L’Agefiph célèbre ses vingt ans au Palais Brongniart

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

2007.10.Agefiph_Infos.61.photo.jpgLe président Tanguy du Chéné avait placé cette manifestation résolument sous le signe de l’optimisme et de la détermination : « On estime à 7000 le nombre de recrutements de personnes handicapées en 1987, au moment de la création de la loi ; en 2006, il y a eu 111 000 recrutements de personnes handicapées. Notre ambition est claire. Il nous faut, le plus rapidement possible, se rapprocher, puis atteindre le seuil des 6%. » Tout en remerciant et félicitant l’ensemble des directions successives, il a précisé que la moitié du chemin avait été faite en vingt ans : « Les personnes handicapées ne sont pas prêtes à attendre le même espace de temps pour respecter la loi. » Comment bâtir l’emploi « d’égal égal » ?

Article paru dans Agefiph Infos n° 61, octobre 2007
Directeur de la publication : Pierre Blanc
Rédactrice en chef : Nadia Guiny
Texte : Tugdual Ruellan

article téléchargeable en cliquant sur le lien :
2008.01.Agefiph_Infos.62.01.pdf

Pour Philippe Seguin, premier président la Cour des comptes, qui a fait voter la loi de 1987, alors qu’il était ministre des affaires sociales, « s’engager aux côtés des personnes qui n’ont pas la chance d’entrer dans les standards et stéréotypes prônés par la société, a quelque chose de vital et de salutaire. Les personnes handicapées ont besoin de la solidarité de tous mais c’est aussi notre société qui a besoin d’elles, pour dépasser ses préjugés, progresser et s’ouvrir. » Philippe Seguin considère désormais son rôle, au sein de la Cour des comptes, comme « une aide à la modernisation, à la décision. Lorsque la Cour critique, elle n’a d’autre ambition que d’éclairer les voies et moyens d’une action toujours plus efficace. » Les termes de lutte et de combat ont ponctué l’intervention de l’homme politique, habité plus que jamais d’un désir de solidarité et du sens de l’engagement : « Il y avait urgence en 1987… En 20 ans, l’Agefiph s’est imposée comme un acteur central de l’emploi des personnes handicapées et contribue largement à dynamiser les recrutements et sensibiliser les employeurs et les citoyens. Aujourd’hui, le regard change mais il faut le reconnaître… il change lentement. En célébrant un anniversaire, nous exprimons moins une nostalgie, ou un satisfecit, que le désir d’aller plus loin et la volonté de se mettre en ordre de marche pour affronter les enjeux d’avenir.» Retenue pour d’autres obligations, Valérie Létard, secrétaire d’État auprès du ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, chargé de la solidarité, a tenu malgré tout à témoigner de son soutien : « La convention d’objectifs qui doit être renouvelée cette année entre l’Agefiph et l’État devra explorer de nouvelles pistes d’action. Je souhaite contribuer à son élaboration en collaboration que le ministère de l’emploi. » La ministre a regretté être encore loin de l’objectif légal de 6 % de travailleurs handicapés, pointant les entreprises qui préfèrent payer une amende plutôt que d’embaucher des personnes handicapées : « Ce constat, couplé à des recettes en forte croissance, doit nous faire comprendre qu’il ne suffit pas de proclamer un droit pour le faire respecter, ni même de l’assortir de sanctions pécuniaires. L’État devra également être exemplaire en matière d’emploi des travailleurs handicapés. Cette politique doit être transversale et demande la participation active des autres ministères. » Tugdual Ruellan

L’accessibilité au cœur de la manifestation
Comme pour toutes les manifestations auxquelles l’Agefiph est associée, la question de l’accessibilité des lieux, des modes de communication et des documents, est traitée avec le plus grand soin. Grâce à un nouveau système de projection de résine, les participants avaient reçu un carton d’invitation traduit en braille, le même pour tous. Sur scène, des interprètes assuraient en permanence une traduction simultanée des interventions en langue des signes française et en langage complété parlé. L’on pouvait suivre les diverses projections grâce à un sous-titrage que l’on retrouve dans le DVD qui vient de paraître et retrace les moments forts de la manifestation. Le cocktail et service traiteur était assuré par une entreprise d’insertion ( ?).

