Interview d’Ali Abdelmalek, sociologue : « pays et aménagement du territoire »

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - développement local

1993.11.08.OF.ali_abdelmalek-photo.jpgAli Abdelmalek est sociologue (Maître de Conférences) à l’université de Rennes 2. Il connaît bien le pays de Redon, pour y avoir travaillé et habité. Il est passionné par les questions d’identité. Il est aussi membre du CERIEM (Centre d’étude et de recherche sur les relations inter-ethniques et les minorités). Il nous parle de l’aménagement du territoire.

article paru dans Ouest-France (Redon – Ille-et-Vilaine), 8 novembre 1993
Texte : Tugdual Ruellan
Photo : Ouest-France
article téléchargeable en cliquant sur l’image

Pourquoi parle-t-on d’aménagement du territoire ?
On a commencé à en parler juste après la guerre. Du fait d’une hyper centralisation, on a réalisé qu’on ne parlait que de Paris et du reste » ! Les provinces passaient en second. Puis, de grandes métropoles se sont mises en place : Nantes, Rennes, Bordeaux… On a appris aux ruraux, dans les années 60, à devenir des urbains ! Les campagnes se sont alors désertifiées. Face aux études de l’INSEE, les dirigeants, les forces vives se sont inquiétés, avec une question centrale : la notion de travail. Le débat qui n’avait lieu jusqu’alors qu’entre Paris et les provinces, est devenu celui entre les villes et les campagnes environnantes. Aujourd’hui, ceux qui ont investi les mairies, le pouvoir, sont ceux qui dans les années 60-70 étaient au coeur du mouvement culturel et associatif, basé alors sur des mouvements identitaires.

Comment naît un « pays » ?
Il y a des éléments objectifs : il faut que la population trouve à proximité tous les services dont elle a besoin. Il faut aussi des éléments subjectifs : il faut que les gens se sentent « de » quelque part, aient une représentation du pays qu’ils habitent. Le mouvement social des pays est né de par cette volonté d’enrayer l’exode rural. L’aménagement du territoire est un vieux débat qui date de la révolution entre girondins (logique nationale, départementale, européenne) et jacobins (qui ne jurent que par la commune et l’Etat-nation). Dans le pays de Redon, les élus se promènent dans ces univers, étant tantôt départementalistes, tantôt régionalistes… Souvent au nom d’une stratégie, d’une opportunité, suivant une alliance. Il y a comme une sorte d’opposition entre l’ethnique et le patriotisme. Mais les individus gèrent ça très bien !

Quels sont les débouchés de ce débat ?
L’élément de conflit, c’est l’usage du sol, qui est de moins en moins agricole. Il est urgent de se demander quelle agriculture nous souhaitons ? Les élus ruraux paraissent très consensuels autour de cette question d’aménagement. C’est parce qu’ils en restent au niveau des grands principes. Pour l’instant tout le monde est d’accord. Mais quand on commence à se poser la question de qui va payer, là les problèmes commencent. L’aménagement renvoie à un problème de démocratie : il faut aussi déterminer quelles sont les instances de décision. Ca dépasse le clivage gauche-droite. L’intérêt général, qui ne doit jamais être perdu de vue, se situe à mon sens, au moins au niveau de la communauté européenne. C’est essentiel si l’on veut éviter le retour des anciennes féodalités.
Tugdual RUELLAN.

Ali Abdelmalek est l’auteur de deux maîtrises et d’un DEA sur la notion de pays et d’une thèse sur le rôle des organisations professionnelles agricoles entre le local et l’Europe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *