Avec le Centich, demeurer autonome… à tous les âges de la vie !

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - CENTICH

Z.Francis_GUITEAU_-_Copie.jpgLe Centich, Centre d’expertise national des technologies de l’information et de la communication pour l’autonomie, a vu le jour en décembre 2010, suite à l’appel d’offres lancé par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Objectif : accélérer la mise au point et l’usage d’aides techniques ou de dispositifs innovants, intégrant notamment les technologies de l’information et de la communication et concourant à la compensation d’un ou plusieurs handicaps. Porté par le pôle handicap de la Mutualité Française Anjou Mayenne, il axe ses interventions sur les interfaces fonctionnant sur l’utilisation des technologies de la communication et de l’information. De nombreux projets ont pu ainsi être lancés. Explications avec Francis Guiteau, directeur général de la Mutualité française Anjou-Mayenne…

* Sylvie ERVÉ, directrice du projet – tél. 0 800 812 353 – sylvie.erve@centich.fr
* Jawad HAJJAM, directeur délégué au développement – tél. 07 78 19 83 41 – jawad.hajjam@centich.fr
* Nadine VIGOUROUX, responsable scientifique – tél. 05 61 55 67 65 – nadine.vigouroux@centich.fr
SITE : www.centich.fr
Texte : Tugdual Ruellan – DOCUMENT à télécharger en cliquant sur ce lien

Le CENTICH, Centre d’expertise national des technologies de l’information et de la communication pour l’autonomie

Demeurer autonome… à tous les âges de la vie !

Depuis quinze ans, la Mutualité Française Anjou Mayenne développe au sein de ses établissements et services accueillant des personnes déficientes visuelles et auditives une fonction d’expertise dans tous les domaines de la réadaptation, notamment la rééducation et les aides techniques.

Elle a aussi élargi son offre en créant des services de soutien aux situations d’emploi, d’accessibilité, d’accompagnement pour les personnes âgées et de développement de nouveaux outils pour améliorer l’évaluation des déficiences visuelles et auditives : « L’accompagnement des personnes déficientes visuelles et auditives est au cœur des métiers et des valeurs de la Mutualité, précise Francis Guiteau, directeur général de la Mutualité française Anjou-Maye. Au fur et à mesure que se développaient les recherches et avancées technologiques, nous avons déployé divers services et dispostifs pour favoriser l’autonomie et l’évolution des personnes malvoyantes et malentendantes, à tous les âges de la vie… Il n’y avait alors quasiment rien en France, surtout pas après l’âge de 20 ans ! Sans cesse, nous avons cherché à élaborer des services nouveaux, mieux adaptés aux besoins des personnes. »

Des concepts novateurs
C’est ainsi que se développent les centres basse vision, les centres d’évaluation et de rééducation des troubles de l’audition… des concepts novateurs que la Mutualité française souhaite aujourd’hui disséminer plus largement sur le territoire national. Parallèlement, avec l’association Arceau Anjou, se développe la prise en charge des traumatisés crâniens et lésés cérébraux : « Il fallait alors, poursuit Francis Guiteau, construire une offre de services pour répondre avec pertinence à la diversité des situations que vivaient les personnes confrontées à ces difficultés. Nous avons ainsi déployé toute une gamme de services pour accompagner la personne dans son intégration sociale mais aussi son insertion professionnelle. Nous disposons aujourd’hui de multiples réponses appropriées, quelle que soit l’intensité du handicap de la personne. »

Mais l’accompagnement de la personne se révèle insuffisant. Il faut aussi intervenir sur son environnement et l’amélioration de l’accessibilité. Un cicat est alors créé, centre d’information et de conseil en aides techniques spécialisées : « Avec des ergonomes, des ergothérapeutes et des professionnels de l’aide technique, nous avons mené un travail pro actif pour répertorier, analyser les ressources disponibles. Le soutien aux personnes en situation de handicap doit résulter d’une conjonction d’expertises et de technologies pour faciliter tous les actes de la vie quotidienne. »

La CNSA lance les centres d’expertise
À l’initiative de son conseil scientifique, la CNSA, Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, décide en 2009 de soutenir, à titre expérimental, la création de centres d’expertise nationaux associant dans un même projet, chercheurs, entreprises, professionnels de la compensation du handicap et de la dépendance. L’objectif de ces centres est d’accélérer la mise au point et l’usage d’aides techniques ou de dispositifs innovants, intégrant notamment les technologies de l’information et de la communication et concourant à la compensation d’un ou plusieurs handicaps.

