Univers-Cité d’été à Ploufragan : le foot, esprit d’entreprise, ciment d’un territoire

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - PLOUFRAGAN

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__1_.JPGLe film documentaire de Laurent Lutaud « Sochaux, un club, une usine » renvoie à l’histoire de Chaffoteaux et Maury, fleuron de l’industrie briochine pendant plusieurs décennies, installé à Ploufragan depuis les années 70. Dans les années 60, deux associations sportives s’y créent, l’une masculine, l’autre féminine. Cette dernière crée sa section de foot en 1971 et intègre la fédération de football deux ans plus tard. La section féminine voit son talent récompensé et remporte le titre de championne de France en 1989. En 1999, la section doit quitter l’usine et crée Saint-Brieuc football féminin, qui est intégré au Stade briochin en 2004 ; aujourd’hui, elle évolue au sein du club d’En Avant Guingamp. Avec Josette André, ancienne salariée de Chaffoteaux et créatrice de l’équipe US Chaffoteaux, Isabelle Le Boulch, ancienne vice-présidente du stade briochin ; deux joueuses de la nouvelle génération du foot féminin, Camille Raulet, sportive de 20 ans footballeuse En Avant Guingamp et Ellie Hamon, joueuse semi-professionnelle en D1 ; Marlène Bouëdec, manageuse de l’équipe féminine En Avant de Guingamp (photo, de gauche à droite : Jean-Paul Sevenec, Josette André, Ellie Hamon, Isabelle Le Boulch).

Organisation : ville de Ploufragan (Côtes-d’Armor) – Christine Orain, 1ère adjointe
www.ploufragan.fr
Animation rencontre-débat : Tugdual Ruellan
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2011.07.09.ephemere-1.pngLire Ephémère n°1 de la Ville de Ploufragan – cliquer sur l’image.

2012.06.30.OF-Ploufragan.pngLire article paru dans Ouest-France (30/06/2012) – cliquer sur l’image.

2012.07.02.Le_Telegramme.pngLire article paru dans Le Télégramme (30/06/2012) – cliquer sur l’image.

Armor-TV-logo.jpgTémoignage de Josette André sur Amor TV (02/07/2012) – cliquer sur le logo.

Film documentaire « Sochaux, un club, une usine »

www.filmsdocumentaires.com

2007-05-12_cdf_fcsm-om_drapeau-supporters_big.jpgFC Sochaux-Montbéliard 1937-2004 « D’une coupe à l’autre », film de Laurent Lutaud. Un club de football n’est pas seulement un fournisseur de spectacle. Comme d’autres groupes, il possède une identité, une culture, et plus globalement une histoire. L’histoire du club de Sochaux est avant tout celle d’une entreprise : les automobiles Peugeot. C’est en effet le patron de la firme, Jean-Pierre Peugeot qui décida en 1928 de fonder un club de haut niveau donnant naissance au FC Sochaux-Montbéliard. C’est également la firme automobile qui imposa de nouvelles règles au football français en payant ouvertement ses joueurs, créant ainsi le premier club professionnel. En 75 ans, le FC Sochaux est devenu un des clubs les plus prestigieux du football français, tant par sa gloire passée que par cette « éthique du beau jeu » qui en a fait sa réputation, directement issue de « l’esprit Peugeot ». En revenant sur l’épopée du FC Sochaux, l’auteur Laurent Lutaud, s’attache à saisir les liens particuliers qui unissent le club à la célèbre marque de voiture et qui en font une des histoires les plus singulières du sport français.

Témoignage de Josette André de l’US Chaffoteaux

« On était une bande de copines et on rigolait bien ! »

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__2_.JPGCe film nous renvoie à une histoire que beaucoup ont bien connu à Ploufragan, celle de l’entreprise Chaffoteaux et Maury, fleuron de l’industrie briochine pendant plusieurs décennies, l’un des principaux acteurs du marché des appareils pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. L’entreprise qui a fermé ses portes en 2009 a employé jusqu’à 2000 salariés. Plus de 600 000 appareils y étaient produits chaque année sur les trois sites de Lucé en Eure-et-Loir, Lanvollon dans les Côtes d’Armor et à Ploufragan, dès les années 1970. Deux associations sportives s’y créent, l’une masculine, l’autre féminine. Une première à l’époque ! La section féminine US Chaffoteaux est créée en 1971.

