La Chapelle-Gaceline (Morbihan) met les chevaux postiers bretons au travail

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - vie locale

2010.09.10.La_Chapelle_Gaceline__30_.JPGLe cheval postier breton retrouve ses lettres de noblesse. La Chapelle-Gaceline dans le pays de La Gacilly (Morbihan), le met à l’honneur et lui confie bon nombre de travaux communaux.

Article paru dans Armor Magazine n°490, novembre 2010
Rédactrice en chef : Anne-Edith Poilvet
Texte et photos : Tugdual Ruellan
article téléchargeable en cliquant sur le lien

2010.09.10.La_Chapelle_Gaceline__25_.JPGLe pas de Nayak et Ugo, deux magnifiques chevaux postier breton, résonne chaque jour sur le bitume de la chaussée communale. Tant et si bien que la petite commune morbihannaise, qui compte quelque sept cents habitants, est devenue la commune de France à effectuer le plus grand nombre de travaux avec ses deux chevaux. Norbert, employé communal depuis 24 ans, s’est formé et conduit fièrement les attelages : « trois jours par semaine, selon les aléas de la météo, les chevaux participent à l’arrosage des espaces fleuris de la commune, attelés d’une tonne à eau. Lorsque nous balayons et désherbons les rues, le cheval nous aide à transporter les déchets verts. » Le cheval est là aussi pour la distribution des plis aux habitants et les différents travaux d’entretien des terrains communaux comme rouler les terrains, tondre le gazon, collecter les sacs destinés ou tri sélectif ou débarder des cours d’eaux : « Nous pouvons accéder à des endroits sensibles qui ne sont pas forcément accessibles avec des engins.» Depuis l’an passé, Aurore, employée communale, s’est aussi formée à la conduite d’attelage. C’est elle désormais qui, chaque jour, va chercher les enfants à l’école pour les conduire à la cantine : « Nous étudions toutes les demandes. Nous sommes allés chercher des habitants des villages voisins à l’occasion d’un événement dans le bourg, des enfants de l’école voisine de Quelneuc… » Au cours de l’été, une navette est proposée tous les samedis matins pour se rendre au marché de La Gacilly. Diverses balades offrent aux visiteurs la possibilité de découvrir le pays d’une manière originale et… non polluante. Il est envisagé aussi de proposer dès l’an prochain l’entretien des jardins aux particuliers.

2010.09.10.La_Chapelle_Gaceline__2_.JPGUn animal fédérateur
Le nombre de collectivités utilisant des chevaux de trait connaît une forte augmentation. Selon les données du Congrès des chevaux territoriaux, elles sont passées d’une vingtaine en 2000 à plus de cent trente en 2009. L’idée de remettre le cheval de trait au cœur de la cité morbihannaise remonte à 2008 : « Nous avions rendu visite aux élus de Saint-Pierre-sur-Dives en Normandie, une commune qui effectuait le transport scolaire en calèche avec un cheval, raconte Pierrick Lelièvre, maire de La Chapelle-Gaceline. Cette idée nous plaisait bien car nous cherchions alors à créer du lien social et fédérer les nouveaux habitants qui sont de plus en plus nombreux. » Laurence et Jeannot Maubec, éleveurs à Porcaro et amoureux passionnés du cheval breton et les Haras nationaux d’Hennebont ont accompagné la municipalité dans leur réflexion. Tous aujourd’hui s’émerveillent de l’accueil qu’ont réservé les habitants à cette initiative. Le cheval est devenu compagnon du quotidien et si par hasard, Nayak ou Ugo ne sont pas au rendez-vous un matin, le téléphone sonne de suite à la mairie. Les services ont créé la Lettre de Nayak, destinée aux enfants, pour raconter la vie de la commune au quotidien, « un lien magnifique avec les parents et les grands parents dont beaucoup ont vu travailler les chevaux dans leur enfance. » La construction de nouveaux matériels, conçus pour l’attelage, évolue très vite et laisse entrevoir à la municipalité de nouveaux usages avec, comme le souligne Pierrick Lelièvre, un degré d’exigence de taille : « On doit d’abord entendre le pas du cheval, pas le bruit de la balayeuse ! »

2010.09.10.La_Chapelle_Gaceline__24_.JPG
Retour sur investissement
D’un point de vue économique, les chiffres parlent d’eux-mêmes : « Nous notons une économie de 25 % par rapport à l’utilisation d’un tracteur sans parler des effets bénéfiques d’un point de vue social et environnemental. » A La Chapelle-Gaceline, on se prend à rêver de devenir une petite cité du cheval. Les 11 et 12 septembre derniers, les premières Folles journées du cheval remportaient un vif succès. Une centaine de chevaux ont sillonné les rues de la commune durant tout le week-end. En juin, des meneurs venus de toute la Bretagne ont assisté à la première Equi-cité pour promouvoir le retour des chevaux dans les communes. Une nouvelle entreprise s’installe : le centre équestre de Patrick Massé, dresseur de chevaux de spectacles : « Nous espérons aussi l’installation de jeunes sur la commune autour des métiers du cheval, maréchal-ferrant, harnacheurs et autres selliers… Nous prévoyons d’organiser l’an prochain le salon du cheval territorial afin de réunir différentes initiatives menées par des communes ou des communautés de communes. » De tout temps, le cheval de trait a côtoyé les hommes et les femmes, paysans de ce terroir. Il revit à La Chapelle-Gaceline une seconde jeunesse mais vivre à ses côtés ne s’improvise pourtant pas. Comme le souligne Pierrick Lelièvre, « cela reste une démarche volontaire de toute l’équipe et ça n’a rien à voir avec du folklore ! Il faut une connivence avec l’animal, une grande sensibilité. Il faut avoir la fibre. »

TUGDUAL RUELLAN

2010.09.10.La_Chapelle_Gaceline__41_.JPG

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *