Août 2011 : le Rennais Bernard Bruel de l’association Internotes emprunte à nouveau la Route du café équitable au Pérou et en Bolivie

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - commerce équitable

o_encuentro_socios1.jpgBernard Bruel, enseignant à Rennes, président de l’association Internotes et coauteur de « Pour un commerce juste – La Route du café, des Yungas à la Bretagne » (éditions Rives d’Arz, 2006) a repris le chemin des plantations de café au Pérou et en Bolivie, durant ce mois d’août 2011. Régulièrement, il nous fait part en direct de son récit de voyage, de ses émotions, de ses nouvelles rencontres…

La Route du café – Des Yungas à la Bretagne
AUTEURS : Bernard Bruel et Tugdual Ruellan (préface de Mme Luzmila Carpio Sangüeza, Ambassadrice de l’Etat Plurinational de Bolivie en France
site : www.inter-notes.fr

Visite de la coopérative CAC PERENE LA MERCED

Région de Chanchamayo, Selva central Pérou

les 5, 6 et 7 août 2011

a_ville_LaMerced.jpg  » J’ai été reçu pendant cette visite par Don CESAR, le gérant de la coopérative, DULA chargée du contrôle de qualité du café et ALDO responsable de la formation et de l’aide au développement des producteurs. La Merced se situe dans la région centrale du Pérou à environ 10 heures de route de Lima. Nous sommes à une altitude d’environ 600 mètres et c’est là que se situent la coopérative et le centre de collecte du café. C’est une région où il y a une très forte production de café (les deux autres régions productrices étant le nord du Pérou et le sud en descendant depuis le lac Titicaca) et il y a ici une très forte concurrence entre les coopératives et les entreprises privées qui font le négoce du café (photo : Ville de La Merced).

b_Letrero_CAC_PERENE_La_Merced.jpgLa coopérative, cliente de l’importeur Lobodis en France, comprend 285 sociétaires et après des difficultés dans les années 90, a repris son activité dans les années 2000 et se développe fortement. L’activité de production du café est classique, les producteurs qui se situent à une altitude d’environ 1500 mètres (« el monte ») produisent un café de qualité bio. Ils sont très soucieux d’effectuer des semis de façon à pouvoir replanter, ils doivent élaguer régulièrement pour que les plants de café ne soient pas trop à l’ombre, ils utilisent du compost naturel à savoir la pulpe de la cerise de café mélangée aux déjections animales. Ils sèchent le café sur leurs parcelles avant de le descendre à la coopérative (photo : entrée de la coopérative PERENE).

c_Sechage_cafe_au_soleil3.jpgLes difficultés rencontrées par les producteurs :
1/ dans cette région, les producteurs rencontrent un gros problème de séchage. Le climat est très agréable il fait chaud mais il pleut aussi très souvent. Quand il pleut, bien évidemment le café ne peut pas être séché au soleil et, même un café de très bonne qualité va se dégrader en prenant l’humidité, une mauvaise odeur et éventuellement des champignons (photo : séchage du café au soleil).

d_Reunion1.jpg2/ les prix : dans la mesure où les cours mondiaux ont énormément grimpé dans les années 2010 et 2011, il y a toujours une tentation pour le producteur de vendre directement à un acheteur (« a la calle » = dans la rue) qui va le payer tout de suite et éventuellement à un prix supérieur à celui de la coopérative. Tout le travail de la coopérative consiste donc à persuader des producteurs qu’il vaut mieux lui rester fidèle car les cours peuvent ne pas être toujours aussi hauts. D’autre part, le système de préfinancement des récoltes est très important pour que le producteur puisse vivre sans attendre le paiement de sa production en fin de récolte (photo : rencontre avec les responsables de la coopérative).

e_calcul_rendement_physique.jpgDes solutions
Les solutions apportées par la coopérative grâce au soutien des acheteurs européens ou américains et au commerce équitable à travers la prime FLO :
1/ pour améliorer la qualité, la coopérative a installé un laboratoire où travaille DULA, jeune femme chargée du contrôle de la qualité. Son travail consiste d’abord à calculer le rendement du café, c’est-à-dire le pourcentage de déchets que représente l’enveloppe du grain de café qui ne doit pas excéder un certain taux (photo : calcul du rendement de production de café).