1970.US_chaffoteaux.jpgJosette André en faisait partie : « J’ai commencé à jouer au foot à l’âge de 27 ans – j’en ai aujourd’hui 67 ! Dans l’entreprise, nous étions plusieurs à aimer le foot. Chaque atelier avait créé son équipe : la robinetterie, le montage, la tôlerie… Nous jouons entre les ateliers et créons un tournoi. En 1971, nous créons le club US Chaffoteaux sous l’impulsion de Jean, notre secrétaire ; il était alors président et lance le corpo ; nous étions affiliés à la CGT pour faire du corporatif. Nous jouons alors en équipe de 7 joueuses ; il y avait déjà une équipe corpo hommes. On était une bande de copines et on rigolait bien.

1970.US_Chaffoteaux___Maury.jpgEn 1973, le club s’affilie à la 3F. Nous jouons alors en équipe de 11. L’ambiance change un peu car ce ne sont plus que les joueuses de l’entreprise ; s’associent d’autres joueuses parmi les meilleures qui jouaient alors au Mont-Armel, au Joint français, dans d’autres petits clubs. Nous nous confrontons alors à des équipes importantes comme celle de Lannion, Guingamp… Nous avons continué à jouer avec une équipe de Chaffoteaux mais en intégrant des filles qui venaient d’autres clubs, surtout le Joint français.

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__10_.JPGOn jouait sur un terrain à Chaffoteaux ; de temps à autre, on pouvait jouer sur un terrain mis à disposition par le Joint français. Franchement, on s’est bien amusé. C’était sympa. On a formé plein de jeunes (comme Babette Bougeard qui travaille aujourd’hui à la fédération). Personne ne se connaissait. Les gens venaient voir les filles en short. C’était nouveau. L’équipe accède petit à petit au haut niveau. En 1986, l’entreprise est reprise par un groupe financier algérien ou marocain, je ne sais plus ; les financiers sont surpris de découvrir l’équipe féminine. Ils participent au financement et offrent alors au club deux mini bus qui nous permettent de faire nos déplacements. Il y avait d’autres clubs sportifs comme les marathoniens qui participaient au grand rassemblement comme celui de New York.

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__11_.JPGMais c’était l’équipe féminine de foot qui était la plus reconnue. On a même réussi à faire entrer à l’usine des joueuses du club. Elles ont pu ainsi trouver un travail. En 1983, l’équipe entre en équipe de France et est championne de France en 1989. Mais l’entreprise est au plus mal. Un groupe italien rachète. Le club redonne les deux mini bus à l’entreprise.

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__12_.JPGEn 1999, on jouait alors au plus haut niveau national mais on nous demande de quitter l’usine car ce n’était plus du corporatif depuis belle lurette ! On avait gardé l’affiliation pour continuer. Isabelle Le Boulch prend la présidence. L’entreprise continue de s’enfoncer et les licenciements s’enchaînent. C’étaient des drames. J’ai pris ma retraite en 2005. Quatre ans plus tard, l’entreprise fermait ses portes malgré toutes les manifestations pour le garder. Plus personne ne se voit maintenant… »

Témoignage d’Isabelle Le Boulch, ancienne vice-présidente du stade briochin

 » On nous appelle toujours les filles de Chaffoteaux !

1989.chaffoteaux_remporte_la_coupe_de_france.jpg« J’ai toujours été sportive. Je faisais de l’athlétisme pendant mon adolescence mais je voulais faire du foot. Par hasard, j’ai su qu’il y avait une équipe à Saint-Brieuc. Mais je ne savais rien. À l’époque, j’habitais en centre Bretagne. J’avais le choix d’aller à Quimper ou à Saint-Brieuc. C’était plus facile sur Saint-Brieuc car je n’avais pas mon permis de conduire. En 1982 je rentre au club à l’âge de 18 ans et je joue jusqu’en 2004. En 1983, on entre en équipe de France ; plusieurs déplacements se font avec les salariés de l’entreprise Chaffoteaux dont un à Monaco. En 1994, il n’y a plus alors que deux salariés de l’entreprise parmi les joueuses : la présidente et la trésorière. Cette année, l’entreprise annonce à la trésorière, Joëlle Olivier, salariée de l’usine, qu’il va falloir un jour penser à quitter l’entreprise. Il n’y a plus alors beaucoup de joueuses qui travaillaient dans l’entreprise.

