Jean-François Amadieu : « Montrer que la diversité est un facteur de performance »

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

2005.01.Agefiph_Infos.54.04.photo.jpgJean-François Amadieu était, le 16 novembre 2005, l’invité de l’Agefiph Bretagne. Professeur à Paris-1 de sociologie et de gestion des ressources humaines, il coordonne les travaux des chercheurs de l’observatoire des discriminations. Rencontre…

Article paru dans Agefiph Infos n° 54, janvier 2006
Directrice de la publication : Claudie Buisson
Rédactrice en chef : Nadia Guiny
Texte : Tugdual Ruellan

article téléchargeable en cliquant sur le lien :
2005.01.Agefiph_Infos.54.04.pdf

Tugdual Ruellan : Vous avez réalisé de nombreux testings. Que révèlent-t-ils quant à la discrimination des personnes handicapées ?
Jean-François Amadieu : Dans un sondage, mené par la Sofres en 2003 sur divers aspects des discriminations, 80% des Français déclaraient qu’une personne handicapée n’avait pas les mêmes chances d’être embauchée. Je me demande comment 20% des Français ont pu penser que nous avions les mêmes chances ! Les résultats des testings que nous avons menés confirment l’ampleur du phénomène de discrimination. En 2004, nous avons envoyé 1800 CV en réponse à 258 offres d’emploi de commerciaux de niveau bac + 2, en région parisienne. Le candidat handicapé qui avait mentionné cotorep n’a reçu que 5 convocations à un entretien d’embauche lorsque le candidat de référence homme en a reçu 75 et la candidate de référence femme, 62. La déficience, mais aussi l’apparence, demeure un facteur important de discrimination. En 2005, nous avons répondu à 325 offres d’emploi toujours pour des commerciaux et avons eu confirmation de nos données. Mais cette fois, nous avons mis deux candidats de référence, dont un a joué le jeu, lors de l’entretien d’embauche, d’une personne handicapée. Il a obtenu un taux de succès de 50% aux entretiens là où notre candidat de référence non handicapé obtenait 91%.

TR : Faut-il alors mentionner son handicap en envoyant un CV ?
Jean-François Amadieu : Le CV anonyme est une formule qui je pense, devrait être systématique sauf lorsqu’on s’adresse à une grande entreprise affichant sa volonté de rechercher des personnes handicapées dotées des compétences nécessaires. En supprimant nom, adresse, photo, handicap, le candidat a des chances accrues d’être invité à l’entretien.

TR : Quels sont les freins à l’embauche ?
Jean-François Amadieu : Il y a, chez le responsable d’entreprise ou le recruteur, des préjugés inconscients liés à l’apparence. Si vous êtes jeune, dynamique, en bonne santé, sportif vous êtes forcément compétent et performant. L’on prête d’autres qualités à votre personnalité supposée. Les personnes handicapées, qui souvent cumulent plusieurs facteurs de discrimination, sont victimes de ce culte de la bonne santé. Il y a des expériences très intéressantes menées actuellement aux Etats-Unis sur les associations implicites dont nous n’avons pas conscience, alors même que nous cherchons à les contrôler, face à ce qui fait différence.

TR : Quels prochains défis ?
Jean-François Amadieu : Montrer que la diversité, en général, est un facteur de performance. On sait qu’il y a un impact sur la conception des produits, l’approche marketing, la perception que peut avoir le client, la créativité des équipes, les gains d’image en interne et en externe. Ce sont des aspects sur lesquels je vais travailler pour tenter de les mesurer. On ne peut pas se contenter de la logique des bons sentiments ni d’un discours qui ne serait pas démontré. Il faut réussir à apporter les arguments économiques et convaincre les patrons qu’il y a une opportunité économique à saisir, pouvoir établir que la diversité est un gain pour l’entreprise.

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