p_lavage_cafe_parcelles.jpgLe prix payé aux producteurs sera variable en fonction de ce taux qu’ils appellent rendement. Son autre fonction consiste à prélever des échantillons dans les livraisons des producteurs et à goûter le café. Pour cela, elle grille des grains de café, les moud et effectue ensuite une dégustation. Cela, afin de conseiller le producteur pour qu’il améliore la qualité de son café si par hasard, suite à la dégustation, celui-ci laisse apparaître des goûts ou des arômes désagréables (photo : lavage des grains de café sur les parcelles).

q_sechage_parcelles.jpg2/ grâce à la prime du commerce équitable, la coopérative apporte un véritable service aux producteurs :
• l’usine de collecte du café où les producteurs peuvent venir sécher leur café. Il leur est possible de se restaurer dans la petite cantine de la coopérative et ils peuvent même dormir sur place. J’ai même vu des quantités importantes de sacs de café appartenant à des producteurs qui spéculent et attendent que les cours montent (photo : séchage des grains de café sur les parcelles).

u_maquina_despulpadora.jpg• Dans la coopérative, ont été installées de machines pour sécher le café, alimentées avec du bois mélangé à l’écorce que l’on enlève aux grains de café. Cela est vraiment une aide efficace pour solutionner le problème de séchage du café (photo : machine à dépulper les grains de café).

w_machine_a_essorer.jpg• Beaucoup plus innovant, la coopérative a installé dans la montagne, une usine de traitement du café, et cela à un coût relativement réduit grâce à des matériaux trouvés sur place et l’aide des producteurs. Cette usine permet à un producteur membre de la coopérative d’apporter ses cerises de café. Elles subiront tout le traitement classique qui auparavant était effectué sur les parcelles. Mais ici, les grains pourront être essorés et séchés en machine et directement mis en sacs (photo : machine à essorer le café).

z_Manos_Gregorio_de_la_cruz2.jpgÉnorme avantage pour le producteur, il apporte son café en cerises et peut ensuite repartir avec ses sacs qui d’ailleurs seront descendus au centre de collecte par un camion appartenant à la coopérative (photo : Gregorio de la Cruz vérifie le séchage des grains de café).

x_machine_a_secher.jpg• Au niveau social, la coopérative a embauché ALDO, jeune homme ayant une double formation d’enseignant et de sociologue, son rôle est de favoriser l’éducation des petits producteurs. Il leur délivre régulièrement toutes sortes de cours pour améliorer leur niveau de connaissances en matière d’hygiène, d’éducation, de comptabilité… (photo : machine à sécher les grains de café)

r_vivero_siembros.jpg• Enfin au niveau commercial, la coopérative apporte un réel service aux producteurs en commercialisant leur café. En effet, après collecte à la coopérative, contrôle de la qualité et pesage, les sacs seront envoyés par camion vers Lima où une usine effectuera les dernières opérations, en particulier le tri des grains avant de remplir un container et de l’exporter vers le client.

3/ L’influence de l’importateur Lobodis sur le fonctionnement de lacoopérative : Depuis peu, Lobodis qui achète du café à cette coopérative, a mis en place un système de prime à la qualité. Si le café livré par lesproducteurs dépasse un certain taux de rendement et si à la dégustation, il dépasse une note seuil, Lobodis accorde un supplément de 05 ou 10 dollars au quintal, qui viennent s’ajouter à la prime de commerce équitable et à la prime bio. Les producteurs ont bien compris l’importance de produire un café de qualité (« especial ») qui leur permet de gagner davantage.

