Interview de Bernard Pico : découvrir Beckett au centre dramatique régional de Tours

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - arts

2001.12.06.Lexpress__6__photo.jpgFin de partie se joue à Tours
Le centre dramatique régional de Tours nous invite à découvrir, avec la pièce Fin de partie, un Samuel Beckett drôle, comédien, jouant finement avec le paradoxe, le décalage du mot et le développement de l’intrigue. Rencontre avec le dramaturge et comédien Bernard Pico qui, aux côtés de Gilles Bouillon, a donné musique et espace au texte.

A télécharger en cliquant sur la photo

article paru dans le SUPPLEMENT Centre L’EXPRESS – 6 décembre 2001
Dossier conçu par Partenaire Ouest à Nantes
Interview : Tugdual Ruellan / Photo : François Berthon

En quoi consiste le travail du dramaturge ?
B.P. : « Le théâtre, au départ, c’est toujours un texte avec de l’encre et du papier. À l’arrivée, il doit s’exprimer en trois dimensions avec un décor, des acteurs, des mouvements. Il convient d’analyser le texte pour voir toutes les questions qui se posent, aider le metteur en scène à traduire. J’interviens, aux côtés du metteur en scène Gilles Bouillon, comme collaborateur artistique. Lorsqu’on examine un texte, on n’a jamais la solution au départ ; ensemble, une tresse se construit à partir de la matière proposée par l’auteur. »

Beckett est connu davantage comme auteur noir, sombre, pathétique.
B.P. : Il y a deux ans, nous avons créé En attendant Godot et sommes tombés dans l’univers de Beckett. Nous avons eu envie d’y revenir, découvrant une réelle comédie avec un réel parti pris de faire ressortir la gaieté. C’est vrai que la pièce parle de choses terribles comme la vieillesse, la déficience, la mort, mais pas plus, pas moins que n’importe quelle pièce. Nous souhaitons présenter une comédie, parce que c’est une comédie, une oeuvre pour notre temps. »

Comment s’y prend-il ?
B.P. : « Il utilise le théâtre corporel, un humour presque chorégraphique. À l’époque où il écrit Fin de partie, il découvre les burlesques du cinéma américain qu’il aimait beaucoup. Il aimait beaucoup aussi le théâtre irlandais, l’humour des pubs, ce désir de raconter des histoires ; le théâtre allemand de cabaret qu’il connaît bien avec un humour à la fois ravageur, acide, un peu méchant, plein de non-sens et de fantaisie et, aussi, un engagement corporel. Beckett aimait beaucoup le cirque. Il y a dans ses dialogues une dimension ludique, une qualité d’enfance qui fait clignoter telle image, tel souvenir, mais irradie secrètement toute la parole, tout le jeu. C’est tout cela que nous avons souhaité mettre en avant en laissant de côté l’idée du Beckett noir, terrible, ennuyeux. Il y a réellement un tempo de film burlesque qui fait ressortir la musicalité et la légèreté de cette oeuvre. »

Que se passe-t-il sur scène ?
B.P. : « Sur scène, quatre personnages : un seul peut bouger – il y a en a deux dans des poubelles et un cloué à son fauteuil, sans roulettes. Mais je peux vous garantir que, même cloué à son fauteuil, le personnage danse, prend l’espace avec ses bras ! On a explosé la chambre ; ne subsiste que le plancher. Et du noir, on arrive peu à peu au clair, au lumineux. »

Propos recueillis par Tugdual Ruellan.
Fin de partie, Centre dramatique régional de Tours
jusqu’au 21 décembre 2001 au Théâtre Louis-Jouvet, tél. 02 47 64 50 50.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *