Adapter l’entreprise aux personnes handicapées

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

1998.02.27.NO_n_4.emploi_handicap-2-photo.jpgEpouvantail pour certains, l’intégration des personnes handicapées à un poste de travail est désormais facilitée par des aides diverses.
La loi du 10 juillet 1987 oblige les entreprises de plus de vingt salariés à embaucher, à temps plein ou à temps partiel, des personnes handicapées dans la proportion de 6 % de l’effectif total de leurs salariés. Certaines font le choix de verser ce que l’on nomme la « contribution volontaire». Pour d’autres, ce type d’embauche fait partie intégrante du projet de l’entreprise. A compétence égale, pourquoi pas un travailleur handicapé ? (sur la photo, An Treiz dans le Finistère, accompagne de jeunes déficients intellectuels dans leur insertion professionnelle).

Article paru dans Le Nouvel Ouest n°4 (27 février 1998)
Directeur de la publication : Hervé Louboutin
Rédaction : Tugdual Ruellan
Photo : Guy Yoyotte-Husson et Tugdal Ruellan
(à télécharger en cliquant sur l’image)

«A la Sollac, nous avons une politique globale, affirmée depuis 1994 : c’est de lutter contre l’exclusion quelle qu’elle soit et garantir l’emploi dans la mesure du possible». Les propos de Patrick Gaston, responsable «emplois et carrières» de l’entreprise nantaise, sont clairs et sans équivoque. Ni gloire, ni auto-satisfaction : embaucher une personne handicapée, reconnue pour sa compétence, fait ici partie intégrante de la gestion interne des ressources humaines. «Nous sortons d’une époque difficile, semée de plans sociaux, poursuit le responsable; la sidérurgie a perdu quelque 1(X) 000 personnes depuis les années 70. Une industrie lourde de process comme la nôtre rencontre inévitablement des problèmes d’inaptitude, de vieillissement de la population. Il était important de mener un travail de réflexion, avec les médecins du travail, pour savoir comment prendre en compte les différentes situations handicapantes et les aménagements de poste qui s’imposaient.» L’entreprise Sollac est la branche «produits plats» d’Usinor (acier pour emballage, automobile et électro-ménager). Le site de Basse-Indre, près de Nantes, spécialisé dans l’emballage, notamment les boîtes de conserve, emploie 1 000 personnes (production : près de 400 000 tonnes). Alors que la loi oblige un taux d’insertion de 6 % de la masse salariale, celui de la Sollac atteint les 7,6 %.« En contrepartie, il est vrai que nous sommes exigeants à l’embauche et proposons facilement un travail à temps partiel. Actuellement, 25 % de l’effectif a choisi ce type d’aménagement. Ce sera sans doute 50% d’ici 2002.»

Parcours du combattant
Partir à la recherche d’un emploi, lorsqu’on est handicapé, relève parfois du parcours du combattant. Les dispositifs et les systèmes d’aide se multiplient. Encore faut-il avoir l’information au bon moment et frapper à la bonne porte. Benoît Trudelle en a fait l’expérience. A partir de 1988, alors qu’il est âgé de 37 ans, il réalise qu’il est en train de perdre peu à peu la vue. CAP d’ébéniste en poche, il se trouve contraint d’abandonner le commerce de meubles anciens que lui avaient légué ses parents. «Tout n’a pas été facile, se souvient Benoît. Je suis marié et père de quatre enfants. J’ai eu peur en perdant la vue : j’ai dégringolé de 7/10′ en l’espace de quatre ans !» Benoît entre alors en formation de standardiste à Paris, patiemment, il franchit les étapes et apprend à communiquer dans le noir. Une première satisfaction surgit en 1992 lorsqu il obtient son diplôme, reconnu par l’association des standardistes et agents techniques aveugles français. Mais l’emploi est rare : «Je n’ai trouvé que deux ou trois entreprises qui disposaient d’un standard adapté. J’ai traversé une période de galère, avec pour seul revenu, l’allocation d’adulte handicapé… » Le centre pour aveugles et déficients visuels de Montéclair à Angers lui propose alors une formation en secrétariat-bureautique. Benoît sollicite l’Agefiph, Fonds pour l’insertion professionnelle, qui accepte de soutenir le projet de formation, d’une durée de 400 heures et l’acquisition d’aides techniques.
Rapidement, Benoît emmagasine les données essentielles. « M.Trudelle n’a pas traîné, explique Bertrand Tessier, formateur au centre. Nous lui avons alors proposé de poursuivre sa formation dans un centre de droit commun pour adultes, AFPA. » Pour la première fois en France, un aveugle intégrait une section d’agent de traitement administratif dans un centre de formation pour adultes AFPA. En juin 1996, il passait l’examen avec succès. Fortement encouragé, Benoît s’inscrit en niveau IV, dans la même spécialité. En même temps, il expérimente, également pour la première fois, le nouveau logiciel Virgo, qui permet de travailler sous un environnement informatique Windows avec un système braille. «Au départ, j’ai eu un peu de mal à comprendre la • logique de Windows, devant tout mémoriser, explique Benoît. J’ai été obligé de retenir pas mal de codes et de combinaisons, avec une stagiaire qui m’a aidé à les répertorier. Mais c’est une faculté qui se développe. Il suffit d’être motivé ! » La formation prévoit deux stages pour découvrir, en situation réelle, l’entreprise. Benoît les fait tous deux chez Leroy-Merlin, au Mans. Il y donne entièrement satisfaction, sa connaissance du bois et du bricolage étant jugée très utile pour conseiller les clients. Malheureusement, pas d’embauche à la clé. Benoît continue à se tenir informé du développement des nouvelles technologies. Guettant le téléphone, il ne désespère pas de trouver enfin un emploi.
Tugdual Ruellan.

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