La Lettre d’information de Différent et Compétent : 45 Esat bretons aujourd’hui réunis

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

2009.09.DIF_ET_COMP.Lettre-UNE.jpgPour une reconnaissance de Différent et Compétent dans une pratique formalisée et validée institutionnellement
L’Aresat, Association régionale des établissements et services d’aide par le travail de Bretagne, par ses 24 « fondateurs » et aujourd’hui par la volonté de ses 45 adhérents, a pour mission essentielle la reconnaissance et le développement des compétences des personnes handicapées travaillant en esat et en entreprises adaptées. L’année 2008 aura été une année charnière : nous quittions le partenariat Equal engagé avec Le Fonds social européen pour entrer, en juillet, dans un fonctionnement autonome. L’expérience de cette première année a mis en lumière certaines de nos difficultés, de nos faiblesses, de nos atouts et a aussi pleinement révélé notre notoriété.
Christian Guitton, président de l’ARESAT Bretagne.

CONTACT : Aresat Bretagne
BP 73211 – 35532 Noyal-sur-Vilaine cedex
Tél. 02 99 04 09 67 – fax : 02 99 00 64 31
Président : Christian Guitton – Chef de projet : ¨Pierrot Amoureux
Courriel : differentetcompetent@wanadoo.fr
Site : http://different-et-competent.org
Communication – Interviews et rédaction Lettre : Tugdual Ruellan – 02 99 91 33 16
LA LETTRE de l’ARESAT – à télécharger en cliquant sur l’image

Si la reconnaissance des compétences fait appel à un processus et un ensemble de méthodes clairement identifiés, et relativement maîtrisés, réussir la transformation de nos structures pour qu’elles permettent le développement des compétences de tous ses employés s’impose à chacun d’entre nous, et ceci, pour deux raisons :
• la reconnaissance des compétences suscite dans nos publics un désir d’évolution (situation de travail, formation, stages…) • dans notre environnement mouvant et menaçant, l’évolution en compétences est une nécessité de survie.
Sur tous les plans, l’Esat et l’EA sont au coeur de la tempête, leur environnement économique et réglementaire devient plus délicat et agressif. Nos structures tout en préservant le bien-être et le développement personnel et professionnel des personnes qui y travaillent se doivent d’être réactives, adaptables et efficaces.

L’Aresat a son rôle à jouer dans ces mutations nécessaires et doit pouvoir proposer à celles et ceux qui le souhaitent de partager un plan de développement à la hauteur des enjeux. Le développement des compétences, à la croisée des contraintes et des opportunités qui nous traversent est l’un des facteurs essentiels de réussite de notre adaptation à notre environnement et doit-nous permettre de surmonter les bouleversements humains, techniques et économiques qui nous attendent. Nous devons donc monter en compétences dans différentes techniques connexes aux métiers de base pour que le moniteur soit lui-même armé, soutenu. Cette Lettre d’information, dont nous relançons la publication, s’offre avec notre site internet comme espace d’échange, de confrontation de points de vue et d’initiatives.

L’Aresat est confrontée à une nécessaire dissémination. Notre projet est à l’origine celui des esat de Bretagne. Sa pérennité dépend aujourd’hui de notre engagement, bien sûr, mais également de sa notoriété, et de son assise vers d’autres territoires et structures afin d’obtenir des interlocuteurs publics, des Régions, de l’Etat, la reconnaissance de notre dispositif dans une pratique formalisée et validée institutionnellement. La rencontre de l’autre, l’ouverture de notre réseau sont une source « d’enrichissement » qui contribue à réfléchir et à améliorer nos pratiques.

Christian Guitton, président de l’ARESAT Bretagne.

Après Différent et Compétent, un nouveau projet en devenir
Une démarche de reconnaissance des acquis de compétences des travailleurs handicapés
Patrice Leguy est chercheur et docteur en sciences de l’éducation, au département de formation supérieure à l’Institut de travail social de Tours. Il accompagne depuis trois ans la démarche initiée par les Esat de Bretagne et le dispositif Différent et compétent, auteur du livre « Travailleurs handicapés en Esat : reconnaître leur expérience » (éditions Erès). Son engagement se poursuit avec l’ITES de Tours dans le cadre de formation et actions de dissémination du dispositif. Rencontre…

Une réédition du livre, paru à l’issue du projet Equal, est en cours. Qu’en pensez-vous ?
C’est un vrai succès ! Avec la réédition, ce sont quelque 2000 exemplaires qui ont été distribués. Les professionnels du secteur médico-social expriment un fort intérêt quant à la démarche puisque les principaux acheteurs de l’ouvrage sont les Esat. Le regard porté sur l’expérience inspire de nombreux professionnels sur la façon de valoriser les travaux développés en Bretagne.