Le livre : « Agefiph, 20 ans d’engagement, 20 ans d’action »
Des portraits de femmes et d’hommes parsèment l’ouvrage. Tendresse, confidence, partage. Le message ne laisse pas le lecteur indifférent. Des responsables de l’Agefiph, chargés de mission, assistants ont accepté la proposition de l’auteur, Jean-Luc-Foucher, et du photographe Jean-Dominique Ferrucci, devenant ainsi, ambassadeurs de l’entreprise. « Nous souhaitions, expliquent-ils, rendre présentes les équipes de l’Agefiph. Mettre les personnes handicapées en exergue illustre que l’association joue pleinement son propre rôle d’employeur par une insertion professionnelle inclusive. Les différences sont celles de tous et fondent les personnalités. Les personnes se présentent au travers d’un objet passion et nous éclairent sur un aspect de leur personnalité. » Au fil des pages, s’égrène l’histoire de cet élan de solidarité, porté par des pionniers passionnés, emportés par les espoirs de la loi de 1987. Dans les quatre chapitres, hier, aujourd’hui, demain se tissent. Devoir de mémoire. « Nous avons donné la parole à ceux qui ont pensé et fait fonctionner l’entreprise Agefiph, confie Pierre Blanc, directeur général adjoint. L’ouvrage est conçu autour d’une cinquantaine d’entretiens. » Nous découvrons les décisions qui ont fait avancer l’insertion professionnelle des personnes handicapées, devenue enjeu national, comment l’Agefiph y a répondu, mettant les acteurs en mouvement et amplifiant les initiatives. Agir, pour faire des différences une richesse pour tous : les réalisations actuelles de l’Agefiph et de ses équipes sont présentées. Les grandes orientations futures sont mises en perspective. L’Agefiph, c’est aussi le point de convergence de nombreux partenaires. Entreprises, associations, organisations patronales et syndicales, pouvoirs publics, régions, services publics de l’emploi, témoignent ici de leur engagement. Le président actuel, Tanguy du Chéné, fait part, dans la conclusion, de la réflexion stratégique menée entre novembre 2006 et avril 2007, les orientations qui en découlent et la nouvelle convention signée entre l’État et l’Agefiph. La rédaction de l’ouvrage a été confiée à Jean-Luc Foucher, auteur du Manifeste pour réussir l’emploi des personnes : « L’Agefiph, explique-t-il, m’est apparue comme une œuvre collective, la croisée des chemins de nombreux intervenants, une saga partagée par des pionniers et des personnes nouvellement arrivées dans la structure. Ces rencontres sont devenues le fil rouge du livre et j’ai cherché à restituer un témoignage incarné.» L’ouvrage ne cache pas les enjeux et défis de demain, dans un contexte politique et économique mouvant : « La loi de 2005, poursuit Pierre Blanc, a apporté un changement de concept autour de la prise en charge des personnes handicapées, désormais placées au centre des dispositifs. Dans ce contexte, il nous semblait important de présenter les ressorts de l’outil que nous avons créé, les principes fondamentaux de sa réussite et en même temps, réaffirmer nos valeurs. L’Agefiph est un exemple réussi d’une alliance entre une compétence juridique déterminée par la loi et une compétence technique et opérationnelle gagnée sur le terrain.» Le livre « Vingt ans d’engagement – vingt ans d’action, imprimé dans les ateliers de l’entreprise adaptée Arc-Isère Imprimerie à La Ravoire (Savoie), est disponible sur simple demande ( ?)….

Questions à Jean-Dominique Ferrucci
Photographe et réalisateur, Jean-Dominique Ferrucci se spéciale dans les portraits. Ses photos illustrent l’ouvrage de l’Agefiph. Rencontre…

Comment avez-vous procédé ? « J’ai appelé tout le monde au téléphone pour me présenter, faire connaissance, présenter la démarche. Les personnes intéressées sont venues à Bagneux, apportant avec elles des objets passion. Nous avions aménagé un coin dans une salle et tendu une toile au mur. Ensemble, nous avons choisi. Je n’imposais rien et me contentais de suggérer. »

Quelle présentation iconographique avez-vous choisie ? « Est venue l’idée d’une mosaïque. Quatre photos pour chaque personne brossent le portrait avec différentes entrées : un objet, tel ou tel détail valorisé, une attitude, une expression… Plusieurs photos, qui peuvent laisser paraître un éclatement, n’en font finalement qu’une. »

Quelle est votre intention ? « Nous souhaitions montrer des gens, divers, marqués par un handicap, visible ou pas, et en même temps, trouver une forme qui raconte quelque chose. Entrer dans une histoire, un personnage. Notre souci était que la forme ne dénature pas le message. L’idée était de faire une belle photo qui mette les gens en valeur, fasse sens, qui raconte quelque chose de la personne. Aucune photo n’a été montrée aux gens avant l’édition. Le défi était de concilier un contenu, une forme… de l’humain. »

D’égal à égal
Ils ont dit…

François Chérèque, secrétaire général CFDT : « la priorité, c’est l’accès à l’emploi et la sécurisation des parcours professionnels : permettre un salarié, tout au long de sa vie professionnelle, de rester dans l’emploi, de vivre des transitions positives, d’évoluer par la formation, l’aménagement du poste de travail. »

Jean-Michel Lemétayer, président FNSEA : « L’innovation, par le biais de l’hydraulique, de l’électronique, de l’informatique, apporte des solutions. Que l’on soit producteur en grandes cultures, en productions végétales, éleveurs, on est capable de passer au-delà du handicap. Toutes ces innovations permettent de faire jeu égal. »

Jean-Claude Mailly, secrétaire général FO : « la priorité, c’est l’intégration dans l’emploi des personnes handicapées parce que le travail, c’est ce qui permet à l’individu d’avoir sa dignité et d’acquérir une autonomie économique. Les personnes handicapées qui ont pu accéder à un poste de travail sont aussi productives que d’autres travailleurs. Il faut gommer les distinctions. »

