-le-Comte, d’un petit commerce de fournitures de beaux-arts et loisirs créatifs : « Je cherchais un salarié pour me seconder ; parmi les divers CV transmis par l’ANPE, j’ai retenu celui de Brigitte (2). Elle n’avait pas mentionné son handicap (problèmes de dos). Elle me l’a dit au cours de l’entretien mais tout de suite, j’ai privilégié sa compétence, sa motivation et son expérience. Comment aurais-je réagi si elle l’avait mentionné dans son CV ? Certainement avec un a priori.»

Bénéficiez d’une plus-value L’intégration d’une personne handicapée dans une équipe de travail peut apporter, dans la mesure où la compétence répond aux attentes du commerçant, une plus-value pour l’entreprise, allant bien au-delà du sentiment de citoyenneté et de solidarité que peut ressentir l’employeur. Bien intégrée dans son environnement, une personne handicapée peut apporter au commerce une clientèle nouvelle, directement issue de son propre réseau relationnel. Les aménagements éventuels, apportés au magasin, servent tant à la clientèle qu’à l’équipe de travail. Repenser l’organisation et les postes, les espaces de circulation, de rangement et de stockage conduit à une amélioration collective des conditions de travail. Sans compter que l’esprit d’équipe se trouve bien souvent amélioré. Bon nombre de personnes disent ne plus voir le handicap de leur collègue. Une fois la peur tombée, la personne handicapée apparaît en tant qu’individu avec ses singularités, ses capacités, ses valeurs. Il n’est pas rare que des chefs d’entreprise observent chez les personnes handicapées une plus forte motivation, un taux d’absentéisme presque nul : « Ce sont des gens qui connaissent la valeur du travail. Souvent, ils ont ramé pour trouver leur job ; ils savent s’y accrocher. » Tugdual Ruellan

Aides à l’embauche
•Aides de droit commun ANPE •Contrat de qualification adulte •Contrat d’initiative emploi (actuellement en cours de rénovation) •Aides spécifiques aux personnes reconnues travailleurs handicapés : prime à l’insertion (1500 €) ; aménagement et adaptation au poste de travail ; abattement de salaire. Consultez les sites www.anpe.fr ou www.agefiph.asso.fr

(1) Agefiph : Fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées
(2) prénom d’emprunt

Témoignage
Nadia Gendre, propriétaire d’une pâtisserie en Vendée
En janvier dernier, l’une des vendeuses du commerce de Nadia Gendre souhaite mettre un terme à son contrat à l’occasion du départ en retraite de son mari : « J’ai alors cherché une nouvelle vendeuse, raconte-t-elle. Je voulais d’abord quelqu’un de motivé, patient, qui passe bien auprès de la clientèle, qui accepte un mi-temps les mercredi et dimanche matins. » Elle repère alors l’une de ses clientes, Marie-France Geffard, 51 ans, qu’elle connaît depuis plusieurs années et qu’elle apprécie tout particulièrement. Tout de suite, cette dernière accepte : « C’est alors qu’elle m’a appris qu’elle n’avait jamais travaillé comme vendeuse, qu’elle était en fin de droits et qu’elle était reconnue travailleur handicapé ! J’avais tellement envie que ça soit elle que rien de ce qu’elle m’a présenté ne m’a alors posé problème ! Elle est toujours très souriante et passe merveilleusement bien auprès de la clientèle. J’ai privilégié la relation qu’il y avait entre nous et la compétence que je pressentais chez elle. De plus, Marie-France est bien intégrée en ville et connaît plein de monde… Jamais, je n’ai rencontré une salariée aussi motivée. Grâce au soutien de Cap emploi de La Roche-sur-Yon, j’ai bénéficié d’une prime à l’embauche… Je ne savais même pas que ça existait : j’aurai embauché Marie-France sans cela !»

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