Un appel d’offres est lancé à l’automne 2009. « Naturellement, nous y répondons, poursuit Francis Guiteau. Nous le faisons en partant des situations cliniques rencontrées par les professionnels de la Mutualité, parce que l’information est une problématique évidente de la déficience visuelle, parce que la communication renvoie au problème central des personnes sourdes et malentendantes… Etant très actifs dans les actions de prévention de la santé sous toutes ses formes, mais aussi présents dans le champ des troubles consécutifs aux lésions cérébrales et dans celui de la déficience motrice, nous parvenons à mobiliser les acteurs qui nous aident à construire ce qui allait devenir le Centre d’expertise national des technologies de l’Information et de la communication pour l’autonomie, nommé Centich. »

La CNSA valide le projet et apporte un soutien financier pour une durée de deux ans, période durant laquelle devront être validés le besoin et l’utilité de ces centres, affiné leur modèle organisationnel et fiabilisé un modèle économique. En fonction des résultats, ce financement pourra être prolongé d’un an.

Au cœur d’une dynamique nationale
Le comité de pilotage du 13 décembre 2010 marque le lancement officiel de cette expérimentation. En présence de Laurent Vachey, directeur de la CNSA, il réunit à Paris le responsable de chaque projet, des représentants des institutions de la recherche et de l’innovation, des professionnels de la compensation du handicap et de la perte d’autonomie, des associations de personnes handicapées et âgées.

Cinq centres d’expertise nationaux sont choisis pour participer à l’expérimentation sur cinq thématiques spécifiques : le Centre de ressources et d’innovation mobilité handicap (CEREMH) sur la thématique mobilité ; le CEN Stimco, porté par l’hôpital Broca de l’APHP, sur la thématique stimulation cognitive ; le Cenrobotique, porté par le Groupe Languedoc Mutualité sur la thématique robotique d’assistance et de rééducation ; le Cenhabitat, pris en charge par le Centre de référence de santé à domicile et autonomie (CRNSDA), sur la thématique habitat et logement ; et enfin, le Centich, porté par le pôle handicap de la Mutualité française Anjou Mayenne, pour les interfaces fonctionnant sur l’utilisation des technologies de la communication et de l’information.

« Il s’agit, précise Francis Guiteau, de permettre aux personnes handicapées ou âgées, en recherche d’autonomie, d’interagir avec leur environnement physique ou numérique. Cette thématique s’inscrit dans une approche multi déficiences et personnes âgées déficientes, fondée sur une utilisation partagée de méthodologies et d’outils communs. Il s’agit donc des aides techniques qui contribuent à la compensation fonctionnelle des incapacités et des restrictions d’activités qui en résultent, ce qui exclut tous les dispositifs médicaux visant à corriger la déficience elle-même comme les audioprothèses ou les lunettes et autres dispositifs optiques ainsi que les interfaces cerveau-machine. L’approche multi-sensorielle privilégiée se fonde sur le recours à des technologies primaires identiques basées sur l’informatique et la mise en œuvre de démarches scientifiques communes pour construire ces interfaces. »

Industriels et chercheurs autour de la table
Un premier plan d’action est alors défini. Il s’agit d’abord de concevoir, expérimenter et valider un référentiel d’évaluation orienté vers l’usage des produits TIC pour l’autonomie ; il s’agit aussi de réaliser un état de l’art de ce que les TIC apportent pour l’autonomie en France et, progressivement, en Europe ; il s’agit enfin, d’accompagner des projets de recherche, de développement de solutions TIC en lien avec les réseaux académiques, industriels et institutionnels intéressés pour accompagner le Centich dans cette aventure.

Naturellement, la Mutualité s’appuie, pour engager ces missions, sur un partenariat déjà ancien et éprouvé avec le CEP Cicat d’Eckbolsheim en Alsace et la Fisaf, Fédération nationale pour l’insertion des personnes sourdes et des personnes aveugles en France. Un lien nouveau s’établit avec l’Irit, Institut de recherche en informatique à Toulouse, le CNRS et plusieurs universités.

