Michel Barnier à Valorex : « Vous êtes des pionniers, des éclaireurs… Vous avez fait une oeuvre d’intelligence »

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - Filière lin

Barnier.Valorex.JPGLe ministre de l’agriculture Michel Barnier a rencontré les responsables de l’entreprise VALOREX le 9 avril 2009 à Combourtillé en Ille-et-Vilaine : « Vous avez fait une œuvre d’intelligence. Vous avez mis autour de la table des gens qui ne se ressemblent pas, qui ne font pas la même chose, qui n’ont pas les mêmes idées pour faire un projet ensemble : des chercheurs, des élus, des parlementaires, des professionnels, des éleveurs… Vous avez su anticiper, imaginer ce qui se passe après, quelles seront les exigences des citoyens et des consommateurs. Je voulais donner un coup de chapeau à ce travail d’intelligence et vous dire que le ministère de l’agriculture et de la pêche – qui va devenir le ministère de l’alimentation – continuera de vous accompagner – si ce n’est pas vous qui précédez… »

_2_.JPGEn présence de : Thierry Benoît (député UDF de la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine, conseiller général du canton de Fougères-Sud, adjoint au maire de Lécousse), Stéphane Deleau (directeur général Valorex), Pierre Weill et Jean-Pierre Pasquet (coprésidents de Bleu-Blanc-Coeur).

Une soixantaine de personnes étaient présentes dont des administrateurs de Bleu-Blanc-Cœur, des représentants d’entreprises adhérentes comme Monoprix, Glon, Bongrain, Valorial, des agriculteurs et éleveurs, des membres du conseil scientifique.

Texte et photos : Tugdual Ruellan

9 avril 2009

Pierre Weill, coprésident Bleu-Blanc-Coeur
Barnier.Valorex__3_.JPGMerci pour votre présence ici ! En vous accueillant chez nous, nous ressentons… un peu de surprise, beaucoup de plaisir et de fierté, et surtout un très fort sentiment d’espoir. La surprise passée, je voudrais vous dire, en vous présentant rapidement l’entreprise ce que représente à nos yeux votre visite chez nous, à Combourtillé, siège de Valorex et de l’association Bleu-Blanc-Cœur. Merci à M Thierry Benoît d’avoir imaginé et organisé cette rencontre qui sera un moment fort dans la vie professionnelle de tous nos salariés, moi le premier ou plutôt le second puisque Stéphane Deleau notre directeur général a beaucoup donné pour l’organisation de cette visite. Nous ressentons d’abord beaucoup de plaisir, parce que, monsieur le ministre vous incarnez une agriculture française dont nous sommes issus, au cœur du monde de l’élevage, dans le bassin Fougerais, sur nos terres et avec nos valeurs qui sont celles que vous défendez.

Mieux nourrir les animaux pour bien nourrir les hommes
Pour notre démarche initiée il y 15 ans, nous y voyons une sorte de reconnaissance. Il y 15 ans nous avons créé notre entreprise sur un projet : Créer et renforcer le lien entre nutrition animale et nutrition humaine. Une idée simple : « Mieux nourrir les animaux pour bien nourrir les hommes ». Nous avons imaginé de concevoir des rations pour les animaux qui réhabilitent des plantes en voie de disparition, des plantes qui constituaient la base de l’alimentation animale il y a quelques décennies avant l’arrivée brutale du couple Maïs-Soja des plantes dont les vertus nutritionnelles étaient importantes : ce sont le lupin, la féverole, le lin dont les techniques de cuisson constituent le socle de notre activité industrielle, mais aussi plus simplement l’herbe, la luzerne dont nous découvrons certes pas l’usage mais dont nous démontrons les bienfaits nutritionnels pour l’animal et pour l’homme. Ce projet d’entreprise qui nous a permis de créer une centaine d’emplois dont une trentaine d’ingénieurs ici à Combourtillé, c’est une idée simple, mais nous avons appris au fil du temps que les idées les plus simples sont souvent les plus difficiles à mettre en œuvre… et aussi que seules les idées vraies et validées pouvaient croître et s’épanouir en belles idées…. Et aussi qu’on ne pouvait pas réussir seuls dans le domaine de l’innovation.

