Jean–Luc Blaise dévoile à Saint-Malo « Le Cahier du pilote » – Pilotes aux temps de la marine à voile (1835 – 1935)

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - voile

JLBlaise-dessin1.jpgDepuis 1899 la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo organise des conférences chaque mois. La prochaine aura lieu le lundi 21 décembre 2009. Elle a pour titre « Le cahier du Pilote » et sera consacrée à la vie des pilotes au temps de la marine à voile entre 1835 et 1935. Jean-Luc BLAISE qui donnera cette conférence explique ainsi l’origine de sa recherche : « C’est un Cahier classé dans les archives familiales, qui déclenche la recherche engagée depuis presque 5 ans. Il est titré Cahier de pilotage, A. Dubois A. fils, pilote et appartenait à mon grand-père maternel, Alexandre Dubois. En tant qu’anthropologue, je m’intéresse aux objets dans la mesure où ils me parlent des hommes qui les ont façonnés, utilisés ou transformés. J’ai là 188 pages écrites à l’encre sépia, d’une petite écriture fine. Une bonne partie de ces feuillets est ornée de dessins et schémas à la plume, rehaussés d’enluminures au crayon de couleur. Il me fallait partir sur les traces de cet aïeul.» (dessin issu du Cahier de pilotage d’Alexandre DUBOIS, page 179).

Lundi 21 Décembre 2009 à 14h30
CCI de Saint-Malo 4, avenue Louis Martin, 35400-SAINT-MALO
CONTACT : jean-luc.blaise@voila.fr

CONFÉRENCE « Le CAHIER DU PILOTE »
PILOTES AUX TEMPS DE LA MARINE À VOILE (1835-1935)
Jean–Luc BLAISE

JLBlaise-Alexandre-Auguste_Dubois.jpg(Alexandre-Auguste DUBOIS en 1905, dessin de F.Thieurmel)

En se plongeant dans les archives de la marine, le chercheur reconstitue une lignée de marins liée au pilotage à Saint-Cast et à Saint-Servan depuis des décennies. Il reconstitue leurs parcours de vie et entre ainsi dans l’intimité d’une corporation de marins d’exception. La nature est telle qu’en certains lieux, on ne peut s’aventurer seul. Il faut parfois un guide en montagne et un pilote en mer. Depuis la plus haute Antiquité, le pilote guide le navire à l’entrée et à la sortie du port, où les eaux présentent les plus grands risques. Le pilote, lui, les connaît. Il serait dangereux de permettre à tout capitaine de pénétrer dans des ports difficiles d’accès. Saint-Servan et Saint-Malo sont de ceux-là. Une vaste baie, un marnage important, 13m, une flopée de rochers qui affleurent et découvrent aux grandes marées : autant de pics prêts à crever les coques. Sans connaissances locales, sans un équipage suffisant pour effectuer toutes les manœuvres, ils sont à la merci d’une saute de vent, d’une renverse de courant ou d’un banc de sable sournois.

Devenu une institution, le Pilotage s’est imposé avec le développement des échanges maritimes. Pour naviguer en sécurité, le capitaine requiert l’aide de cet « homme du lieu », spécialiste de la rade, des fonds marins, des courants, des couleurs de l’eau, des configurations des côtes. Il connaît aussi les pièges de son port : topographie des quais, des entrepôts. Grâce à lui le navire accède ou quitte sans encombre les installations qui lui sont réservées.

À l’époque considérée, 1832-1935, ce sont surtout les capacités individuelles de la mémoire visuelle de chaque pilote qui font la différence. Sachant que cette mémoire visuelle peut être prise en défaut, tout pilote se devait de posséder, pour pallier une défaillance possible, un petit carnet, un cahier sur lequel il dessinait ou il décrivait un détail intéressant ou une vue de la côte. Voila bien l’essentiel, une vue de côte, autrement dit un croquis, une esquisse, une description de ce qu’il voyait d’une côte donnée sous divers angles d’approche et à différents moments de la marée. Jean-Luc Blaise précise : « Ce recueil d’information est personnel, mais il se transmet, en particulier d’un père à son fils. Alexandre-Marie Dubois, pilote a transmis à son fils, Alexandre-Auguste tout ce qu’il savait sur la baie de Saint-Malo. Lors de la conférence, j’insisterai sur les nombreux risques de ce métier aux temps de la marine à voile. »

En effet, il faut se rendre au devant des navires qui se présentent pour entrer dans le port, quel que soit le temps, celui-ci pouvant changer d’un moment à l’autre. Les opérations de mise à bord et de récupération du canot étaient aussi souvent pénibles. Partant d’informations données par ce cahier, la conférence s’appuiera sur de nombreuses anecdotes. Ainsi le dessin ci-dessus d’A.Dubois illustre le transbordement, en canot, effectué par le pilote.

JLBlaise-societe_archeologie.jpgVoici le témoignage du dernier pilote de cette époque, H.Puisné : « Le service que nous faisions avec ces embarcations par gros temps était assez dangereux. Avant de servir un navire quel qu’il soit, à voile ou à vapeur, nous devions venir avec notre cotre à voiles, nous placer à une bonne distance de l’avant du navire à servir. Là, nous mettions notre canot à la mer et ce dernier devait rester bout à la lame, en attendant l’arrivée du navire. Souvent il arrivait que ce dernier ait trop de vitesse et son déplacement renvoyait de forte vagues dont il fallait s’écarter. Le pilote étant embarqué, le canot restant sur place le cotre-pilote revenait en prendre possession. Le jour, ces manœuvres étaient assez faciles, vu la pratique. La nuit, c’était beaucoup plus dur. Il est arrivé que le seau dans lequel était posé le fanal éclairé chavira. La bougie étant éteinte, il était difficile de retrouver le canot, vu la nuit noire. C’est ainsi qu’un matelot qui venait de conduire un pilote à bord d’un vapeur, n’ayant pu être repéré, dû se rendre à Jersey où le vent le portait. »

En terminant, Jean-Luc Blaise souligne que : « Même si la recherche implique des moments de solitude, de travail en bibliothèques ou aux archives, elle s’enrichit toujours des rencontres, confrontations, partages. Mes travaux s’effectuent donc en étroite collaboration avec le Pr. Jean Le Bot, amateur de marine bien connu pour son implication majeure dans la renaissance des bisquines. Yves Thomas, pilote émérite du port de Saint-Malo en suit aussi étroitement l’évolution. »

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