Un musée à Redon, écrin secret des mariniers, en hommage au canal de Nantes à Brest

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - patrimoine

1993.08.05.OF.ecrin_mariniers-photo.jpgLe canal de Nantes à Brest ne cesse d’émerveiller ceux qui cherchent aujourd’hui à le faire revivre. Rien n’a été laissé au hasard dans la conception de cet ouvrage, qui s’étale des Pays de Loire à la Bretagne, sur quelque 400 kilomètres. La ville de Redon lui a consacré un musée. Témoignage de reconnaissance pour tous ceux qui l’ont fait et lui ont donné vie.

article paru dans Ouest-France (Bretagne), 5 août 1993
Texte et photo : Tugdual Ruellan
article téléchargeable en cliquant sur l’image

C’est Charly Bayou, responsable du musée de Redon, qui accueille le visiteur. Il s’est fait des derniers mariniers de véritables amis et parle déjà du canal comme d’un poème. « Cette maquette représente le passage en centre-Bretagne. Imaginez-vous qu’il y a, à cet endroit, 56 écluses concentrées sur 20 km. Tout cela pour passer à Pontivy ! » Le canal avait en effet été commandé par Napoléon. Pontivy s’appelait alors Napoléon-Ville » ! Sa construction s’est achevée en 1855.

« On a calculé, poursuit Charly Bayou, que l’ensemble des matériaux utilisés pour construire les écluses, les maisons, les aqueducs… occupent le même volume que ceux qui ont servi à construire la pyramide de Kheops en Egypte ! » Sur la maquette se profile un second cours d’eau. C’est la rigole d’Hilvern. « C’est elle qui alimente en eau le canal. Elle était à l’origine entièrement tapissée d’argile. Sa pente est parfaite et rigoureusement régulière : 0,3 cm par mètre et cela sur 65 kilomètres. La pente idéale ! » Redon a bâti sa fortune au XIXe siècle sur l’utilisation habile du canal. « A l’origine, rappelle Jean-Louis Latour, passionné d’histoire locale, le creusement du canal avait été décidé pour des raisons militaires. En cas de blocus des ports français, les marchandises pouvaient ainsi, malgré tout, être acheminées. » Le long du port de Redon, les maisons d’armateurs aux balcons de fer forgé, témoignent encore de la richesse du commerce maritime de l’époque.

Comprendre l’éclusage
Un peu plus loin au fond d’une salle du musée, l’on découvre le fonctionnement d’une écluse, grâce à une remarquable maquette au 1/50e. Réalisée en lien avec le collège de Blain, elle vient d’être améliorée avec des enseignants et des élèves du lycée Marcel-Gallo de Redon. La visualisation en coupe en dévoile le fonctionnement, dune manière très pédagogique. Aux commandes d’un pupitre électronique, on réalise soi-même son éclusage. La porte s’ouvre et laisse passer l’embarcation, puis se referme. Une petite trappe, nommée vantelle, se soulève sur la porte amont. Il faudra attendre que les niveaux correspondent pour ouvrir l’écluse. « Le travail a fait l’objet d’une recherche approfondie. Les élèves ont été mis dans la situation réelle d’une commande. Ils ont élaboré un automate industriel très performant, identique à celui qui gère le passage des boules au loto. »
‹ Ligne de vie creusée dans la paume calleuse de la Bretagne. » Belle image, attribuée par Thierry Guidet au canal de Nantes à Brest qui depuis quelques années intéresse une nouvelle génération de mariniers. Plus de sable de Loire, plus de chaux ni de tonneaux ou de poteaux de mines pour les Pays de Galles. Ce sont désormais aux estivants, promeneurs et autres groupes scolaires que les anciennes péniches et automoteurs ont prêté leurs cales. Le canal a trouvé une nouvelle raison pour subsister. Sans doute restera-t-il longtemps l’écrin secret de la mémoire des mariniers…
Tugdual RUELLAN.

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