Le nouveau livre de Pierre Weill : « Mon assiette, ma santé, ma planète » (chez Plon)

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - Filière lin

2010.07.livre_Pierre_Weill-couv__reduit_.jpg« Nous n’allons pas bien. Obésité, diabète, cancer et infarctus explosent et sont freinés à grand renfort de médicaments, au prix d’un immense coût social. Et si ces maladies dites « de civilisation » étaient des maladies environnementales ? De la souffrance de nos terres à celle de nos organes vitaux, des friches brûlées d’Amazonie à notre corps inflammé, des terres stressées à nos cellules oxydées, des excès de l’agrochimie à la perte de la biodiversanté, il est possible de mesurer chaque jour le lien entre les outrances infligées à notre planète et les maladies imposées à nos corps. Il est donc temps de réfléchir à un autre ordre alimentaire mondial, réaliste, capable de nourrir « bien » les 10 milliards de terriens de demain ; un monde où pesticides et médicaments seront l’exception et où les équilibres naturels redeviendront la règle.

www.plon.fr (prix : 18,90 €)
3 questions à Pierre Weill (Tugdual Ruellan)
Parmi d’autres, l’histoire de la kiwicha, plante des Incas qui résiste à Monsanto

2009.06.04.Valorex__13_.JPGIngénieur agronome, Pierre Weill a participé à plusieurs études cliniques et a signé de nombreux articles dans la presse scientifique qui décrivent les effets de l’alimentation sur la santé humaine. En 2007, il a publié « Tous gros demain ? » (Plon), un livre remarqué tant par la communauté scientifique que par le grand public.

Que souhaitez-vous présenter dans ce nouveau livre ?
J’y développe l’action que nous menons depuis 20 ans avec Valorex et depuis 10 ans avec Bleu-Blanc-Coeur. J’ai souhaité expliquer pourquoi les systèmes agricoles sont devenus des appauvrissements, montrer que ça ne va pas bien dans les sols et que l’on compense toujours les déficiences à coups de pesticides. J’ai voulu montrer que ça ne va pas bien chez les animaux et que l’on compense toujours à coups d’additifs. Montrer enfin que ça ne va pas bien chez l’homme et que l’on compense à coups de médicaments. Il y a des problèmes qu’il est urgent de traiter à la racine en reprenant les assolements, l’alimentation des animaux. Mais cela reste un bouquin d’agronome… pas de médecin ! »

En quoi diffère-t-il de votre ouvrage, Tous gros demain ?
En 30 ans de vie professionnelle, j’ai enrichi mes convictions de tout un tas de données solides. J’ai eu envie de raconter des histoires pour que les gens sachent. C’est en fait la suite de mon premier ouvrage avec en plus tout le plaisir des belles rencontres que j’ai pu faire.

Un message ?
Deux mondes se côtoient : celui de la prévention et celui de la guérison. En matière de nutrition et de santé, le monde de la prévention, c’est le mien, celui de l’agronomie et contrairement à celui de la médecine, il n’est pas entendu.

La kiwicha (amarante), super mauvaise herbe !

09.07.06.San_Salvador.Kiwicha__19_.TR.JPGNous sommes en 2010 après Jésus-Christ. Toute la planète est occupée par Monsanto… Toute ? Non ! Sur les plateaux andins, dans les petites parcelles et terres redistribuées aux Indiens, une plante résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les ingénieurs agronomes américains. Les desherbants et autres pesticides ne viennent pas à bout de la kiwicha, nom quechua de l’amarante. L’information, transmise par la péruvienne Fanny Mora, a séduit Pierre Weill qui a cherché à comprendre…_

09.07.06.San_Salvador.Kiwicha__60_.JPGPierre Weill (in, Mon assiette, ma santé, ma planète (pages160 à 162) : « L’amarante est une des rares plantes qui aient donné leur nom à une couleur, celle de ses superbes épis qui en font parfois une plante ornementale et lui ont valu ses jolies appellations de « fleur de velours », « queue de renard », ou encore « plume du prince ». Plante singulière, elle a sa propre famille botanique des Amarantacées, ce qui traduit son originalité botanique. En grec, son nom signifie « ne fane pas », symbole d’immortalité. Plante sud-américaine, cultivée depuis des milliers d’années, ses graines nourrissantes faisaient partie du patrimoine culinaire des civilisations précoIombiennes. Largement utilisée dans la cuisine et la pharmacopée indienne, l’amarante y côtoyait tomate, maïs, courge et piment. Mais, interdite par les conquérants espagnols, sa culture avait quasiment disparu (comme ses cousines nourricières des Andes : le quinoa et le chia). Oubliée, reléguée au rang de mauvaise herbe, elle est baptisée « pigweed », c’est-à-dire « mauvaise herbe à cochons », par les fermiers américains.