En résumé, ce qui m’a paru fondamental dans cette visite est, d’une part les nombreux services apportés par la coopérative aux producteurs et d’autre part, l’importance de la prime de commerce équitable et de la prime de production biologique qui est à elle deux, représentent des sommes importantes qui permettent à la coopérative un développement collectif qui retentit ensuite sur le développement personnel et l’amélioration des conditions de travail et des conditions de vie des petits producteurs (photo : à l’ombre, les plants de café des futures plantations…).

y_Gregorio_Teofilo_Socio2.jpgPhoto : Gregorio de la Cruz, Teofilo avec un producteur de café.

Point de vue de deux producteurs venus sécher leur café

Coopérative CAC PERENE, Pérou

le 7 août 2011


Q : Vous êtes sociétaire de la coopérative, pouvez-vous nous expliquer où se situe votre exploitation ?
« Nous avons environ 4 hectares à 5 heures de route d’ici ». Avant, nous travaillions sans engrais. Ensuite, des techniciens de la coopérative sont venus nous expliquer comment travailler mieux, avant nous ne savions pas, maintenant ils nous ont appris (par exemple, l’élagage …) »

Q : Pourquoi l’élagage est-il si important ?
« Pour que de nouvelles poussent sortent, il faut élaguer quand les cafetales sont vieux ».

Q : Et l’engrais ?
« c’est la pulpe de la cerise que nous mettons de côté après la récolte. Et aussi les déjections des animaux ».

3_Chacra_socio_La_Merced.jpgQ : Vous faites le séchage du café dans votre ferme ?
« oui, mais ici aussi nous devons à nouveau le sécher et aussi faire calculer le rendement de notre café pour en fixer le prix. Nous livrons un café de bonne qualité ici. « A la calle » (quand on vend à un acheteur privé), le prix peut varier beaucoup. Aujourd’hui, le prix est à 10,70 soles le kilo (environ 2,90€) , il a pu monter jusqu’à 14 (3,78€) ! Mais il n’y a pas d’argent et moi je dois payer ma banque demain, c’est pour cela que je suis venu aujourd’hui, ils me doivent 20 sacs. Je suis fichu car j’aurais dû vendre à 12 soles et il n’y a pas d’argent. Avec le commerce équitable, le prix n’aurait pas dû baisser ».

Q : Quel serait un bon prix pour vous ?
« 12 soles le kilo (3,25€). Mais « a la calle », ils l’achètent à 09,50 (2,56€) » !

Q : Quel intérêt pour vous d’être sociétaire ?
« je me plains à vous Monsieur, que le prix est un peu bas et en plus, il n’y a plus d’argent. J’ai donc la tentation de sortir de la coopérative. Mais la banque ne nous pardonne pas ! ils sont en train de gagner sur notre dos ».

Q : Avez-vous confiance dans le système ?
« je verrai demain s’ils me paient ».

Q : La coopérative vous verse-t-elle un préfinancement ?
« non. C’est pour cela que la banque nous prête. La récolte dure 7 mois et pendant tout ce temps, on ne peut pas vendre ».

Q : Avec quel argent vivez-vous pendant ce temps ?
« la banque nous prête ».

Q : A combien ?
« ils nous prêtent à 5% par mois, et si on tarde à payer, la banque nous fait payer des agios. Mais il n’y a pas d’argent. Le problème que nous rencontrons, c’est que nous devons financer notre activité pendant la récolte. Pour cela nous effectuons un prêt auprès de notre banque et quand on nous paye notre café, on rembourse la banque ».

Q : Comment faites-vous toute l’année pour vivre ? Est-ce que vous cultivez ou pratiquez-vous l’élevage pour vous nourrir ?
« Nous élevons des poules pour manger et nous cultivons également des légumes. Mais nous avons toujours besoin de petites choses pour l’exploitation du café et également pour subsister ».

Q : Vos enfants vous aident-ils à l’exploitation du café ? «J’en ai six. Oui, bien sûr, ils m’aident beaucoup ».

Q : Quel est à peu près votre chiffre d’affaires annuel de café ?
« Environ 10 à 12 000 soles (environ 2700 à 3450 €), comme je n’ai pas beaucoup de surface, je ne gagne pas beaucoup ».

Q : Quelle surface avez-vous ?
« Environ 3 hectares, c’est assez peu ».