Laurence Parisot, présidente Medef : « c’est tout simplement le respect de la personne humaine, de sa dignité. L’entreprise sera d’autant plus performante qu’elle saura intégrer des femmes, des hommes aux vies, aux parcours différentx. C’est une source de création, de richesses particulièrement florissante que d’avoir ainsi un bon métissage dans l’entreprise. »

Jean-François Roubaud, président CGPME : « l’apprentissage est sans doute la meilleure voie pour entrer dans l’entreprise, surtout dans les petites et moyennes entreprises, un moyen de révéler et valoriser un potentiel et des capacités. »

Bernard Thibault, secrétaire général CGT : « Notre priorité : promouvoir la sécurité sociale professionnelle, obtenir par des négociations, les pouvoirs publics, la reconnaissance d’un cadre de droit, qui mette un terme ou réduise considérablement la précarité sociale dont sont victimes la plupart des salariés. Sécuriser les parcours professionnels, c’est reconnaître l’application effective du droit. »

Bernard Van Craeynest, président CFE-CGC : « faire en sorte que les personnes handicapées puissent accéder à toutes les formations dans toutes les universités, les grandes écoles. Chacun doit pouvoir se trouver sur la même ligne de départ, avec les mêmes chances, pour mener une vie sociale normale et s’épanouir dans la vie professionnelle comme dans sa vie personnelle. »

Jacques Voisin, président CFTC : « quel que soit son handicap, c’est disposer de son autonomie, se libérer des contraintes qui font que la personne apparaît comme différente. L’innovation, la technologie, les techniques doivent participer à faire que chacun devienne l’égal de son collègue de travail. »

Patrick de Carolis, président France Télévisions : « un groupe média comme le nôtre se doit d’essayer de changer le regard des Français sur le handicap. Je souhaite qu’avec l’accord passé avec l’Agefiph le 5 février dernier, nous allions plus loin, que nous soyons plus ambitieux et que nous puissions accompagner dans leur travail, tous les collaborateurs handicapées du groupe pour améliorer leurs conditions de travail, que nous puissions en engager d’autres, former les DRH à cette situation et sensibiliser l’ensemble des collaborateurs. »

Dominique Farrugia, producteur de films : « En me rendant compte que je n’arrivais plus à faire certaines choses à cause d’une sclérose en plaques, j’ai ressenti une urgence pour en faire d’autres. Il n’y a rien de pire que de ne pas être inscrit dans la vie et de ne pas pouvoir vivre « comme les autres ». C’est primordial que la société englobe tout le monde. On ne peut pas mettre au ban de la société toute une partie de cette société qui vit, qui respire, qui travaille, qui doit travailler mais que parfois, on empêche de travailler. Il faut penser au réchauffement de la planète il faut aussi penser aux gens qui vivent sur la planète. Ce n’est pas parce que l’on est assis un peu plus bas que les autres qu’on ne mérite pas aussi bien que les autres. »

Luc Ferry, philosophe et ancien ministre : « L’important est d’aider les responsables, en particulier ceux de l’Education nationale, à aider les enfants. Bien souvent, les réticences des professeurs ne tiennent pas au fait qu’ils seraient de bonne volonté ou qu’ils seraient « mauvais » mais plus au fait qu’ils ne se sentent pas compétents. Il y a à faire comprendre qu’un enfant handicapé dans une classe est une chance pour les autres enfants, aussi pour les professeurs. »

Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées : « D’égal à égal, cela signifie appliquer la loi du 11 février 2005. Son titre à lui seul résume la nouvelle politique du handicap : « égalité des droits et des chances, participation, citoyenneté ». Tout est dit. La France, au sortir d’une politique de solidarité, doit entrer dans une politique de citoyenneté. »

Arnaud Mulliez, président du groupe Auchan : « Au sein d’Alliance Emploi, nous avons décidé de prendre le problème à bras-le-corps et d’accueillir des personnes en situation de handicap afin de leur proposer des emplois et des formations diplômantes. »

Tanguy du Chéné : « Le paritarisme, ça marche ! »

Plus que jamais, l’Agefiph entend poursuivre son action dans le sens d’un paritarisme élargi. Pas une décision, pas une politique qui ne soit débattue au sein du conseil d’administration entre représentants des grandes organisations syndicales d’employeurs et de salariés, d’associations ou de personnes qualifiées enrichissant la réflexion de leur expertise. « Et ça marche ! », atteste Tanguy du Chéné, pour qui le paritarisme résulte de deux engagements : « Un engagement en responsabilité. Chacun est déterminé à porter au plus haut sa mission et ouvrir l’emploi aux personnes handicapées, à définir de grandes orientations stratégiques servant au mieux les bénéficiaires, à bâtir les politiques et les plans d’actions les plus judicieux. Ensuite, un engagement de conviction : venant d’horizons différents, nous gardons nos propres convictions mais nos différences fondent notre richesse. Le paritarisme élargi n’est pas la recherche d’un consensus mou mais bien la volonté de faire plus et mieux pour des orientations et des décisions audacieuses. »

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