Une autoroute maritime de Nantes-Bilbao pour décongestionner les autoroutes terrestres

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - développement durable

2005.10.13.Le_Monde-autoroute-photo.jpgDécongestionner les autoroutes terrestres, protéger l’environnement, modérer des investissements coûteux en termes d’infrastructures… Autant d’enjeux qui font désormais du projet d’autoroute maritime de Nantes-Bilbao une priorité. Ouverture probable d’ici deux à trois ans… si l’Etat se laisse convaincre.

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Article paru dans le Cahier du Monde « Objectif Régions » du 13/10/2005
Conception : Partenaire Régie
Rédaction : Tugdual Ruellan
Photo : André Bocquel

Ce projet d’autoroute maritime, qui reliera Nantes à Bilbao, répond à un besoin d’économie durable par rapport à l’économie du profit immédiat, affirme le président du port Michel Quimbert, qui est aussi le fondateur du club des ports de l’Atlantique. ll s’agit là d’une approche politique globale, un service d’intérêt général. Nous nous sentons citoyens dans ce projet et notre démarche de conviction est totalement soutenue par les travaux de la commission européenne. »

Le dossier est fin prêt. Les ports de Nantes-Saint-Nazaire en France et de Bilbao en Espagne ont peaufiné leur projet d’autoroute maritime. Ils attendent désormais l’appel d’offres que le Gouvernement a promis de lancer avant la fin de l’année. La réflexion est également engagée avec les ports anglais et irlandais, mais davantage dans l’idée d’un renforcement du cabotage traditionnel alimentant les tronçons d’autoroutes terrestres. « Plus que jamais, estime François Marendet, directeur du port de Nantes Saint-Nazaire, la crédibilité de la voie maritime se trouve renforcée. Dans une perspective de développement durable et d’économie d’énergie d’une part, de sécurité routière d’autre part. Les récents incidents survenus dans le tunnel de Fréjus abondent en notre sens. »

La réflexion s’inscrit également dans le sens des préconisations de la Commission européenne. C’est la première fois, notent les porteurs du projet, qu’un document, le livre blanc sur les réseaux de transport, tente une approche globale, politique, en appréhendant les coûts induits comme ceux de la pollution atmosphérique, la santé, les accidents de la route… Des partenariats unissent déjà certains ports. Dublin, Bilbao, Nantes-Saint-Nazaire échangent leurs données commerciales et participent à des missions communes. Un projet similaire existe déjà depuis plusieurs années entre Dublin et Liverpool, emprunté chaque jour par 3 500 rernorques.Toute la question est désormais de savoir comment concevoir cette autoroute maritime pour qu’elle soit une réponse en termes d’économie durable mais aussi de viabilité économique dans le meilleur délai.

L’idée est révolutionnaire et bouleverse les modes de transport. Il s’agit d’organiser un service, porte-à-porte, entre un terminal situé à Montoirde-Bretagne, gare de péage, et un autre terminal à Bilbao avec une relation directe avec le Portugal. Les transporteurs chargent leurs remorques dans la cale du bateau-navette et retournent chercher une autre remorque. A l’arrivée du navire, le transporteur espagnol fait de même. «Le dispositif, poursuit François Marendet, est basé sur une nouvelle approche du fonctionnement des entreprises de transport. Il s’agit d’un système non accompagné : la remorque n’est plus liée à son tracteur et le chauffeur n’est plus lié à sa remorque. C’est un changement de mentalité profond qu’il nous faut accompagner. »

Le dispositif devrait permettre d’économiser carburant et temps de conduite au volant. « L’autoroute maritime, poursuit Michel Quimbert, doit présenter toutes les caractéristiques de l’autoroute terrestre. Cela suppose que l’autoroute n’implique pas d’attente, qu’elle soit fiable, sûre, que le titre d’accès soit, comme un péage, un document unique, que les conditions de la circulation soient les mêmes en terme de contrainte douanière, de documents de transports, conditions d’assurance et de responsabilité de transport. » On comprend que les deux réflexions soient menées simultanément des deux côtés afin d’organiser au mieux cette gestion des terminaux, vérifier la pertinence économique du dispositif’ et élaborer un nouveau volet commercial. Les transporteurs s’avouent intéressés, attendant cependant que le coût soit affiné afin d’être attractif et compétitif par rapport à un transport par route.

Le projet implique la construction de six navires, capables chacun, de transporter quelque trois cents remorques. Trois départs seraient proposés chaque jour, en sachant qu’un bateau devrait être chargé et déchargé dans un laps de temps n’excédant pas une heure et demie, grâce à deux rampes en double accès. Il pourrait se structurer l’an prochain et devenir opérationnel en 2008. Le coût est actuellement évalué aux alentours de 400 millions d’euros, soit à peine, comme se plaît à le rappeler Michel Quimbert, « l’équivalent de 30 à 50 kilomètres d’autoroute terrestre… »
Tugdual Ruellan

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