Multiples coopérations
Barnier.Valorex__12_.JPGPour mettre en œuvre ce projet si simple dans son énoncé et si compliqué dans les détails de ses réalisations, nous avons bénéficié des soutiens de la région, de l’Etat, de l’Europe (au travers de plusieurs projets Eureka), et je salue la présence ici de M Pinel, directeur du pôle de compétitivité VALORIAL avec lequel nous entretenons des liens étroits. Pour que la « belle idée » de 1992 devienne le projet étayé de 2009, nous avons conduit de multiples coopérations avec l’INRA et le CNRS, et je salue la présence ici de M le professeur Legrand, directeur du laboratoire « Biochimie humaine » de l’INRA, et président de la commission « lipides » de l’AFSSA. Sans les échanges avec lui, et avec les autres chercheurs qui ont cosigné avec nous une petite centaine de publications et abstracts de congrès dans la presse scientifique à comité de lecture, les belles idées de 1992 sur l’amélioration de l’alimentation animale au service de la santé humaine, ces belles idées n’auraient pas pu se transformer en réalisation concrètes. Ces coopérations scientifiques ont constitué au fil du temps le socle de l’aventure humaine, scientifique, et économique qu’a constitué la jeune histoire de notre projet.

Mesurer la production de méthane des ruminants
Barnier.Valorex__13_.JPGUn exemple, (un seul). Nous travaillons en ce moment avec l’INRA pour mesurer la production de méthane des ruminants. Un essai passionnant est en cours et d’autres sont en cours de publication ou déjà publiés. Non seulement avec les graines de lin cuites dans l’atelier de l’autre coté de la cour, nous réduisons la production de méthane de 20 à 40% selon les données déjà publiées de l’INRA, mais en plus cette amélioration environnementale est corrélée biologiquement à une amélioration forte de la qualité nutritionnelle des viandes et des laits ainsi produits… Quand les animaux sont bien nourris, l’homme se porte donc mieux…. Et la planète aussi…. Voilà pour l’aventure scientifique… Et cette aventure scientifique est devenue une aventure économique puisque nous conduisons aux USA avec le troisième producteur de yaourts des Etats-Unis un passionnant transfert de techno de nos brevets qui mesurent composition du lait et méthane pour produire à grande échelle dans le Vermont et dans le Wisconsin un lait et des viandes de meilleure qualité nutritionnelle et environnementale.

Création de Bleu-Blanc-Cœur
Pour porter notre projet, nous avons créé un modèle original, et très efficace. En 2000, suite à notre première étude clinique, nous avons compris que notre projet était trop vaste pour être seulement celui d’une entreprise et nous avons suscité et supporté la création d’une association : L’association Bleu-Blanc-Cœur dont je salue le président, mon ami Jean-Pierre Pasquet avec lequel, vous avez il y a un mois officialisé la signature d’une charte de progrès nutritionnel dans le cadre du PNNS. Cette démarche BBC, qui réunit consommateurs, distributeurs, industriels, producteurs et aussi concurrents de Valorex autour d’un projet commun et d’une chaîne alimentaire maîtrisée, témoigne de notre confiance dans l’ampleur et l’avenir de ce projet qui dépasse largement les intérêts de l’entreprise qui l’a fait naître.

Reconnaissance internationale
Barnier.Valorex__6_.JPGAujourd’hui, et grâce à la construction patiente de notre socle scientifique, notre projet est reconnu. Ici en France mais aussi de plus en plus à l’étranger, je salue la présence d’une équipe de la TV de la république de Corée du Sud venue faire un sujet sur BBC aujourd’hui…. Le hasard fait bien les choses… mais c’est à peine un hasard car nous avions avant-hier la présence de la Télé brésilienne TV Globo, parce que la semaine passée, nous étions à Montréal pour la sortie des premiers produits BBC au Canada, et que nous lancerons notre grand projet américain à Chicago dans un mois, et aussi parce que 3 ateliers industriels tournent sous licence et transfert de techno Valorex au Portugal, en Allemagne, et en Suisse. Ce n’est pas de l’autosatisfaction….un peu… c’est surtout la preuve que notre modèle s’exporte car il témoigne de la pertinence d’un modèle agricole français où le meilleur des + anciennes traditions rejoint les techniques scientifiques les plus récentes pour démontrer comme nous l’avons fait après 5 études cliniques et d’innombrables études sur modèle animal que nous pouvons puiser dans les traditions patiemment construites du monde agricole pour trouver et expliciter des solutions aux maladies dites de civilisation comme l’obésité, le diabète, etc…qui nous inquiètent tant.