Commentaire Bernard Bruel : d’après ces producteurs, la coopérative ne pratique pas le préfinancement des récoltes, ce qui les gêne beaucoup et les rend tributaires des banques qui leur prêtent à des taux usuraires (5% par mois, actualisés feraient 71% anuels !!!). Nous verrons dans d’autres coopératives (cf entretien avecCEPROAP) que l’on peut obtenir des financements à taux réduits et en faire benéficier les producteurs, ce qui les aide considérablement. La remarque des producteurs concernant les prix garantis par le commerce équitable n’est pas pertinente car à l’époque de l’interview (août 2011), les prix du marché sont à 240$ le quintal alors que le prix minimum garanti est à 190$, donc bien en dessous. Par contre, ce qui les fache, c’est le fait qu’ils aimeraient bien vendre à 11 ou 12 soles alors que le prix actuel est à 10,70 le kilo. Cela serait possible si les cours montaient davantage mais ils disent bien que 10,70 est déjà un prix fort car « a la calle », le prix est à 09,50 soles. Le problème posé est donc bien celui de la fidélité à la coopérative (avec la prise en compte ou non de tous les services qu’elle peut apporter grâce aux primes Flo et Bio) ou la tentation de la quitter pour vendre plus cher si les cours montent …

Visite de la Coopérative CEPROAP

Pitchanaki, Pérou

le 8 août 2011

a_Ubicacion_geografica_Coop_CEPROAP.jpg« Ce lundi 8 août, je me déplace à Pitchanaki, ville nouvelle construite il y a une trentaine d’années autour de la production de fruits et de café, à environ deux heures de route de La Merced, dans la « selva central » du Pérou.

e_Dona_Elisabeth_Junco.jpgJ’ai rendez-vous avec Dona Elisabeth Junco, gérante d’une coopérative qui travaille avec l’importateur français Lobodis dans le cadre du commerce équitable. La ville est surprenante, on sent bien qu’elle a été construite il y a peu et qu’elle est en plein développement. À part la traditionnelle place d’armes, on voit qu’elle a été construite rapidement, qu’il n’y a pas d’histoire et il y règne une activité fébrile et bruyante.

Je me fais conduire à la coopérative et suis accueilli très cordialement par la gérante, une jeune femme d’environ 35 ans, Doña Elisabeth et le président Juan Carlos. Nous démarrons l’entrevue qui a duré environ deux heures.

c_Pitchanaki_CEPROAP_vista_cooperativa1.jpg f_JuanPabloPdteCEPROAP.jpg

g_JuanPablo_Elisabeth.jpg h_Dona_Elisabeth4_Cooperativa_CEPROAP_Pitchanaki.jpg

Doña Elisabeth commence par m’expliquer l’historique de la coopérative. Créée en 2003, elle compte aujourd’hui 178 sociétaires producteurs de café sur une surface totale de 12.000 hectares.

j_Datos_CEPROAP_socios_y_hectareas.jpg b_Pitchanaki_vista_campo1.jpg

Il y a dans cette région de nombreuses entreprises privées exportatrices de café et c’est en constatant le succès de l’une d’entre elles, la plus importante, LA FLORIDA , que l’idée est venue aux fondateurs de se regrouper et de créer cette coopérative, avec au départ l’appui de 28 sociétaires. La gérante actuelle a été à l’initiative du projet, après des études universitaires, elle a accepté de travailler pendant deux ans bénévolement pour la coopérative et en a ensuite été nommée gérante. Mais comment faire pour organiser une activité de collecte de café puis d’exportation sans disposer des ressources financières nécessaires ? La réponse est venue d’un projet, baptisé INCA HAGO, dont le but était de favoriser l’exportation de café de qualité et sous label bio. La jeune coopérative s’est portée candidate et s’est vue à l’époque attribuer un budget de 70 000 $ d’un fonds international, ce qui lui a permis de démarrer une production bio en faisant l’acquisition des matériels nécessaires et en recherchant ses premiers clients.

