Entretien avec Paul Vallaeys, auteur d’Un simple quidam aux éditions Société des écrivains

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - littérature

2003.08.Paul_Valaeys-couv.jpg« Une main sur la beauté du monde, l’autre main sur la souffrance des hommes, les deux pieds dans le devoir du moment présent. » (François Varillon S.j., philosophe et théologien)

Paul Vallaeys est né à Clichy (Hauts-de-Seine) mais a vécu durant la guerre toute sa petite enfance à Vildé-la-Marine, petit village d’Ille-et-Vilaine dans la baie du mont Saint-Michel, région dont ses grands parents maternels étaient originaires. En Janvier 44, il n’a pas encore 10 ans, une tuberculose très sévère l’oblige à une hospitalisation immédiate. Déracinement familial donc, qui allait durer 15 années ! La médecine est alors quasiment impuissante face à cette maladie. Commence alors une longue série de séjours en divers hôpitaux et sanatoriums.

Entretien avec Paul Vallaeys – août 2003 par Tugdual Ruellan
Un simple Quidam, journal romancé – éditions Société des écrivains – 2003

En 1959, une thoracoplastie avec ablation de sept côtes, stabilise enfin son état pulmonaire. Durant 25 années alors, Paul Vallaeys exercera une activité professionnelle dans l’Education spécialisée auprès d’enfants et adolescents handicapés moteurs et parfois mentaux. Il dut l’interrompre prématurément en 1985, un insuffisance respiratoire grave s’étant peu à peu installée. Il est astreint aujourd’hui à 18 heures d’oxygénation par jour, avec respirateur et masque nasal la nuit. Ce livre est fruit de cette histoire sans en être l’autobiographie. La fiction a été consciemment choisie, mais fortement inspirée d’une réalité. L’itinéraire spirituel qui se dégage de cet ouvrage, est par contre totalement revendiqué par l’auteur…

Le mont Saint-Michel apparaît sur la couverture de votre livre… avec une croix ?
« Oui ! mais cette dernière a pour ombre un chêne. J’ai voulu ainsi symboliser une nostalgie exprimée dans ce Journal : cette action commune dans la Résistance entre « Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas » selon le beau poème d’Aragon. Action suscitant alors des espérances communes, vite flouées hélas peu après la Libération. Il serait tellement nécessaire encore en ce début de siècle de faire « feu de tout bois » comme hier… Le mont Saint-Michel et cette croix sont par ailleurs conjointement pour moi tout le merveilleux de ma petite enfance, où je courais dans cette grève splendide, et la ferveur chrétienne qui alors était mienne. »

Votre réflexion prend racine dans la souffrance et la solitude…
« Oui, dès ce brutal et douloureux déracinement, avec toute l’angoisse des lendemains perçus dangereux par la mort, couramment présente dans cet univers médical d’alors. Il fallait compenser – c’est le sujet central du livre – un état qui conduit tout naturellement au repli sur soi, à la rancœur et bientôt à l’hypocondrie souvent agressive. Je l’ai fait en accédant à cette « Beauté du Monde » selon l’expression du théologien François Varillon cité en exergue de mon livre. Beauté du monde recouvrant tout à la fois la Nature observée, transformée, embellie (c’est ici l’accession à l’immense domaine de la création artistique), mais Beauté recouvrant tout autant ce que l’être humain recèle de solidarité active dans le malheur, la détresse, où bonté. amitié, s’expriment alors je le crois de façon plus intense. Qui m’a fait la grâce d’accession à toute cette Beauté ? C’est une question qui ne cesse d’être posée tout au long de mon livre ! Elle reste valable à l’heure où son auteur vous parle… »

Le simple Quidam… est-ce vous ?
« Non ! d’abord parce qu’il meurt à la fin des neuf mois où il rédige son Journal… mais c’est vrai qu’il en est pour lui comme pour tous les personnages du livre, le fait de leur création ne peut m’innocenter d’y mettre un peu de moi-même… Rien n’est indemne de réalité : rarement toute entière, elle est ici atténuée, là modifiée, ailleurs embellie… Je crois toutefois, pouvoir affirmer l’authenticité globale de l’itinéraire spirituel dont je me réclame plus haut. »

Vous dépassez dans ce livre le cadre purement médical et décrivez une réalité extérieure,.. ?
« Oui ! Par un procédé littéraire qui n’a rien d’original : une correspondance extérieure avec un ami est entièrement insérée dans ce journal. Le dialogue ainsi instauré est important à plusieurs titres : illustration réelle d’un contexte socio-politique (dans un temps volontairement non précisé mais que l’on situe facilement dans la première moitié des années 50). C’est par ailleurs occasion pour moi d’une réflexion sur ce que 25 années en tant qu’acteur social engagé m’ont enseigné. Réflexion où, là-aussi, les zones d’ombre que sont les exclusions, les diverses intolérances, les rigidités administratives, les sectarismes idéologiques et politiques, l’impérialisme technique, et enfin – trop souvent hélas ! – la violence, constituent une douloureuse quotidienneté. Mais réflexion où là-aussi, une pratique peut révéler une face plus lumineuse de notre humanité : la solidarité dans la lutte, la joie dans un « faire avec », dans un « faire ensemble », un projet réalisé, le bonheur d’une manifestation réussie, d’une solitude dépassée, d’une injustice reconnue et compensée, bref ! la Beauté du monde- on y revient ! – dont l’essence en définitive tient en ce seul mot face auquel. plus ou moins consciemment, nous sommes toujours tous et toutes en appel : l’Amour dans sa dimension la plus globale. Amour toujours à préserver… A retrouver… La dynamique absolue, et, pour ce qui me concerne, notre plus fascinant mystère… »

Pourquoi l’édition de ce livre ?
« Je peux en donner quelques raisons : j’aime écrire et je suis amoureux des mots ayant le lyrisme facile…Trop peut-être ! Volonté ensuite de laisser en ce bas-monde, une modeste trace, d’où ce titre « Simple Quidam » ! Je crois par ailleurs que faire partager ce texte, peut ne pas être inutile pour certaines personnes. Pour conclure, j’y perçois pour ma part exprimée, une nostalgie de jeunesse, éprouvante sans doute, mais que je ne renie pas au contraire ! Un personnage dans la préface de ce Journal y voit un « hymne à la joie » ! Ah ! que j’aimerais !.. »

Propos recueillis par Tugdual Ruellan – août 2003.
L’ouvrage de Paul Vallaeys est disponible auprès de l’auteur (prix : 19 euros) :
Paul Vallaeys, 7, rue du Docteur Le Calvé – 35600 Redon

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