L’aventure Valorex
Barnier.Valorex__14_.JPGM le Ministre, votre visite suscite chez nous non seulement beaucoup de plaisir et de fierté, mais aussi beaucoup d’espoir. Quand nous racontons « l’aventure VALOREX », nous avons tendance à en faire une belle histoire et à gommer les moments difficiles, voire douloureux…. Des moments douloureux, nous en connaissons beaucoup en ce moment, vous avez rencontré des producteurs de lait qui vous ont sûrement fait part de leurs craintes sur le prix du lait et la rentabilité de leurs exploitations. Nous nous battons depuis 15 ans pour créer de la valeur ajoutée dans nos filières d’élevage. Pour que ces valeurs ajoutées liées à la qualité du produit et du mode de production soient durables, il faut qu’elles soient bien partagées tout au long de la chaîne alimentaire…sinon, ça n’a aucun sens. Nous savons que notre modèle rencontre une large adhésion des producteurs soucieux de différenciation sans bouleversement de leur modèle de production, et nous savons aussi que ce concept de filières qualité nutrition, d’éleveurs engagés dans une démarche collective au service de la santé de leur concitoyens rencontre un besoin exprimé fortement par les consommateurs. Notre ami Claude Fischler sociologue au CNRS (qui s’excuse de ne pouvoir être là aujourd’hui) est partenaire d’un projet de recherche ANR avec Bleu-Blanc-Cœur qui porte sur les attentes du consommateur en matière de nutrition. Il est clair que nos messages répondent parfaitement aux attentes du consommateur. Un consommateur qui refuse les alicaments et les promesses marketing mais attend une implication plus forte des producteurs vers des plus nutritionnels. Nous avons misé tout notre développement sur la construction de cette filière et sur la construction de preuves pour étayer ces promesses, et si nous regardons le passé avec tendresse et l’avenir avec optimisme, le quotidien nous angoisse un peu : La crise actuelle sera sans doute encore longue. La différenciation évoquée plus haut peut être synonyme de sortie de crise pour eux si nous parvenons à créer et à conserver une différenciation, une plus value partagée pour les produits issus de cette agriculture « Qualité Nutrition » que nous avons contribué à faire émerger avec les efforts conjoints de l’entreprise Valorex de l’association BBC, avec le soutien de l’Europe, de l’état français de la région BZH, et avec l’appui de nos partenaires de l’INRA et du CNRS.

Vers de nécessaires changements de comportement
Cette crise peut être à nos yeux une opportunité si elle s’accompagne de changements de comportement de consommation qui privilégient la qualité et le « durable » plutôt que la quantité et le jetable…. Mais ce n’est pas gagné….nous avons tous besoin d’accompagnement politique. Un technicien de la nutrition animale me disait hier que le lin, les Oméga 3, c’était bien beau, mais qu’avec le paiement actuel du prix du lait, avec le paiement au taux de matière grasse à la « non qualité nutritionnelle de lait », il valait mieux pour l’éleveur utiliser des huiles de palme hydrogénées en production laitière…la meilleure des bonnes volontés et la volonté d’engagement nutritionnelle la plus forte peuvent buter sur les politiques qui ruineraient tous les efforts. Pour faire de cette crise une opportunité de passage d’une culture du quantitatif à une culture du qualitatif en production, pour répondre aux aspirations du consommateur à consommer moins, mais mieux, les éleveurs engagés dans BBC (ils sont 5000 aujourd’hui) ont besoin d’un accompagnement politique.

