Rêvons : et si l’homme venait des nuages, descendu sur terre par La Loire, dernier fleuve sauvage…

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - environnement

Iles_flottantes.Antoine__3_.JPG« Nous avons tous appris, qu’à l’origine, la vie s’est créée dans l’eau avec les premières cellules, et donc, en remontant la chaîne de l’évolution de la vie, l’Homme provient de la mer. Ce sont des propos que nous n’osons plus contredire, et pourtant… L’Homme provient de le mer parce qu’il est tombé de son habitat d’origine, les nuages. Aujourd’hui, nous pouvons remarquer des phénomènes qui semblent être le fait d’une tentative de retour de l’Homme aux nuages… et la Loire en serait le couloir d’accès. La Loire est le dernier fleuve sauvage d’Europe et libre de mouvements. Par ses crues imprévisibles, son eau peut remonter, remonter… jusqu’aux nuages ? Plusieurs phénomènes de débordements des eaux ont pu être observés en 1598 avec l’engloutissement d’une ville nommée Montoise près de Saint-Brevin et une seconde fois entre le XIIe et le XVIIIe siècle, comme en témoigne l’abbaye de Blanche-Couronne qui a du surélever son cloître d’un demi niveau… »

Réalisation de Morgane Greff-Hamon, Claire Tivillier et Antoine Ruellan,
étudiants sous le regard avisé de Gilles Clément
13 octobre 2009 – Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles www.ecole-paysage.fr

Iles_flottantes.Antoine__4_.JPG« De même dans l’histoire de la Brière, comme nous le rapporte Paul Barban, des savants expliquent que « cette portion de territoire (…) fut un jour arrachée de la terre et emportée, aspirée vers le ciel par une force magnétique avec toute sa vie de flore et de faune. » Au lac de Grand Lieu, la ville d’Herbauges fut engloutie au VIe siècle. Dans ce lac d’ailleurs, lors des grandes tempêtes, des morceaux de terre se détachent de la rive, et ces forêts flottantes reposant sur la vase, mesurant jusqu’à un hectare, dérivent sur le lac … Nous avons découvert l’existence d’une rivière, l’Acheneau, qui relie le lac de Grand Lieu et la Loire, et son dénivelé étant si faible (40 cm pour 40 km de long) l’eau y est capable de couler dans les deux sens. Ainsi les îles détachées du lac de Grand Lieu peuvent elles rejoindre la Loire dans certaines conditions. Ce lac fait partie d’une réserve naturelle. L’accès y est très contrôlé afin de protéger les quelques initiés qui expérimentent des moyens de retourner aux nuages.

Mais face à ces événements, les politiques se manifestent, ne souhaitant pas perdre le contrôle de leurs peuples. Il est vrai que les rêveurs, grâce à leur esprit libre, sont difficilement manipulables. Des actions de chenalisation de la Loire ont réduit son emprise, détournant des villages de leur activité portuaire. Aujourd’hui ils sont perdus dans les bocages, sans aucun contact avec le fleuve, leur identité. Ainsi il en va de Lavau, renommée Lavau-sur-Loire par mélancolie. En Chine des nuages ont été détruits par explosions ciblées au moment des Jeux Olympiques de 2008, sous prétexte de vouloir garantir le beau temps pendant les manifestations sportives. Mais il se trouve qu’en fait la population regarde de plus en plus en l’air, au grand désarroi du gouvernement.

Iles_flottantes.Antoine__1_.JPGDe plus, de nombreuses légendes autour de la Brière visent à effrayer la population pour l’en détourner, affirmant que « le diable a laissé sa trace dans tous les environs » comme le rapporte Gwenc’hlan le Scouëzec. Sans parler de toutes ces affabulations sur les marais visant à les déprécier {insalubrité, putréfaction, mal-être…) Malgré toutes ces tentatives de contrôles, les empêcheurs de tourner en rond, seuls capables de comprendre le fleuve et de s’adapter à une vie en accord avec ses mouvements, ne s’arrêtent pas là et persévèrent dans leurs recherches. S’ils réussissent à vivre en harmonie avec leurs valeurs, ils sauront s’adapter à n’importe quel environnement, à l’écoute de celui-ci, et seront prêts pour les nuages. Le retour à la connaissance de la Loire est nécessaire, et même indispensable, car elle a des choses à nous livrer, et il faut réapprendre à vivre avec et sur elle, et non plus contre ses mouvements. La Loire défend les espaces de vide. En utilisant les matériaux disponibles sur place, tels que les roseaux dont nous avons perdu l’usage pomme autrefois pour les litières des animaux, les courtines qui conservaient les aliments au XVIlleme siècle, nous pouvons apprendre à connaître le fleuve et son milieu, et ainsi le protéger dans sa nature sauvage, s’y adapter. Et ainsi nous permettra-t-il de retourner aux nuages, comme notre instinct nous y guide. La météo n’est-elle pas notre premier sujet de conversation ? La Loire va nous permettre de lever à nouveau les yeux au ciel, pour ne jamais oublier de rêver. Les yeux tournés vers le ciel, nous allons apprendre à vivre avec notre environnement et à nous y adapter, car c’est le seul moyen d’avoir la tète dans les nuages, tout en travaillant les pieds sur terre.

Iles_flottantes.Antoine__2_.JPGLes rêves ne s’achètent pas, personne ne peut nous empêcher de rêver, c’est notre arme contre tout autre moyen de pensée qui voudrait nous être imposé. Et tous, où que nous soyons sur cette terre, nous pouvons, nous avons cette liberté, qui est celle d’imaginer…d’imaginer la possibilité de retourner sur les nuages, en passant par les portes naturelles qui y emmènent, telle que la Loire. Ne pouvons-nous pas accompagner le mouvement déjà engagé des îles qui se détachent de Grand Lieu, rejoindre la Loire, et apprendre à vivre sur elle ? Allons construire des îles flottantes et des habitats sur elles à partir de la profusion de roseaux qui bordent le fleuve. Ainsi, sans jamais restreindre les mouvements de l’eau sauvage, ces archipels se déplaceront en accord avec elle, et les roseaux seront la matière première de notre créativité. Il faudra réfléchir à leur emplacement dans le paysage, à leur nombre, à la manière dont elles seront raccordées entre elles et à la terre. Il faudra s’organiser pour les entretenir, en accumulant du roseau fraîchement coupé sur celui qui se décompose et s’entasse. Il faudra réapprendre à vivre en fonction des intempéries, des caprices de la nature, Mais l’histoire nous a assez appris qu’il n’était plus possible de lutter contre les forces naturelles, nous n’allons plus construire d’autres villages contre la Loire qui seront à nouveau ensevelis. Nous allons l’accompagner. Redécouvrir la Loire, la comprendre, la vivre et y habiter, par le moyen d’îles flottantes de roseaux, est notre seul moyen de retourner aux nuages. Son caractère sauvage lui donne la possibilité de remonter ses eaux jusqu’à eux, et si nous savons vivre sur elle, nous nous élèverons avec elle. »

Morgane Greff-Hamon, Claire Tivillier et Antoine Ruellan (13 octobre 2009), étudiants de 3e année de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles.

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