09.07.06.San_Salvador.Kiwicha__13_.BB.jpgEt puis l’amarante fait son grand retour dans le monde agricole tout récemment comme un symbole étonnant de la résistance aux OGM ! Graine sacrée ? Symbole d’immortalité ? Mauvaise herbe à cochons ? L’amarante mérite donc que l’on s’attarde sur son retour dans l’actualité. Dans les terres à coton du vieux Sud américain, de la Caroline du Sud à la Virginie, dans ces terrains gavés de glyphosate (la matière active de l’herbicide « Round Up »), les premières observations sérieuses de « pigweed¬amarante » résistant à l’herbicide vedette de Monsanto datent de 2005. Une année plus tard, des techniciens agricoles identifient des variétés d’amarantes résistant non seulement au glyphosate de Monsanto, mais aussi au redoutable ALS, l’herbicide phare de l’autre grande firme agrochimique : DuPont de Nemours. Depuis, les amarantes résistant aux herbicides se multiplient beaucoup plus vite que les cultures OGM, rendant celles-ci inutiles et obsolètes, malgré leurs gènes élaborés. Les plantes OGM sont ici des variétés « Round Up Ready ». On leur a transféré un caractère de résistance au Round Up… Et ce caractère est naturellement présent chez l’amarante. Une seule solution alors s’impose aux fermiers de Caroline du Sud : abandonner la monoculture du coton ou du soja et revenir au bon vieux système de la rotation des cultures…
Depuis longtemps, des scientifiques des universités agricoles américaines dénonçaient l’usage excessif du glyphosate, tant dans les épandages de désherbant que dans les plantes OGM. Puisque la nature a horreur du vide, disaient-ils, un jour ou l’autre, une plante arrivera, naturellement résistante à cette molécule, et il sera impossible de s’en débarrasser. Pas vraiment militants anti-OGM ou antiagrochimie, ces universitaires, qui ont formé des générations de chercheurs de DuPont de Nemours et Monsanto s’inquiétaient de la combinaison entre OGM et herbicides et imaginaient en toute logique que la nature finirait bien par concentrer des plantes résistantes à la combinaison « herbicide + gène modifié de la résistance à ce même herbicide ». La symbolique de l’amarante, plante nourricière, devenue mauvaise herbe, qui se rebelle contre l’agrochimie, a tous les ingrédients d’un vrai conte moderne.

09.07.06.San_Salvador.Kiwicha__81_.JPGAvec respect, les fermiers du sud des Etats-Unis ont donné à l’amarante un nouveau nom : « superweed » (super mauvaise herbe). Des militants anti-OGM ont inventé en son honneur une surprenante histoire de transfert du gène de la résistance au Round Up des variétés de maïs de Monsanto à la vieille amarante des Aztèques, et cette histoire se répand sur le Net. magnifique fable moderne où « superweed » défie la multina¬tionale. Comme toutes les fables, elle a un fond de vérité, car si le transfert du gène de résistance au Round Up des soja OGM à l’amarante est vraiment très peu probable, la prolifé¬ration des « superweed » remet en cause les fondements mêmes du développement d’une agrochimie qui voit habituel¬lement des solutions à tous les problèmes dans l’usage des herbicides, ou des OGM. Cette triste stratégie de l’agrochimie ne résiste pas à la volonté de survie de l’amarante qui a survécu à la conquête espagnole pour conquérir elle-même le monde, et fait reculer Monsanto sur ses propres terres du Sud. Plante nourricière du passé, mauvaise herbe rebelle du présent, l’amarante s’invente un avenir coloré où ses rouges pis nourrissants égayeront à nouveau les paysages agricoles andins…

La kiwicha est appréciée pour sa valeur nutritionnelle. Oubliée pendant des années, elle fait aujourd’hui l’objet de campagnes d’information et de sensibilisation auprès des habitants des Andes, afin de la réintroduire dans l’alimentation (photos : fête de la kiwicha à San Salvador, province de Cusco, Pérou – 9 juillet 2006 – photos : Tugdual Ruellan).

2009.10.10.Pierre_Weill_-_conference_St-Nicolas_de_Redon__12_.JPGLa péruvienne, Fanny Mora, rencontre Pierre Weill, lors de sa conférence à Saint-Nicolas-de-Redon, le 10 octobre 2009. A l’ordre du jour des échanges : les bienfaits nutritionnels de l’amarante .

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