d_Pitchanaki_descarga_de_cafe1.jpgMais la finalité de la création de la coopérative était d’atteindre l’autonomie non seulement en production de café mais en exportation et en commercialisation. Doña Elisabeth me raconte alors une histoire très émouvante, celle de l’exportation du premier container de la coopérative en 2004. « À l’époque, la coopérative ne disposait d’aucune ressource financière. Or, premier problème : comment faire pour collecter du café auprès des sociétaires sans disposer de l’argent nécessaire pour le leur payer ? Un container contient 18 275 kilos de café vert, mais comment et où les trouver ? Nous nous sommes rendus compte que cela représentait à peu près deux sacs de café par sociétaire et nous avons donc eu l’idée de demander à chacun des sociétaires de bien vouloir « prêter » à la coopérative ces deux sacs, c’est-à-dire les livrer en juillet mais ne recevoir le paiement qu’en novembre. Et miracle, lors de notre assemblée générale, l’un des sociétaires a proposé de donner cinq sacs, un autre 08, un autre 10 et très rapidement avec environ 35 sociétaires, le container était rempli. Ils avaient donc vraiment confiance en leur coopérative pour accepter de livrer ainsi de la marchandise sans être payés immédiatement et surtout sans avoir la certitude d’être payés à terme.

Deuxième problème : toujours par manque de ressources financières, comment la coopérative allait-elle pouvoir effectuer le traitement de ce café (enlever son écorce et le trier) et aussi payer le transport jusqu’à Lima, le remplissage du container, puis toutes les formalités administratives d’exportation ? Nous avons alors eu l’idée d’interpeller une coopérative sœur, CECOVASA, que nous connaissions car beaucoup plus ancienne que nous et qui travaillait avec un client commun. En effet, au mois d’octobre soit quatre mois après la livraison du café, les producteurs commençaient à s’impatienter et à réclamer leur dû. Grâce à l’appui d’un de ses dirigeants, Miguel Paz, CECOVASA accepte de nous avancer l’argent que nous doit notre client pour que nous puissions rembourser les sociétaires. De plus, à la négociation du contrat avec le client européen, nous manquions terriblement d’expérience pour fixer le prix. À l’époque, le quintal était payé 70 soles en café conventionnel, nous avons alors demandé un prix de 75. Et là, surprise ! , le client, de lui-même a augmenté le prix payé et nous a accordé une valeur de 83, incroyable non ?

k_1ra_exportacion_CEPROAP_2004.jpgVoilà comment en 2004, nous avons réussi à exporter notre premier container vers l’Europe, à être donc autonome tant en capacité de collecte du café que de commercialisation et d’exportation. Nous avons pu ainsi tenir nos engagements avec le fonds européen PROGRESSO qui nous avait demandé de faire nos preuves pour pouvoir ensuite, pendant cinq ans, nous aider à financer nos récoltes. Ce qui fut fait. Ce fonds européen travaillait déjà à l’époque dans les concepts du commerce équitable.

Pendant une durée de cinq années maximales, avec dégressivité des aides, cela nous a permis de:
• préfinancer les récoltes aux producteurs
• structurer notre outil production individuel et collectif
• commercialiser c’est-à-dire trouver des clients et participer à des foires internationales.
Quelques chiffres pour illustrer le développement de notre coopérative : un premier container en 2004, 5 en 2005, 13 en 2006 et 28 containers exportés en 2008, grâce à l’obtention d’un financement important auprès d’un fonds international appelé RADOBANK , qui nous a à l’époque financé à hauteur d’un demi-million de dollars, ce qui pour nous représente une somme considérable. L’importance d’obtenir ces prêts est de pouvoir pratiquer un préfinancement des récoltes aux producteurs.

