Une vie de puisatier : Raymond Gascard connaît tous les caprices de l’eau

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - patrimoine

1993.08.31.OF.raymond_gascard-photo.jpgRaymond Gascard, de Bains-sur-Oust (Ille-et-Vilaine), trouve l’eau qui circule sous terre. Un professeur de Ploërmel lui a trouvé ce don en 1934, il avait alors 10 ans. Depuis, il a passé sa vie à creuser des puits. Rarement il s’est trompé. Raymond n’a pas oublié ces longues journées passées à creuser au fond d’un trou. Il n’a pas oublié non plus cette joie immense de sentir soudain l’eau ruisseler sous ses bottes.
« Combien creusait-on de puits dans une année ? Ca dépendait bien sûr de la saison et de la nature du terrain. En 1951, je n’ai pu en faire qu’un. C’était dans le bourg de Saint-Nicolas-de-Redon. C’était tellement humide que l’on a dû arrêter et recreuser l’année d’après. Dans les années normales, je pouvais en creuser 15, 20… Certains en deux ou trois jours. » Creuser des puits a toujours été la seule activité professionnelle de Raymond Gascard. Il s’en souvient comme si c’était hier.

article paru dans Ouest-France (Ille-et-Vilaine), 31 août 1993
Texte et photo : Tugdual Ruellan
article téléchargeable en cliquant sur l’image

L’après-guerre a été une période de forte demande. Les gens ont acheté de nombreux terrains en bord de mer. Ils commanlaient d’abord un puits, et ensuite seulement, construisaient leur maison. « Je ne me suis jamais trompé » affirme-t-il d’un ton à faire frémir les incrédules. « D’ailleurs, je ne me faisais payer que si je trouvais de l’eau! « A la fois magicien et homme de terrain, Raymond n’a jamais voulu chercher autre chose que de l’eau. On l’a pourtant souvent sollicité. Ce qui ne l’empêche pas de vous dire avec exactitude le degré d’alcool d’une barrique de cidre, de trouver des objets perdus ou bien votre tension.
Lorsqu’il arrive sur le terrain, Raymond se met, à marcher, le bras tendu vers le sol comme une antenne, un pendule » dans la main droite. « J’utilise un noeud de châtaignier, mais peu importe, chacun a sa manière ! » Le pendule se met à tourner. Raymond marche encore, puis s’arrête.

Comme une chaleur
L’eau est ici. « Je ne sais pas très bien ce que je ressens. C’est une sensation générale, comme une chaleur qui me traverse le corps. » Raymond sort alors de sa poche, une montre ancienne. Avec elle, il détermine l’emplacement exact et la largeur du fil d’eau. « L’eau circule sous terre comme un fleuve. Elle a une rive droite, une rive gauche. Avant de creuser, il faut bien déterminer le centre. » Avec des pièces de monnaie qu’il accumule en tas sur son poing, il calcule enfin la profondeur de la source. La confection du puits ne pouvait pas être entreprise au hasard. Les moyens de l’époque ne le permettaient pas. « On formait le trou puis on plaçait des buses de béton qui descendaient au fur et à mesure. » Dans le granit, il fallait être deux : un qui tapait, l’autre qui tournait la barre à mine. Travail de fourmi, du point du jour à la tombée de la nuit. Même après avoir trouvé l’eau, l’ouvrier continuait à creuser et écoper au fur et à mesure. La découverte de l’eau était une fête. Le curé parfois, venait bénir la source.
Raymond est parfois retourné voir ses puits. « Jamais ils ne se sont taris. Aujourd’hui, je ne peux pas trouver plus de deux ou trois sources dans la journée. Je sais que je ne dormirai pas la nuit suivante. ». Au fond du jardin sommeillent le treuil et le bac à pierre, témoins silencieux, devenus obsolètes. Mais qu’importe ! Les souvenirs de Raymond sont intacts. Il connait les caprices etle mystérieux chemin de l’eau souterraine.
Tugdual RUELLAN.

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