Femmes d’artisans : mettre fin aux a priori

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - diversité

Copie_de_2005.04.Artisans_magazine_n_23.01.jpgJacqueline Saurais est présidente de la commission d’Ille-et-Vilaine des femmes d’artisans au sein de la Capeb, Confédération artisanale des petites et moyennes entreprises du bâtiment. Son projet : que les femmes soient reconnues à part entière au sein de l’entreprise.
La Commission départementale des femmes d’artisans d’Ille-et-Vilaine a mené une enquête sur la féminisation des métiers auprès des artisans.

article paru dans Artisans Magazine n°23, avril 2005
Rédactrice en chef : Delphine Collet
Texte et photo : Tugdual Ruellan

« Je travaillais en milieu hospitalier. Mon mari, alors responsable de chantier, souhaitait créer son entreprise de maçonnerie à condition que je l’accompagne dans cette aventure, se souvient Jacqueline Saurais. J’avais une formation de secrétariat-comptabilité ; nos trois enfants étaient en bas âge et j’ai accepté, estimant que j’allais ainsi être auprès d’eux. » L’entreprise est créée à Cesson-Sévigné, non loin de Rennes, et Jacqueline se retrouve femme d’artisan. Jamais le travail ne manquera et aujourd’hui, elle ne regrette en rien ce choix, assurant, avec compétence, les contacts avec les clients et le suivi de l’activité.

Mais la manière dont sont considérées les femmes dans le secteur du bâtiment ne tarde pas à l’irriter : « Nous étions exclues des réunions et des débats, bien souvent dévalorisées dans une branche professionnelle où les hommes sont omniprésents. » Elle s’intéresse alors de prêt à l’action de la Capeb qui, dès 1979, lance au niveau national, une commission femmes. Quelques femmes d’artisans suivent le mouvement mais il faut attendre 1995 pour qu’une commission voie le jour en Ille-et-Vilaine ; Jacqueline en est élue présidente. La tâche est grande et les chantiers ne manquent pas. Les thèmes choisis sont proches des préoccupations locales : le statut du conjoint, la retraite, les indemnités journalières, les relations avec les salariés, la convention collective, la gestion des arrêts de travail, les assurances, la transmission d’entreprise, la relation avec la banque… « Pourquoi, par exemple, exige-t-on de Madame qu’elle se porte caution solidaire d’un emprunt, qu’elle travaille ou non dans l’entreprise ? Pourquoi les garanties ne sont-elles pas prises sur l’entreprise mais sur le couple ? » Elle s’attache à promouvoir la formation des conjoints « pour remplir pleinement ce rôle de bras droit du chef d’entreprise. » Inlassablement, elle analyse les dysfonctionnements, se fait porte-parole et tente de tordre le cou aux représentations et a priori. « J’ai dû en essuyer des remarques désobligeantes. Mais aujourd’hui, nous sommes sollicitées, écoutées. Il y a cinq ans, la Capeb départementale m’a proposé d’assurer la vice-présidence. Il faut continuer à faire évoluer les mentalités pour que les questions liées aux femmes soient abordées de manière transversales dans toutes les sections professionnelles » On note quelques signes d’amélioration ; une charte a ainsi été signée le 8 octobre dernier entre la Capeb et le ministère pour favoriser l’accès des femmes au bâtiment. « Notre action se défend d’être féministe, insiste Jacqueline Saurais. Nous évoquons des thèmes qui concernent les femmes mais qui intéressent l’entreprise tout entière. Nous sommes interdépendants et devons avancer ensemble. »

Tugdual Ruellan

Repères
•Création La commission départementale des femmes d’artisans d’Ille-et-Vilaine est née en 1995. Elle est l’une des commissions de la Capeb du département qui rassemble 1300 adhérents. •Membres Elle est constituée de cinq membres. •Contact : Tél. 02 99 83 33 15.

Embaucher une femme
La Commission départementale des femmes d’artisans a récemment mené une enquête auprès des artisans d’Ille-et-Vilaine sur la féminisation des métiers. Les résultats sont jugés encourageants. Sur 161 réponses, 110 artisans avaient accueilli des femmes en stage et 51 avaient embauché des femmes. Sur ces 51, 17 ont embauché après avoir accueilli une stagiaire, 25 ont embauché directement. Activités : peinture (10), menuiserie (4), maçonnerie (3), plomberie (2), électricité (1), charpente (1), métallier (1), plâtrier-carreleur (1), vitraux (1), couverture (1). Pourquoi avoir embauché une femme ? Pourquoi pas (9), pour innover (4), par volonté relationnelle (5), pour leur sens du détail (5), parce que pénurie de main-d’œuvre (6) ; non réponses (22).

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