A l’époque, aucune institution financière nationale n’acceptait de nous prêter un seul sol. Heureusement que nous avons obtenu ces financements internationaux, qui de plus présentent des particularités extrêmement intéressantes :
• tout d’abord, ils nous consentaient un taux de prêt extrêmement intéressant, à savoir 8 %, ce qui au Pérou est extraordinairement bas puisque un taux annuel peut aller jusqu’à 25 à 30 %.
• Ensuite et surtout, ce fonds international nous a proposé, au lieu de leur payer les intérêts dus, de nous les restituer sous forme de financement de projets. Projet d’amélioration de la production biologique, projet de reboisement des parcelles de café, projet d’amélioration des connaissances des sociétaires et aide à l’insertion professionnelle des femmes. Idée extrêmement innovante car au lieu de fonctionner comme une simple banque qui nous aurait prêté et ensuite facturé les intérêts du prêt, ce fonds de financement nous permettait grâce aux intérêts que nous devions, de financer des projets de développement personnel et collectif. Aujourd’hui par exemple, le montant des préfinancements que nous obtenons atteint 1.300.000 soles soit environ 500.000$ Aujourd’hui, l’un de nos clients Lobodis, nous achète notre café et nous propose un préfinancement à un taux de 7,50% annuel, ce qui est très intéressant pour nous et pour nos sociétaires qui peuvent bénéficier ainsi d’avance sur leurs récoltes.».

« Le commerce équitable : le meilleur qui ait pu nous arriver »

j_Pitchanaki_vista_planta_platanos1.jpgAprès m’avoir raconté l’histoire passionnante et émouvante de la création de la coopérative et les péripéties concernant l’expédition du premier container, Doña Elisabeth répond maintenant à ma question fondamentale sur l’importance du concept de commerce équitable pour la coopérative et les producteurs. « C’est le meilleur qui ait pu arriver aux coopératives, le commerce équitable nous accorde des avantages avec des prix idéaux et une formation continue, aussi bien la partie direction que l’exécutif.

k_Pitchanaki_vista_planta_platanos2.jpgDe plus, c’est grâce à la prime Flo que nous pouvons améliorer la qualité de notre production, le développement des infrastructures collectives (aires de séchage, camion de ramassage …). Par exemple, cette année, avec nos revenus, nous avons pu acquérir un terrain de 30 hectares d’une valeur de 125.000 $, pour des aires de séchage du café (photo m) et aussi, une plantation de bananiers qui nous apporte des revenus importants et complémentaires grâce à la vente des fruits.

l_Pitchanaki_planta_de_platano_cosecha4.jpg

Sur ce terrain, nous avons également installé un vivier de semis tant de plants de café que surtout de semis d’arbres destinés au reboisement. Enfin, le commerce équitable nous permet d’améliorer le niveau de connaissances des sociétaires, de favoriser l’émancipation des femmes et leur prise de responsabilité au sein du couple. Vraiment, c’est un appui réel et concret ».

n_Pitchanaki_simbros_de_arboles.jpg o_Pitchanaki_siembros_de_arbolesJuanPablo_Felix.jpg

Questions financières
« Quel est actuellement le prix qui est payé au producteur pour un café « especial » à savoir bio et labellisé Flo ? »
« Nous sommes aujourd’hui avec la montée des cours mondiaux à un prix d’environ 10 soles le kilo de café vert, ce qui représente environ 3€ ».

p_CEPROAP_tasas_de_interes_de_prestamos_a_socios.jpgPouvez-vous m’expliquer comment fonctionne le système de préfinancement des récoles ?
« Nous sommes maintenant financés par une banque péruvienne (AGROBANK) et parfois par l’importateur français Lobodis. Agrobank nous prête à 1,9% mensuel et parce que nous avons des frais de gestion (avances d’argent puis récupération des fonds) et de structure, nous prêtons au producteur à 2,35% par mois (photo p). Il faut savoir que les banques locales quand elles prêtent directement au producteur, le font à un taux de 3,5 à 4,5%. Nous apportons donc un réel service financier au producteur même si certains ne comprennent pas toujours bien que nous ayons des frais et que nous augmentions un peu le taux ».
(NOTE : les producteurs de La Merced m’ont parlé d’un taux d’intérêt à 5% et j’avais naïvement pensé que c’était un taux très intéressant parce que je n’avais pas compris que c’était un taux mensuel !)

