Les Boscos de Maurepas embarquent sur Y d’Ille

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - voile

NVI_n_49__1__photo.jpgLe Défi Jeunes Marins 2000, organisé par la revue Le Chasse-Marée, aura lieu dans quelques jours à Brest et Douarnenez. Les marins de Maurepas affûtent leurs armes et bichonnenent leur yole, Y d’Ille…
Du haut des tours de Maurepas, ils rêvent d’océan… Après avoir goûté pendant plusieurs mois le sel des embruns, forgé la cadence à l’aviron, être passés maîtres dans l’art du virement de bord, ils forment aujourd’hui un solide équipage. La vingtaine de jeunes du quartier rennais de Maurepas, qui va relever sur une yole (un bateau voile-aviron de 12 m) le Défi Jeunes Marins 2000, n’attend plus désormais que le top du départ pour Brest et Douarnenez. Plus de 2 500 bateaux traditionnels et 20 000 marins, venus de 20 pays, s’y retrouveront.

Article paru dans Nous, Vous, Ille n° 49, juillet 2000
Rédactrice en chef : Florence Séguret
Texte : Tugdual Ruellan
Photo : Marc Loyon

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« J’ai hâte de partir, s’impatiente Céline. J’aime la voile, j’avais eu l’occasion de faire plusieurs stages. En attendant que notre bateau soit construit, on a appris à ramer sur les yoles de Redon, du Guilvinec ou de Plouër-sur-Rance. Nous sommes prêts aujourd’hui. » La yole Y d’Ille a été mise à l’eau le 28 mai dernier aux étangs d’Apigné, à l’occasion d’une grande fête à laquelle s’étaient joints les habitants du quartier. « Ca fait quelque chose, confie Kévin. J’ai participé à la construction du bateau dans les sous-sols de la patinoire, avec une température de 6 à 7 degrés et un taux d’hydrométrie de 80 ! Quel grand moment quand on l’a sorti de là, avec l’aide de plus de 70 personnes. »

« Le plus dur : ramer en cadence »…
Le projet a démarré en septembre 1997 dans le cadre du contrat de ville. « Nous avions alors un double défi, explique Armelle Lecamus, responsable du centre départemental d’action sociale de Rennes-Maurepas. Il fallait à la fois sauvegarder le savoir-faire maritime traditionnel et proposer à des jeunes en difficulté d’insertion de travailler à la construction d’un bateau. Il s’agissait donc de mixer des cultures différentes dans un quartier urbain réputé difficile. » Les Compagnons bâtisseurs lancent le chantier. L’association Les Boscos de Maurepas se met en place, soutenue par le Conseil régional, le Conseil général et la Ville de Rennes. Une quinzaine de jeunes, encadrés par Philippe Lucas, charpentier de marine, se prend de passion pour le travail du bois et apprend les gestes du métier. Les bordés sont rabotés, poncés puis assemblés. Finalement, la grande yole, réplique de celle de 1796 sauvegardée à Dublin, est prête à voguer. « Le bateau accepte dix rameurs, expliquent David Guyomar et Yoann Menot, animateurs et chefs de bord. En mer, tout le monde a quelque chose à faire. On n’a pas le temps de s’ennuyer. Les effets sur les jeunes sont très positifs. Le plus dur, c’est de ramer en cadence… »

Une foule d’activités sont venues se greffer autour de la construction navale : matelotage, recherches historiques sur le patrimoine fluvial et maritime, fabrication de vareuses, aquarelles, construction de maquettes… Avec les témoignages de l’historien Marcel Donet de Saint-Médard-sur-Ille, des bateliers Alphonse Debray de Redon et Albert Bar¬thélemy de Saint-Samson-sur-Rance, une monographie a été réalisée : « Ille était une fois, Ille-et-Rance, mémoires d’un canal ». Le groupe chants de marins a remporté un vif succès : « Douze personnes y participent, poursuit Armelle Lecamus. Ils viennent d’enregistrer leur CD. Le bateau a fédéré une foule de gens différents. Centre social, maison de quartier, groupe d’alphabétisation, services sociaux, mission locale… Tout le monde est partie prenante. »
A quelques jours de l’événement, la pression monte. Quelque soixante yoles sont attendues au grand rassemblement finistérien. « On est tous partants et motivés, attestent Mickaël, Antoine et Patrick, membres d’équipage. Nous resterons sur place du 12 au 21 juillet pour ne rien rater du spectacle et participer aux différentes animations. On part avec deux mini-bus, une voiture et derrière… l’Y d’Ille, bien accrochée ! »
Tugdual Ruellan.
Contact : Armelle Lecamus – tél. : 02 99 27 48 01 ou Aymeric Cristel – tél. : 02 99 36 60 60.

Gérard d’Aboville, parrain du Défi Jeunes marins
Lors de la pose de la quille en janvier 1999, Y d’Ille a reçu les ancouragements de Gérard d’Aboville, parrain du Défi Jeunes mari 2000. On se souvient des exploits du marin qui a traversé l’Atlantique en 1980, puis le Pacifique onze ans plus tard. Rencontre avec ce complice de la mer qui ne cesse d’inciter les jeunes à retrouver le sens marin.
« La France est paradoxale : nous sommes champions du monde en ce qui concerne la construction de bateaux de plaisance à voile modernes. Nous sommes excellents dans toutes les courses océaniques avec des navigateurs de réputation mondiale. La plaisance se développe. Pourtant, le sens marin s’affaiblit ; il a même presque disparu. Le développement s’est fait autour de la glisse, de la vitesse pour la vitesse. On a oublié l’essentiel de ce que représentait la navigation. La voile, c’est d’abord une école de formation à la mer. Le sens marin est un cocktail avec une partie de bon sens, l’expérience des autres qui se transmet, la sienne qui naît jour après jour, nuit en mer après nuit en mer. Cette alchimie nous fait défaut. Les yoles sont particulièrement adaptées : on n’a pas fait mieux pour former des équipages à l’aviron ou à la voile. Ce sont des bateaux qui marchent très bien, où la sécurité est assurée, pourvu qu’ils aient un équipage nombreux, soudé et apte à la manoeuvre, respectueux des procédures. Une grande pratique et une bonne synchronisation sont nécessaires pour manoeuvrer une yole : ce sont les mêmes valeurs – indispensables – qui font les grands marins. »
Propos recueillis par Tugdual Ruellan.

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