Pour Francis Guiteau, le Centich apparait comme « une opportunité pour mobiliser les acteurs que sont les industriels, les chercheurs mais aussi l’occasion de construire une plate-forme nationale pour penser, sensibiliser plus fortement et agir sur un territoire plus vaste. C’est la naissance d’un nouvel espace pour mieux faire connaître les réponses disponibles et analyser des réponses nouvelles pour les personnes handicapées ou fragilisées par la vie et la santé. »

2011 : l’année des projets
Tout au long de l’année 2011, divers projets voient le jour. C’est d’abord la réalisation d’un premier état des lieux des solutions technologiques dont le besoin est reconnu en France et en Europe. Grâce au travail partenarial qui se met en place entre les quatre centres experts, une base de données est élaborée ainsi qu’un référentiel d’évaluation multidimensionnelle avec sa solution logicielle.

C’est l’élaboration du projet Léna, logement équipé pour une nouvelle autonomie ; dans le cadre de la construction d’un immeuble d’habitation collective à destination de personnes âgées et d’étudiants déficients sensoriels, la Mutualité française Anjou Mayenne souhaite réaliser un appartement spécifique un habitat adapté, évolutif, intégrant les technologies de l’information et de la communication pour sécuriser la personne handicapée et ou âgée en perte d’autonomie dans son environnement. C’est le lancement de l’Agora, lieu d’expression des besoins, des attentes et de l’expertise des usagers ouvert aux individus, associations, professionnels, instances représentatives ou toute personne intéressée par le Centich et ses actions. C’est le lancement d’E-care, plateforme pour automatiser le traitement d’informations de capteurs non intrusifs permettant de détecter et signaler les situations à risque et ainsi, anticiper les risques d’insuffisance cardiaque (stade III). C’est aussi le démarrage de I’CityforAll dont l’objectif est de concevoir des interfaces TIC qui améliorent la qualité du son en milieu urbain et espace public restreints et/ou confinés pour les personnes handicapées malentendantes et âgées touchées par la presbyacousie. C’est enfin le projet Case Manager dans le cadre de l’appel à projet Traumatologie et dépendance pour assurer continuité et cohérence de soin aux traumatisés crâniens.

Partenariats fructueux
Le 24 mai 2011, le Centich lance à la Mutualité française sa section scientifique et sa section éthique et juridique. Le 28 juin, il réunit à la maison de l’Alsace aux Champs Elysées à Paris une soixantaine de ses partenaires industriels et de recherche. Le 22 septembre, il est inauguré à l’assemblée nationale en présence, entre autres, de Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’Etat à la solidarité et à la cohésion sociale auprès de la ministre, Roselyne Bachelot, Etienne Caniard, président de la Mutualité française et Luc Allaire, directeur de la CNSA. Dès le démarrage de l’expérimentation, l’équipe de direction multiplie les contacts avec les secteurs de l’industrie et de la recherche, participe à plusieurs colloques, congrès et conférences dans le champ de l’innovation pour la santé et l’autonomie.

Grâce à la veille menée sur les appels à projets, le Centich est retenu sur trois projets collaboratifs dont un dans la e-santé et deux dans l’autonomie. Un premier accord de collaboration européen est signé avec l’Enea en Italie, partenaire de l’un des projets collaboratifs, préfiguration du projet de groupement d’intérêt scientifique européen. Trois prestations d’évaluation, orientées vers l’usage, sont menées dont une pour l’entreprise Ura du groupe Arnould. L’appartement Léna ouvre ses portes à Angers grâce au partenariat avec les entreprises Bouygues et Legrand. Un premier programme de formation de rédacteur vocal est initié avec l’Esaip, école d’ingénieurs informatiques à Angers. Diverses initiatives sont envisagées avec Thalès comme l’accessibilité à l’éducation pour les non-voyants, l’accès au vote électronique pour les non-voyants, les aides techniques pour les Dys avec la FFDYS, troubles cognitifs spécifiques, troubles du langage et des apprentissages…

L’usager au cœur de la recherche
Toutes ces démarches initiées laissent entrevoir un développement fructueux : « La première difficulté, confie Francis Guiteau, est de trouver les modalités permettant aux chercheurs, industriels, professionnels des secteurs médico-sociaux et de santé de travailler ensemble. Ce n’est pas le tout de trouver une réponse au génial ! L’essentiel est de vérifier que cette réponse correspond bien à un besoin et qu’elle pourra être apprivoisée par des personnes au quotidien. Tout a été inventé mais pour autant, les solutions restent rares à être utilisées car elles sont souvent compliquées à adapter, difficiles à faire connaître et à banaliser. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont un levier formidable en matière de santé et de compensation, d’égalité d’accès à la solution, de qualité de la réponse, de continuité dans l’accompagnement. Le Centich se révèle être une interface pertinente entre les personnes en situation de handicap, fragilisées, les dispositifs, les différents professionnels qui répondent à leurs problèmes, les chercheurs et les industriels qui inventent des solutions adaptées. Nous ne devons pas rester la tête dans les nuages mais avoir en permanence ce souci pragmatique de se dire : voilà une belle solution, une belle idée… A qui va-t-elle servir demain ? Est-elle réellement adaptée aux besoins de la personne dans son quotidien ? »

Tugdual Ruellan.