q_CEPROAP_aviso_control_IMO2.jpgEn résumé, les avantages pour un producteur de faire partie de la coopérative :
• Prime de développement versée à la coopérative qui permet le développement collectif (ressources, équipements …) et l’amélioration du niveau de vie individuel (formation, amélioration de la qualité donc des prix)
• Accès à des taux de préfinancement bien plus bas que ceux des banques locales
A titre d’exemple, l’importateur français Lobodis, achète à cette coopérative dans le cadre du commerce équitable. Le contrat garantit un prix minimum de 190 $ le quintal avec préfinancement de 60% de la valeur du container, à un taux de 7,50% annuel, ce qui comparé au taux de 1,9% mensuel obtenu habituellement, représente un vrai plus pour les producteurs.

C’est donc un travail important réalisé par la coopérative mais il reste du chemin à faire puisque Doña Elisabeth me confie que la coopérative capte seulement 60% de la production des sociétaires, le reste étant vendu « à la calle », à des acheteurs privés.

Sur ce, nous partons pour visiter les plantations car demain, pendant trois jours, ils attendent la visite de IMMO CONTROL, organisme chargé de l’audit de la production bio de tous les sociétaires.

Visite de l’Usine de traitement final

Nord de Lima Pérou

Le 9 août 2011

Ce mardi matin 9 août, je débarque du bus de nuit qui m’a transporté de la « selva central » jusqu’à Lima, en compagnie de Don Cesar, le gérant de la coopérative CAC PERENE de La Merced. La nuit a été difficile et longue, malgré le relatif confort du bus, nous avons tous les deux soufferts du froid car la route passe par le col de La Oroya situé à 5300 mètres d’altitude, avant de descendre vers le Pacifique. Nous nous raclons un peu la gorge car nous avons pris froid, aussi pour nous soigner et nous réveiller, Don César s’approche d’un vendeur ambulant qui nous prépare une mixture étrange en mélangeant le contenu de différents flacons. C’est bon pour le foie me glisse-t-il à l’oreille, cela lave aussi le corps et c’est un fortifiant… Bon, je me laisse faire. Le goût est assez abominable mais avec toutes ces vertus …

a_Lima_portail_planta_procesadora.jpgCela n’est pas tout, il nous faut reprendre des forces. Nous nous dirigeons vers une petite cantine où depuis le temps qu’il m’en parle, Don César s’est promis de me faire goûter le fameux plat dont il me vante sans cesse les mérites, la « gallina de chacra », à savoir la poule de ferme. J’ai déjà pris l’habitude de ces petits solides petits-déjeuners, loin de notre collation matinale à l’européenne. Cette soupe consistante à base de vraie poule, bien chaude parfumée, est particulièrement délicieuse et nourrissante et bienvenue après notre long voyage. Il nous reste à nous rendre à l’usine de traitement final du café. Située tout au nord de la ville, c’est un peu le parcours du combattant pour y accéder, taxi jusqu’au départ du « metropolitano », bus ultramoderne construit il y a quelques années pour traverser la ville du nord au sud, avec le privilège incomparable d’avoir ses propres voies de circulation. Ce qui nous permettra pendant trois bons quarts d’heure de doubler en continu d’interminables files de voitures engluées dans les monstrueux embouteillages de cette mégalopole. Ensuite taxi à nouveau pour nous faire conduire dans une banlieue industrielle à l’architecture dépouillée, très active malgré l’heure matinale. Nous nous arrêtons devant un grand portail en fer, anonyme, derrière lequel se cache l’usine.

Nous sommes accueillis par la gérante, une femme, et par le contremaître responsable de l’atelier. C’est une usine qui assure pour des coopératives ou des importateurs, le service de nettoyage final du café et de sélection afin d’exporter vers le client final américain ou européen, la qualité adéquate. Aujourd’hui, Don Cesar vient contrôler la qualité du café du container qui doit partir dans quelques jours pour être livré à son client français, l’entreprise Lobodis de Bain de Bretagne.