Où en est-on aujourd’hui ?
L’action s’est développée en Bretagne et c’est une réussite. De 24 établissements réunis au sein du dispositif, il y en a aujourd’hui 45. Réussite parce que le dispositif est original dans sa construction mais aussi parce que, dans la durée, la dimension prometteuse du projet a abouti. Les demandes pour diffuser la démarche dans d’autres régions de France sont de plus en plus nombreuses et les financeurs nationaux et régionaux s’y intéressent. Les établissements se regroupent sur le territoire pour mettre en œuvre des actions de reconnaissance des compétences des travailleurs handicapés et se fédèrent ou construisent des partenariats.

Le décret est paru en mai dernier. Qu’en pensez-vous ?
Nous en sommes satisfaits car nous l’attendions impatiemment. Les responsables du projet Différent et compétent ont pu faire entendre leur voix auprès du ministère et concourir à l’émergence de ce texte qui permet désormais d’accéder à des financements. Au titre de la loi 2002, la dimension de reconnaissance y est privilégiée par rapport à la dimension de validation comme nous l’avions défendu.

Que peut-on qualifier de remarquable dans la démarche Différent et compétent ?
Il y a cette dimension fédératrice que développe le dispositif en se démultipliant dans d’autres régions. La démarche met en valeur le parcours de reconnaissance de compétences et vise à reconnaître les acquis de compétences des travailleurs handicapés. On est bien dans l’esprit de la loi sur la validation des acquis de l’expérience qui permet aussi aux personnes, non seulement de faire valider leurs acquis des expériences antérieures, mais aussi de valider des compétences acquises au cours de la vie professionnelle. Ce qui est enfin remarquable, c’est que la démarche ou méthode d’ingénierie ne lâche rien à l’ensemble des valeurs, présentes depuis son origine, aujourd’hui partagées par les 45 établissements Bretons et ceux des autres régions qui trouvent bénéfices à rejoindre la démarche.

Comment développer la démarche ?
D’abord, en l’inscrivant dans le cadre d’une formation nationale. C’est ce que nous proposons avec l’Institut du travail social de Tours, qui a signé une convention partenariale avec l’Aresat, destinée au personnel d’encadrement. Il s’agit d’accompagner et de professionnaliser le déploiement des démarches de reconnaissance des acquis de l’expérience dans les établissements. Ensuite, par une démarche d’essaimage que développe l’Aresat sur le territoire et qui concourt à développer de manière intelligente le programme Différent et compétent. Il s’agit de permettre à des établissements de s’inspirer de l’expérience bretonne pour promouvoir une démarche de reconnaissance des acquis de compétences.

Sur quelles perspectives travaillez-vous désormais ? Nous développons un système d’évaluation des actions de reconnaissance des acquis dans le cadre d’établissements, de territoires, de régions. Elles s’appuient sur des initiatives coopératives, partenariales qui valorisent et accompagnent le déploiement des démarches de reconnaissance des acquis à travers le décret, et/où à travers un système de valeurs. Nous vérifions que l’esprit, la dimension humaniste, les repères théoriques restent bien présents dans la démarche. Après la conception et la mise en œuvre du dispositif par la Bretagne et en Bretagne, son évaluation, nous repartons dans une nouvelle phase de conception enrichie par l’essaimage. Nous parlons désormais de démarche de reconnaissance des acquis de compétences des travailleurs handicapés. Nous animons la mise en œuvre de ce déploiement dans les territoires avec des groupements d’établissements. Une nouvelle phase d’évaluation sera certainement à mettre en œuvre d’ici à 2011.

