Le développement durable par Bernadette Malgorn, Jean-Paul Gaouyer, Jean-Yves Le Drian

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - développement durable

2004.06.14.Bretagne.Lexpress__2__photo.jpgParoles de décideurs
Qu’est-ce que le développement durable ? Où en est-on en Bretagne et quels défis relever demain pour engager un développement durable ?
Rencontre avec Bernadette Malgorn, préfète Région Bretagne et d’Ille-et-Vilaine ; Jean-Paul Gaouyer, délégué Bretagne ADEME ; Jean-Yves Le Drian, président du Conseil régional de Bretagne (Semaine du développement durable en Bretagne).

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article paru dans le SUPPLEMENT Bretagne L’EXPRESS – 14 juin 2004
Dossier conçu par Partenaire Ouest à Nantes
Rédaction : Tugdual Ruellan

Bernadette Malgorn, préfète Région Bretagne et d’Ille-et-Vilaine : « Pas de radicalisme mais de la conciliation. »
2004.06.14.Bretagne.Lexpress__4__B.Malgorn.jpg Quelle est votre définition du développement durable ?
Bernadette Malgorn : « Précisons tout d’abord que nous parlons bien de développement, donc de croissance ; mais il s’agit là d’un développement qui, dans son processus, ne détruit pas ses propres facteurs ; au contraire, il les reconstitue et leur permet de s’amplifier. Je me réfère à l’économie classique avec ses trois principaux facteurs de développement que sont la terre (les ressources naturelles), le travail (les ressources humaines) et le capital (les ressources financières). Un développement durable doit donc, non seulement être économe et respectueux de ces trois types de ressources, mais doit aussi les valoriser. »

Reconquérir la qualité de l’eau, une urgence…
BM : « Oui, mais aussi, penser le partage de la ressource en eau entre les différents usages. Depuis le milieu des années 90, nous nous attachons à reconquérir la qualité de l’eau en prenant en compte tous les facteurs de pollution, notamment ceux de l’agriculture, mais aussi ceux de l’industrie, des collectivités. J’ai reçu une mission du ministre de l’agriculture et du ministre de l’écologie et du développement durable pour la reconquête de la qualité de l’eau. Cette mission est venue donner conforter la création en 2001 de la Mission interdépartementale et régionale de l’Eau qui coordonne l’ensemble des services de l’Etat dans la région exerçant des compétences dans le domaine de l’eau. Certes, il s’agit de reconquérir la qualité de l’eau mais aussi, de maintenir le potentiel agricole et agro-alimentaire. Le développement durable, c’est rechercher la conciliation entre les différents intérêts qui peuvent parfois se confronter. C’est une œuvre de longue haleine mais les données dont nous disposons montrent qu’il y a déjà une amélioration de la qualité de l’eau avec, notamment, une baisse des taux de nitrates. Il y a par ailleurs une intégration véritable, par le milieu agricole, de la notion de développement durable… même si les mots utilisés diffèrent. »

A quels autres défis la Bretagne a-t-elle demain à faire face ?
BM : « Nous avons conscience que les ressources sont limitées. Mais y a t il beaucoup de régions comme la Bretagne, déterminées par la nature et la géographie, à avoir autant le sens de ses limites ? La notion de développement durable est ici très présente. En revanche, nous sommes confrontés à des conflits d’usage du sol, de l’eau, du territoire, des ressources naturelles parce que la région est densément occupée. Ce qui fait que les conflits d’usage sont plus forts qu’ailleurs. Un des autres défis est celui de l’énergie puisque la Bretagne ne produit seulement que 5% de ses besoins alors qu’elle est une région où la pénétration du tout électrique est la plus importante. C’est pourquoi nous allons lancer avec l’ADEME et EDF, une action combinée de promotion des énergies renouvelables, d’économie d’énergie parallèlement à la sécurisation de l’approvisionnement. »

Jean-Paul Gaouyer, délégué Bretagne ADEME : « L’économique trop souvent prioritaire »
2004.06.14.Bretagne.Lexpress__4_JP_Gaouyer.jpg Quelle est votre définition du développement durable ?
Jean-Paul Gaouyer : « Il s’agit d’abord de penser aux générations futures, donc de consommer, sans préjudice pour la planète afin de la laisser dans une situation satisfaisante. Trois préoccupations doivent donc nous animer : faire en sorte que les actes au quotidien et les décisions soient prises en prenant en compte tout d’abord l’homme, son environnement qui doit être préservé et l’équilibre économique. »

Le développement durable est au cœur de votre action depuis la création de l’ADEME en 1992…
JPG : « Oui, mais notre reconnaissance a été très progressive. Il est vrai que nous travaillons dans le sens du développement durable depuis plusieurs années mais chacun en a sa propre définition. Le fameux trépied auquel le concept se réfère, homme – environnement – économique, peut parfois être un triangle aux côtés fort inégaux… Le plus difficile est donc bien de maintenir un équilibre face à des enjeux prioritaires trop souvent de nature économique. Nous connaissons depuis longtemps l’intérêt environnemental des énergies renouvelables : éolien, solaire, thermique, photovoltaïque, biomasse, bio-énergie… Nous avons dû sans cesse tenir compte des moyens financiers disponibles et mettre en avant celles dont l’économie était la plus favorable. Aujourd’hui, par exemple, les deux énergies renouvelables les plus compétitives sont le bois-énergie et l’éolien ; ce sont elles qui sont aussi les plus créatrices d’emplois. »

A quels défis la Bretagne a-t-elle demain à faire face ?
JPG : «Un problème préoccupe de plein fouet la région : la qualité de l’eau. Des excédents structurels demeurent sur certaines zones et créent des situations conflictuelles. Il est urgent, pour un certain nombre de produits, d’envisager une valorisation énergétique qui permettrait de résoudre notamment le problème de l’agriculteur, qui est un producteur et a besoin de travailler et celui des riverains qui prétendent, légitimement, à une meilleure qualité de vie. Il y a donc un équilibre à trouver et une recherche de débouchés afin de faciliter une forme de développement durable de l’agriculture bretonne. La Bretagne doit aussi développer son système de production à partir d’énergies renouvelables ; son potentiel est important, en particulier avec l’éolien, la biomasse et le soleil. En matière d’éolien, de récentes études ont montré que le potentiel de la Bretagne se place au deuxième rang après le Languedoc-Roussillon. Bien sûr, il convient de penser l’aménagement territorial de ces équipements au niveau intercommunal (communautés de communes ou pays), tout en respectant l’aspect paysager et une distance minimale par rapport aux habitations. »

Jean-Yves Le Drian, président du Conseil régional de Bretagne : « Parlons de développement durable…solidaire »
2004.06.14.Bretagne.Lexpress__4_JY_Le_Drian.jpg Quelle est votre définition du développement durable ?
Jean-Yves Le Drian : « Je trouve que ce terme commence à devenir un peu gadget… Je ne pense pas que le développement durable doit s’apparenter à un vernis écologique. C’est une affaire beaucoup plus importante et c’est pourquoi je pense que le terme de développement soutenable ou développement durable solidaire est beaucoup plus approprié. Il y a quelques années, lorsqu’on utilisait ce mot en Bretagne, on avait l’impression de dire un gros mot ! Il est aujourd’hui utilisé à toutes les sauces… »

Y compris par les plus gros pollueurs…
JYLD : « Tout à fait ! Il faut revenir aux fondamentaux. Le développement durable forme un trépied et impose de prendre en compte l’aspect écologique, social (solidarité) et le développement économique à condition qu’il soit cohérent avec les deux autres critères. Le développement durable pour la Bretagne est un défi car nous sommes confrontés à des risques considérables : la pollution liée entre autres, aux modes de production agricole, la pollution maritime, la problématique des déchets, la détérioration de nos paysages, le délitement d’un mode sociétal breton composé de villes équilibrées et de réseaux de villes de qualité qui faisait notre force antérieurement. Il est aussi un atout car nous avons énormément de capacité à redresser et à valoriser notre territoire. C’est l’enjeu principal de notre bataille pour les six ans qui viennent. »

Comment cette bataille va-t-elle se concrétiser ?
JYLD : « Elle passera par la mise en place d’un Agenda 21 dont nous allons décider le principe et la mise en œuvre dès le 1er juillet, lors de notre prochaine session. Ce plan d’action, qui va mobiliser l’ensemble des acteurs, fixe des objectifs compatibles avec le respect des équilibres naturels ; il propose des politiques volontaristes à mettre en place, définit des moyens, détermine une évaluation de ces politiques. Il s’appuiera sur la création d’un institut régional de développement durable, un lieu où se retrouveront chercheurs, scientifiques, universitaires, économistes, écologistes, élus, acteurs sociaux et associatifs pour réfléchir aux choix et aux actions à mener tout en assurant une fonction d’observatoire, d’évaluation, de transparence et de cohérence des politiques conduites en Région. Il s’agit là d’un travail en profondeur car le développement durable que nous concevons ne se limite pas à l’action sur l’eau, mais aussi à la préservation des paysages, la restauration globale du territoire, le bon équilibre rural – urbain sur l’ensemble de la région, la valorisation du patrimoine, la qualité des transports avec la valorisation du fer, la gestion des déchets… L’opinion publique y est prête. Je souhaite que le plan global Agenda 21 soit achevé d’ici un an pour assurer ensuite sa mise en œuvre. D’ici là, un certain nombre d’actions d’anticipation vont être initiées. »

Interviews réalisés par Tugdual Ruellan

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