L’entrepôt est plein d’un nombre considérable de sacs de nylon bleu ou gris rempli de café vert (photo p). Cette usine, de taille plutôt modeste, peut cependant traiter environ un container par jour soit 20 tonnes.

b_Lima_PP_alimentation_machine_despergamino6.jpg c_Lima_PP_machine_despergaminado2.jpgPremière opération, vider les sacs de café dans un silo qui va permettre d’enlever l’écorce du grain et le mettre à nu.

Flotte dans l’atelier une poussière abominable, les conditions de travail sont difficiles pour les jeunes ouvriers dont la tâche consiste à récupérer ce qu’ils appellent « la pajia », l’enveloppe du café qui est mise en sacs à grands coups de pelle puis chargée en montant à l’échelle dans un camion. Ce matériau est en effet revendu comme combustible pour des machines à sécher les briques.

d_Lima_PP_chargement_sacs_pajia7.jpg e_Lima_PP_chargement_sacs_pajia8.jpg

Deuxième opération, les grains de café mis à nu passent dans des trieuses mécaniques. Une sorte de table qui tremble en permanence et par gravimétrie, les bons grains sont séparés de ceux qui présentent des défauts.

f_Lima_PP_tri_mecanique_cafe6.jpg g_Lima_PP_tri_mecanique_cafe4.jpg

Intervient ensuite, fierté de cette usine, une machine électronique capable de séparer à nouveau les grains défectueux. Machine très perfectionnée, ultramoderne, récemment acquise pour un coût d’environ 40 000 $.

h_Lima_PP_machine_tri_electronique1.jpg i_Lima_PP_machine_tri_electronique4.jpg

o_Lima_PPmise_en_sac_cafe_sec5.jpgSa capacité est impressionnante, elle remplit un énorme silo en dessous duquel les ouvriers vont régulièrement remplir de grands sacs de jute destinés à l’exportation.

j_Lima_PP_verification_qualite_du_tri3.jpgAvant de les fermer par une grosse couture faite à la machine, le contremaître et ses ouvriers, accompagnés par Don César, contrôlent méticuleusement la qualité du café. En effet, à partir de ce moment, la qualité doit être parfaite car c’est ce café qui sera mis en container et exporté vers le client. On n’oubliera pas de prélever un échantillon qui sera conservé par la coopérative et un autre qui sera envoyé au client avant le départ du container pour qu’il accepte l’expédition.

l_Lima_cafe_primera_calidad.jpgJe demande à Don César si sa présence est absolument nécessaire car il me dit venir très souvent et les 10 heures de bus de nuit ne sont pas vraiment de tout repos. Il me répond que bien évidemment, le contrôle final de la qualité est primordial avant d’expédier le container vers le client pour éviter tout litige.

m_Lima_cafe_segunda_calidad3.jpgIl me glisse aussi que sa présence est relativement souhaitable car vue la valeur d’un sac de café et d’un container, il vaut mieux qu’il soit présent pour éviter qu’il n’est pas trop de « coulage » et que les quantités exportées correspondent aux quantités qui sont entrées dans l’usine. Il me rassure en me disant qu’ils sont un partenaire de confiance avec qui il a l’habitude de travailler.

n_Lima_cafe_tercera_calidad.jpgDifférences importantes avec l’usine que j’avais visitée il y a quelques années en Bolivie : c’est la première fois que je vois en actions les machines mécaniques et électroniques chargées de la sélection des grains. Cela change évidemment beaucoup par rapport à la sélection entièrement faite à la main en Bolivie. Par contre, ce qui me frappe (et j’aurai l’occasion de voir la différence dans la coopérative que je visiterai ensuite au sud du pays), c’est le fait qu’il n’y a pas de contrôle ou de sélection manuelle finale et l’on fait donc entièrement confiance aux machines. Il est vrai que l’on peut observer une différence de qualité visible à l’oeil nu entre la première qualité, la deuxième et le solde (photos l,m,n).

C’est la fin de ces premières rencontres avec les coopératives de la région centrale du Pérou. Je m’envolerai demain vers Cusco pour quelques jours de repos avant de rejoindre la région de Juliaca au sud du pays et descendre à nouveau vers la forêt pour rencontrer la coopérative CECOVASA.

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