Nous savons aussi la complexité des règlements européens et le risque de banalisation des productions agricoles que comporte la mise en place des profils nutritionnels européens, pourtant votre ministère qui a été après guerre le ministère du ravitaillement en devenant bientôt celui de l’alimentation aurait toute justification à devenir aussi le ministère de la nutrition à une période où les consommateurs expriment fortement le souhait de mieux se nourrir. Nous avons terriblement besoin de lisibilité, de possibilités de fléchage, pour que les produits différents issus de cette agriculture différente puissent être reconnus du consommateur. C’est pour cette raison que 2 services de votre ministère : DGAL et DGPAAT ont créé une saisine pour étudier la possibilité d’un nouveau signe officiel de qualité pour les produits issus de cette AGRICULTURE QUALITE NUTRITION. C’est dans ce cadre que nous sommes intervenus devant la commission prospective et politiques agricoles du conseil général de l’agriculture dans votre ministère.

Pour un label Qualité-nutrition
Nous avons compris que le rapport, suite à la saisine recommanderait une démarche de type label. Comme le Label rouge au moment de la crise du « poulet aux hormones », comme le logo AB alors que les consommateurs s’inquiétaient de la course sans fins aux rendements, nous partageons la conviction qu’une demande sociétale existe pour des produits dont les valeurs à la fois nutritionnelles et environnementales soient mesurables, avérées et soumises (ce qui n’existe pas à ce jour) à une double obligation de résultats et de moyens de production dans un cadre de reconnaissance scientifique consensuelle pour le fond de notre projet comme l’ont exprimé les experts du PNNS qui ont validé notre engagement progrès nutritionnel où nous nous engageons en 3 ans à produire sous CdC de BBC 10% de la production nationale de produits d’élevage.

Bien sûr nous ne revendiquons pas un label destiné à une agriculture « Qualité – Nutrition » pour la seule association BBC ou encore moins pour le seul Valorex. Dans le domaine des lipides, le lien entre qualité des productions agricoles et santé publique est patent. Mais nous savons que ce lien existe aussi dans de nombreux autres domaines de la nutrition, vitamines, minéraux, protéines, fibres… et que de nombreux projets peuvent émerger si l’on affiche la qualité nutritionnelle des aliments et non plus le seul rendement à l’hectare et à l’année comme objectif chiffrable de la production agricole. Nous ne serons pas les seuls, mais…. nous nous verrions bien être les premiers à utiliser ce nouveau label. Nous avons bien noté aussi que parmi les 10 priorités de recherche affichées par votre ministère figurent en 1 et en 2 les thèmes qui sont ceux qui constituent ici notre projet fondateur : La nutrition santé et l’amélioration de l’alimentation animale au profit d’une meilleure santé des hommes.

EN CONCLUSION….
Pour valoriser les résultats de nos recherches, pour valoriser nos efforts depuis 15 ans, dans tous les domaines, pour continuer à croître, embaucher, nous développer, pour assurer une plus value de différenciation aux produits des élevages de qualité et garder une partie de cette plus value en amont des filières, nous avons vraiment besoin du soutien de votre ministère, d’un fléchage, d’une reconnaissance, d’un nouveau label, d’une homologation, tout ce que vous voudrez… et surtout d’un dialogue fort et de haut niveau qui prolonge la saisine et le rapport du conseil général. Aidez nous SVP pour que les éleveurs qui sont à la fois nos clients, nos partenaires et la raison d’être de notre projet puissent continuer à penser que leurs efforts seront payants un jour, et pour que la crise que nous vivons devienne une importunité (opportunité ?) et pas une sanction…. Encore une fois, merci monsieur le ministre pour votre séjour parmi nous, et merci monsieur le député pour votre appui et votre soutien. Nous voyons dans votre présence ici une motivation forte pour continuer à croire en notre projet en ces temps difficiles.

Jean-Pierre Pasquet, éleveur et coprésident Bleu-Blanc-Cœur
Barnier.Valorex__4_.JPGJe vous remercie, Monsieur le ministre, pour l’intérêt que vous portez à notre démarche. Cette reconnaissance nous amène beaucoup d’espoir, nous les producteurs, parce que nous comptons sur un travail de long terme : rendre le fruit du travail jusqu’au bout de la chaîne, jusqu’au consommateur. Or, nous nous rendons compte, dans notre environnement, que des choses vont contrecarrer ces objectifs de long terme dans nos élevages. Si nous prenons l’utilisation de la luzerne, de l’herbe, vous avez déjà mis en place au niveau de la réforme de la PAC, un soutien plus marqué aux éleveurs et nous vous en remercions. Mais nous trouvons aussi des situations dans nos élevages qui sont quelque peu contradictoires. Par exemple, le paiement du lait en fonction de la quantité de matière grasse entraîne l’utilisation dans les élevages d’huile de palme. On utilise l’huile de palme parce qu’elle n’est pas chère, mais, au bout du compte, elle est néfaste pour le consommateur – je ne parle pas du trou de la sécurité sociale ! À long terme, c’est une vraie catastrophe nutritionnelle.