Ils rejoignent le dispositif…
Sophie Michaux, Esat Armor Saint-Malo : « Ces outils nous ont aidé à construire notre démarche de création des projets de suivi individuel. Très vite, nous avons réalisé que nous parlions le même langage et que ces outils pouvaient être utilisés pour faire évoluer notre système… La démarche a permis de se mettre en conformité avec les exigences de la loi : « Les référentiels sont un grand soutien et nous ont permis d’évoluer. »

Rachel Bihan, Esat Le Bois-Jumel, Carentoir : « Du sur mesure, pensé par des gens de terrain pour des gens de terrain ! Les formations sont particulièrement adaptées aux besoins des équipes, les intervenants sont particulièrement à l’écoute, disponibles ; ils comprennent les difficultés et savent s’adapter. Le vocabulaire est adapté à la compréhension et aux capacités des travailleurs sans pour autant être infantilisant. Enfin, on parle de handicap en termes de compétences et non en termes de lacunes. Grâce à la construction des trois niveaux, il est possible de situer la personne dans un niveau et surtout, dans une progression, une dynamique d’évolution valorisante. »

Jean-François Dando, Service d’aide par le travail hors les murs, L’Adapt : « A chaque situation, nous devons intégrer une nouvelle organisation du travail, une nouvelle équipe, un nouveau cadre de travail. Nous devons donc nous outiller pour accompagner la personne dans son parcours et dans la reconnaissance de ses compétences. »

Pierre Huger, Esat Adapei 72 : «Tous, au sein de l’équipe, sont convaincus de la nécessité et l’importance de reconnaître et valoriser le savoir-faire des personnes. Le décret fait plus que nous y inviter. Il s’agit avant toute d’une démarche de reconnaissance des personnes : faire en sorte que les personnes s’inscrivent dans l’avenir. A nous de savoir donner de la lisibilité à leur avenir. Au-delà, nous souhaitons aussi donner du sens, du contenu, de la solidité au projet individualisé des personnes avec des évolutions possibles et accessibles. »

Esat La Gacilly : Gilles Briend et Jean Delhomme ont passé avec succès leur niveau 2
« Il n’y a rien à perdre ! Essayer c’est déjà réussir !»
A l’Esat des Menhirs à La Gacilly, dirigé par Jean-Pierre Vasseur, Gilles Briend et Jean Delhomme ont passé avec succès le niveau 2. Ils recevront leur reconnaissance le 1er octobre à Pontivy.

2009.09.08.Gilles_Briend.Esat_Les_Menhirs.La_Gacilly__23_.JPGGilles Briend : «Je fais du conditionnement de différents produits, briquets, parfums et de l’emballage pour expédition et préparation de commandes. Nous avons eu une formation avec Pierrot Amoureux sur trois journées réparties sur deux mois pour préparer l’examen. Nous avons eu un dossier à remplir, d’une vingtaine de pages. Il faut y décrire toute notre activité, raconter tout ce qu’on fait. On a travaillé sur le dossier pendant sept jours sur le temps de travail. Nous avons été convoqués chacun notre tour devant un examinateur à Redon, un professionnel de la formation. L’examinateur a posé des questions sur mes capacités à faire certains travaux. Il nous a aussi demandé quel était notre projet d’avenir. J’ai compris que les autres niveaux supérieurs permettent d’entrer en relation avec des entreprises. Je suis content d’avoir passé un échelon mais ce n’est pas un aboutissement : il faut penser à avoir plus après. Ce n’est qu’une étape, une reconnaissance du travail. Si l’on veut prouver que l’on peut faire mieux, il faut avoir la volonté de le faire. C’est une bonne occasion pour remettre le pied à l’étrier. »

2009.09.08.Jean_Delhomme.Esat_Les_Menhirs.La_Gacilly__6_.JPGJean Delhomme : « Je travaille à l’Esat de La Gacilly depuis 2006, au conditionnement des produits Yves Rocher. Les cartons sont placés ensuite sur une palette pour être expédiés. Ici, je suis bien formé. On m’a demandé si j’étais d’accord pour m’engager dans le niveau 2. J’ai démarré et, dans le dossier, j’ai détaillé tout ce que je faisais dans l’atelier. L’examinateur m’a interrogé à partir des photos du dossier. Il fallait décrire ce que je savais faire. Mon projet est aussi de continuer en niveau 3. On m’a dit que c’était plus dur. J’ai envie de monter les échelons, au moins d’essayer pour voir. J’aimerais bien progresser. Avant, dans l’autre CAT, j’allais faire des stages en entreprise et j’aimais ce boulot-là… Ce n’est pas la question d’être fier mais bien la question d’être au top niveau. Pas question d’aller dire au copain : on est plus haut que toi ! Ce n’est pas le but. Passer cet examen, ça fait partie du travail. A ceux qui auraient peur de se lancer, je dis : il n’y a rien à perdre ! Essayer c’est déjà réussir… »

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