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__13_.JPGOn nous pousse fortement à quitter l’entreprise. En mars 1999, on nous demande de quitter l’entreprise au 30 juin ; pendant un moment, nous avons été prises au dépourvu mais on s’est vite ressaisies. Je me retrousse les manches et nous créons des statuts, trouvons des gens pour un nouveau bureau et créons un nouveau club « Saint-Brieuc football féminin » dont je deviens la présidente. Sans ce nouveau club, il n’y avait plus d’équipe féminine. En 2003, nous rejoignons le stade briochin et je deviens présidente de la section féminine jusqu’en 2010. Je me retire alors de l’équipe. Je reste au comité de pilotage du club mais j’ai pris un peu de recul. Je suis toujours les joueuses, assiste à quelques déplacements. Je passe toutes les semaines les voir à l’entraînement. On nous appelle toujours les filles de Chaffoteaux ! »

Témoignage de Camille Raulet, 20 ans, footballeuse En Avant Guingamp

Camille_Raulet.Le_telegramme_-_Copie.jpg« Originaire de Saint-Brieuc, j’ai commencé à jouer en 2004, avec les garçons ; j’étais alors au collège en sixième. En 2006, j’intègre Sport études à Vannes en quatrième et troisième. Arrivée en seconde, j’intègre le centre de formation de Saint-Brieuc. Je n’ai pas arrêté de jouer jusqu’à cette blessure en 2012, une entorse du genou. J’ai recommencé les entraînements en août 2012. On a vécu le début de la fusion des clubs.C’est sûr que nous n’avons pas les mêmes moyens que les garçons ! Mais c’est en train de changer. »

Témoignage d’Ellie Hamon, joueuse semi-professionnelle en D1

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__1__-_Copie.JPG« Je suis d’origine corse mais ai de la famille bretonne. En Corse, je jouais en district en équipe de 7. Par le biais de connaissances à Saint-Brieuc, j’ai eu l’occasion de faire un stage d’une semaine en décembre 2010 et on a repéré mes compétences. En février 2011, j’intègrais l’équipe féminine de D1 avant la fusion. Je suis donc titulaire à la place de latérale gauche. En même temps, j’ai trouvé un emploi à Saint-Brieuc comme secrétaire médicale. C’est un travail qui me permet de concilier mes deux activités. Je travaille le matin jusqu’à 14 heures et j’assure tous mes entraînements le soir et les week-ends. En août 2011, j’ai connu la fusion entre le stade briochin et le club de Guingamp ; nous sommes aujourd’hui l’équipe de Stade briochin-Guingamp. Passer du district à la D1, ce sont deux mondes différents : plus d’exigence, de concentration, d’entraînements quotidiens, de déplacements le week-end, une hygiène de vie… » (photo : Ellie Hamon aux côtés de Josette André).

Marlène Bouëdec, manageuse de l’équipe féminine En Avant de Guingamp

« Les joueuses ne pourront pas vivre de leurs revenus comme les garçons « 

2012.07.03.PLOUFRAGAN-T.Ruellan__9_.JPG« Le foot féminin est entré dans le monde professionnel du football ; le club En avant Guingamp connaît un plein développement avec la fédération française de foot. Le stade briochin s’est rapproché d’En avant en juin 2011; la fusion a été signée en août 2011. En avant évolue à Saint-Brieuc. Une équipe comme celle que nous construisons ne peut pas vivre en dehors de son territoire. Nous savons que les joueuses ne pourront pas vivre de leurs revenus comme les garçons et il faut donc qu’elles aient une formation sociale à côté du foot. Quand le foot s’arrête, il faut qu’elles aient une insertion professionnelle autre. On tend vers le professionnalisme mais on ne l’est pas. Il faut donc que les filles aient un emploi, une reconnaissance sociale, une place de citoyenne. C’est là-dessus que je me bats. Nous les aidons aussi à trouver du travail. Notre intention première est d’abord de faire reconnaître le foot féminin comme une discipline à part entière. Le foot féminin s’est retrouvé sur le devant de la scène très rapidement en 2011 suite à la Coupe du monde de l’équipe de France féminine. On se retrouve à nouveau sur le devant de la scène avec l’équipe de France féminine qui part aux jeux olympiques. Il y a donc une volonté farouche du président de la fédération française de foot de développer ce football féminin. Les mentalités évoluent et les gens réalisent que c’est un sport très technique. Les joueuses sont devenues des athlètes de haut niveau avec des exigences proches de celles de l’athlétisme. » (photo : Marlène Bouëdec aux côtés de Josette André).

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