Barnier.Valorex__5_.JPGLa politique doit aujourd’hui tenir compte de ces enjeux. Valorex et Bleu-Blanc-Cœur ont fait un travail au service du collectif depuis une douzaine d’années, un travail de validation scientifique qui permet d’affirmer que l’on peut aujourd’hui, dans nos élevages, accepter de faire de la qualité mais à condition que l’on ne bute pas à court terme sur des « non sens » nutritionnels comme cet exemple de l’huile de palme intéressante à très court terme du fait d’un paiement du lait inadapté à une vraie politique agricole. Aujourd’hui, on raisonne beaucoup à court terme. Est-ce que votre politique, qui est la politique de demain, prendra en compte ces enjeux ? Il ne faut pas que nous ayons des freins de ce type pour pouvoir accéder à ces modes de production et pour rendre accessibles ces produits de qualité au plus grand nombre.

Michel Barnier, ministre de l’agriculture
Barnier.Valorex__7_.JPGJe suis très sincèrement heureux d’être ici, dans le pays de Fougères. Dans quelques semaines, je vais quitter ce ministère sans rien oublier de ce que j’ai appris, compris et de ce que je continuerai à suivre, d’une autre manière, dans les institutions européennes. Je n’ai jamais imaginé que le ministre devait faire des coups ni faire d’esbroufe. J’attache beaucoup plus d’importance aux effets de suivi qu’aux effets d’annonce. Tout ce que j’ai fait depuis deux ans, je l’ai fait pour que ça dure. Je ne l’ai pas fait parce que j’avais la science infuse. J’étais bien entouré, j’ai écouté, j’ai été curieux. En même temps, j’ai mes propres convictions. Tout ce que j’ai fait pour transformer ce ministère, réorienter la politique agricole commune, remonter la ligne d’horizon. Ce ministère est bien sûr celui des agriculteurs, des viticulteurs, des éleveurs, des pêcheurs qui sont dans des crises quotidiennes ou hebdomadaires, climatiques, sanitaires, économiques… Lorsque ce ne sont pas les trois en même temps. Le ministère ne pas être seulement le ministère de la gestion des crises même s’il est d’abord cela. Dans ces crises, il y a des hommes et des femmes qui souffrent et je pense d’abord à eux. On ne peut pas seulement gérer des crises ; il faut relever la ligne, trouver la ligne d’horizon.

Quelles lignes d’horizon ai-je trouvé en arrivant, que j’ai essayé de mettre en place ?
Reconstruire une grande politique de l’alimentation
Barnier.Valorex__8_.JPGConstruire ou reconstruire une grande politique de l’alimentation. Je suis heureux de vous avoir entendu dire que l’alimentation n’était pas seulement celle des hommes et les femmes mais aussi celles des animaux. Que les choses sont liées. C’est la preuve que vous avez faite ici à Valorex et je vous en félicite. J’espère que ce ministère s’appellera dans quelques semaines le ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche. En tout cas, je l’ai fait organiser pour cela. Et j’ai d’ailleurs, sans attendre, rebaptisé les directions régionales -je n’ai pas besoin pour cela de la permission du président de la république. Je l’ai fait moi-même dans la rénovation du ministère : les directions régionales de l’agriculture s’appellent désormais, les directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt. J’espère que cela sera le cas du ministère. Ce n’est pas artificiel. Nous avons réorganisé le ministère de cette manière : la DGAL, la DGPAT sur les questions de nutrition, de pôles de compétitivité et d’alimentation, des compétences renforcées… Une nouvelle organisation.