Centich… en bref

Objectifs. Concrètement, le Centich est à la fois :

  • un centre de ressources qui collecte, valide et normalise une information exhaustive sur la thématique des technologies de l’information et de la télécommunication pour l’autonomie. Cette information disponible est diffusée à l’ensemble des acteurs (professionnels et usagers) ;
  • un centre d’essai qui met à disposition du matériel et forme les professionnels du handicap intéressés à l’utilisation de certaines aides sophistiquées ;
  • un centre de veille technologique pour un suivi de l’évolution des produits ;

un centre de formation continue à l’évaluation des besoins des personnes pour les professionnels du handicap ;

  • un centre de recherche et d’innovation qui favorise l’expression des besoins des utilisateurs dans les programmes de recherche et d’innovation, et fédère les compétences autour d’un projet de conception et/ou de développement et/ou d’industrialisation et/ou de distribution d’une aide technique.

Gouvernance. La CNSA a mis en place un comité de pilotage national, en charge du pilotage du suivi et de l’évaluation de l’expérimentation. La MFAM pour gérer l’expérimentation a mis en place un comité de direction associant l’ensemble des acteurs du Groupement contractuel de collaboration qui constitue l’instance de portage, de coordination, d’animation et de gestion du Centich ; il est composé de représentants de la MFAM, de la Fisaf, du CEP Cicat et de l’Irit. Le comité de direction est l’organe décisionnel du Groupement contractuel de collaboration. La gouvernance du Groupement contractuel de collaboration est assurée par quatre instances : le comité de direction – présidé par Philippe Houlgard -, l’équipe de direction, le comité scientifique et technique composé d’une section scientifique et d’une section éthique et juridique. Pour compléter ce modèle de gouvernance, la participation des usagers est garantie à travers une Agora, lieu d’expression des besoins.

Direction et animation. L’équipe de direction est composée d’une directrice, chargée de la responsabilité générale de l’action et du fonctionnement du CENTICH, Sylvie ERVE ; d’un Directeur Délégué au Développement, Jawad HAJJAM et d’une Responsable Scientifique, chargée du suivi et du contrôle de l’activité technique du CENTICH, Nadine VIGOUROUX. L’Equipe de Direction agit par délégation du représentant de la Mutualité au sein du Comité de Direction. Elle est chargée de la mise en œuvre opérationnelle des orientations et objectifs fixés au CENTICH.

Evaluation. Le cabinet MBA consulting est chargé de l’évaluation de cette expérimentation.

Les partenaires fondateurs. La Mutualité Française d’Anjou–Mayenne est gestionnaire du pôle handicap ; à ce titre, elle fait partie du réseau des services de soins et d’accompagnement mutualistes présents en Maine et-Loire et en Mayenne. Organisme à but non lucratif, elle est une union mutualiste dirigée par un conseil d’administration composé d’élus bénévoles, issus des mutuelles présentes en Maine- et-Loire et en Mayenne. Le CEP Cicat (Eckbolsheim – Bas-Rhin), structure associative, intervient pour accompagner la personne en situation de handicap, l’aider en lui proposant des solutions à la fois globales et personnalisées. La Fisaf : depuis son origine, la fédération s’efforce de faciliter et d’accompagner l’insertion et le maintien, dans notre société, des personnes en situation de handicap sensoriel. Mettre tous les moyens disponibles au service des adhérents, des usagers, de leurs familles et de l’environnement, reste son objectif prioritaire. L’Irit, Institut de recherche en informatique de Toulouse représente un des plus forts potentiels de la recherche en informatique en France avec un effectif global de 600 personnes dont 187 chercheurs et enseignants-chercheurs, 187 doctorants, 36 post-doctorants et chercheurs contractuels ainsi que 47 ingénieurs et administratifs.

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