Interview : Patrick Segal, délégué interministériel aux personnes handicapées

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

1996.09.Agefiph_Infos.13.02.photo.jpg« Privilégier l’incitation auprès des patrons »
Interview de Patrick Segal, délégué interministériel aux personnes handicapées
Ecrivain, sportif, voyageur… Patrick Segal est infatigable. Victime en 1972 d’un accident qui le prive de l’usage de ses jambes, il lutte depuis lors pour modifier l’image du handicap : à Médecins sans frontières, à Handicap International, dont il est vice-président, comme athlète aux Jeux Paralympiques de Séoul puis auprès de Jacques Chirac, en tant qu’adjoint auprès du maire de Paris, chargé des personnes handicapées. En septembre 1995, il est nommé délégué interministériel auprès du ministre des Affaires sociales et de l’emploi.

Article paru dans Agefiph Infos n° 13, septembre 1996
Directeur de la publication : Jean-Louis Ségura
Rédactrice en chef : Nadia Guiny
Texte et photo : Tugdual Ruellan

article téléchargeable en cliquant sur le lien :
1996.09.Agefiph_Infos.13.01.pdf

> Interview Patrick Segal, délégué interministériel aux Personnes handicapées
« Privilégier l’incitation auprès des patrons »

Plus d’un an après votre nomination, pouvez-vous dresser un premier bilan de votre action ?
Le premier aspect positif est la création en soi d’une délégation interministérielle. Nous attendions depuis au moins vingt ans la possibilité de traiter le dossier Personnes handicapées de façon transversale, en ligne directe avec tous les ministères : Éducation nationale, Agriculture, Emploi, Jeunesse et Sports… Autre point notable : le Comité interministériel sur la coordination à l’accessibilité et le reclassement (CICAR) s’est réuni quatre fois au cours de l’année. Composé de représentants de tous les ministères, ce comité, issu de la loi de 1975, ne s’était pas rassemblé depuis vingt ans ! Preuve que les choses bougent…

Le taux d’emploi des personnes handicapées dans la fonction publique et dans les collectivités locales n’est-il pas décevant ?
Je suis convaincu que le taux de 3,15 ‘%, donné habituellement, est désormais dépassé. On ne sait pas exactement combien de personnes handicapées travaillent dans ta fonction publique. Dans le public comme dans le privé, une grande partie des salariés, en effet, ne veulent pas être reconnus travailleurs handicapés. Par peur du licenciement ? J’ai proposé à l’Assemblée nationale que les associations de personnes handicapées se fédèrent dans les fonctions publiques pour avoir en face de nous une entité forte susceptible de pointer les dysfonctionnements.

1997 verra le dixième anniversaire de la loi du 10 juillet 1987 qui institue l’obligation d’emploi. Cet anniversaire vous inspire-t-il des projets particuliers ?
Je pense que l’on aurait intérêt aujourd’hui à s’orienter vers une incitation à l’embauche plutôt que vers une contribution. C’est mon sentiment. Si l’on veut que les chefs d’entreprise adhèrent à notre idéal, mieux vaut les inciter à devenir partenaires, non ? Attention, il ne s’agit pas de supprimer la contribution, mais d’aider à l’embauche, avec un certain nombre de facilités, notamment au niveau des charges patronales. En pleine crise économique, s’il nous faut en plus demander aux chefs d’entreprise de faire un effort…

Dans l’immédiat, quelles sont les priorités de la délégation interministérielle ?
Elles sont au nombre de deux. l’ai tout d’abord été chargé d’un dossier très important, celui de l’intégration scolaire. Si on ne se donne pas les moyens d’immerger dès le départ, dans une structure spécialisée, adaptée ou ouverte, les enfants qui ont un handicap, on voit mal comment, plus tard, on leur demandera de participer à l’effort social. Un autre dossier essentiel est celui du bloc de compétences : il s’agit d’instituer dans chaque région un interlocuteur unique afin de favoriser la circulation d’informations entre personnes handicapées, représentants des différents ministères et décideurs.

Qui pourrait remplir ce rôle ?
Aucune décision n’est prise. Mais pourquoi pas une cohabitation entre les Affaires sanitaires et sociales et les associations d’anciens combattants ? Ces dernières sont présentes sur l’ensemble du territoire, avec des permanents, des fonctionnaires et des écoles de formation de qualité.

Les dépenses de fonctionnement des centres d’aide par le travail ont doublé en dix ans. Comment peut évoluer le secteur protégé ?
La création de 2 750 places en CAT a été annoncée. À qui s’adressent ces 2 750 places ? Aux infirmes moteurs-cérébraux, aux traumatisés crâniens ou aux personnes sortant du milieu de la psychiatrie ? En combien de temps quitte-t-on ces structures protégées pour entrer en milieu ouvert ? Il faut désormais se pencher sur la politique d’accueil de ces centres.

On a évoqué une nouvelle loi pour les personnes handicapées…
Non, pas pour l’instant. La loi de 1975 est critiquée mais elle a aussi ses qualités. Préoccupons-nous de la mettre complètement en application. Ce qui n’exclut pas d’autres textes en préparation, davantage sur une évolution globale, le comportement sociétal, notamment en matière de sécurité routière… Il faut responsabiliser les gens.

Recueilli par Tugdual Ruellan

> Points de repère
Fonction publique : 70 164 travailleurs handicapés étaient employés en 1994 dans les ministères et certains établissements publics (taux d’emploi de 3,15%, contre 4,11 % dans le privé). 134 MF d’achats et de marchés ont été effectués avec des établissements de travail protégé, soit un équivalent de 1 904 personnes en effectif à temps plein.

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