Bâtir un développement durable
Barnier.Valorex__9_.JPGLa deuxième ligne d’horizon que j’ai voulu bâtir, majeure pour l’agriculture, c’est le développement durable. C’est le nouveau modèle agricole durable au cœur duquel il y a naturellement l’élevage, dans toutes ses dimensions. C’est l’engagement qui a été le nôtre dans le Grenelle, volontariste pour que ce grand rendez-vous ne se termine pas sans ou contre les agriculteurs mais bien avec eux. C’est le plan Terre 2020 que j’ai mis en place et qui va nous engager pour une douzaine d’années dans l’ensemble des filières.

Un soutien économique à l’herbe
Les moyens, c’est la politique agricole commune. Nous sommes dans un ministère dont la politique est entièrement mutualisée au niveau européen. Dans le budget du ministère, il y a un milliard et demi par an pour l’économie agricole, il y en a 10 dans le budget de la PAC chaque année. Il y a 10 fois plus d’argent pour l’économie agricole française chaque année dans le budget de la PAC que dans le budget du ministère. Je voulais que cette politique agricole, dans ses nouvelles orientations, soit mise au service de ces lignes d’horizon. C’est pourquoi nous avons décidé d’un plan ambitieux en quadruplant les crédits de soutien économique à l’herbe. Ce n’est pas une question écologique ou simplement de développement rural. J’ai voulu bâtir, comme le chef de l’État me l’a demandé, un soutien économique à l’herbe.

Lutter contre la faim dans le monde
Barnier.Valorex__10_.JPGIl faut aussi regarder ce qui se passe dans le reste du monde avec 900 millions d’être humain qui meurent de faim en ce moment. Je pense qu’un grand pays producteur, un grand continent producteur doit aussi regarder ce qui se passe dans le reste du monde et trouver des méthodes de coopération avec notamment l’Afrique.

Valorex et Bleu-Blanc-Cœur, pionniers pour une politique durable
Je vous ai écouté avec beaucoup d’attention évoquer les raisons et premières preuves que vous avez voulu apporter avec Valorex, Bleu-Blanc-Coeur. J’ai été aussi très heureux de vous retrouver après notre accord au salon de l’agriculture et de pouvoir vous apporter, comme vous l’avez demandé, de l’encouragement et de la reconnaissance. Je le dis, au nom du gouvernement, ce ministère, en engageant ceux qui me succéderont : cette politique est durable. J’ai voulu réorienter ce ministère, cette politique dans le sens de ce que vous avez fait ici comme pionniers, comme éclaireurs. J’ai bien-aimé ce que vous avez dit de la manière de sortir de la crise : cette crise touche tout le monde. Elle vient des États-Unis, du désordre financier, de l’absence de morale, d’éthique et de transparence, de la priorité que l’on a donné au profit contre le travail depuis 20 ans. Au moins, que cette crise serve à quelque chose. Nous l’avons vu l’autre jour au G20, l’importance de mettre davantage de transparence, de régulation, de contrôle et de morale. Je pense comme vous que l’on ne va pas sortir de cette crise comme on y est entré. Le comportement des consommateurs, leurs exigences fera que l’on va sortir de cette crise différemment. J’ai bien aimé votre formule, M. Weill, que je vais d’ailleurs certainement vous piquer : « privilégier la qualité durable plutôt que la quantité jetable ! »

Barnier.Valorex__11_.JPGDans cette crise, dont nous espérons sortir en 2010, on ne va pas recommencer comme si rien ne s’était passé. Il faut que nous sortions de cette crise en tirant des leçons. Deux priorités sont citées en tête : l’alimentation animale et la nutrition santé. Ce que vous faites ici est au cœur de ces nouveaux enjeux et de ce nouveau modèle. Vous avez fait une œuvre d’intelligence. Vous avez mis autour de la table des gens qui ne se ressemblent pas, qui ne font pas la même chose, qui n’ont pas les mêmes idées pour faire un projet ensemble : des chercheurs, des élus, des parlementaires, des professionnels, des éleveurs… Vous avez su anticiper, imaginer ce qui se passe après, quelles seront les exigences des citoyens et des consommateurs. Je voulais donner un coup de chapeau à ce travail d’intelligence et vous dire que le ministère de l’agriculture et de la pêche qui va devenir le ministère de l’alimentation continuera accompagner – si ce n’est pas vous qui précédez…

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