Cessons de confondre assistance et assistanat ! A lire d’urgence, le rapport de l’Onpes : « Penser l’assistance »

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - exclusion

2010.11.30.Paris-Photo-T.Ruellan__79__-_Copie.JPGL’Onpes, Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, présidé par Jérôme Vignon, vient de publier son rapport thématique annuel « Penser l’assistance », un document jugé remarquable par l’ensemble des acteurs qui luttent contre la pauvreté et l’exclusion sociale.Les débats récents de la campagne présidentielle l’ont montré, la crise ne fait pas que stimuler la générosité envers les plus démunis. Elle avive aussi la critique des politiques sociales. Mais que sont ces « politiques sociales » ? Dans ce rapport, elles sont désignées sous le terme d’assistance », comme on les nommait jusqu’au milieu des années 1950, avant que ne prévalent les termes d’aide sociale et/ou d’action sociale… (Jérôme Vignon, président Onpes – photo : Tugdual Ruellan).

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« Penser l’assistance »

… Assister quelqu’un, au sens premier du terme, c’est adjoindre ses forces aux siennes afin de lui permettre de réaliser une tâche ou de surmonter une épreuve. Cette signification demeure dans le domaine professionnel lorsque l’on parle d’un(e) assistant(e) chargé(e) de seconder un supérieur hiérarchique. Les tâches sont différentes, mais chacun concourt, selon ses compétences, à un objectif commun. Au contraire, la notion d’aide s’inscrit plutôt dans le domaine du secours : la relation est à sens unique. Même si, dans le domaine social, l’assistance évoque désormais davantage le secours (aux personnes en difficulté) que le concours, la relation entre l’organisme qui assiste et la personne assistée n’est pas, ou ne devrait pas être, à sens unique. Elle se doit d’impliquer une coopération entre les deux parties en vue d’une tâche commune : établir, raffermir ou sauvegarder le lien social. Ce lien est en effet l’élément qui permet à la société d’exister en tant que telle, et non comme un ensemble d’individus disjoints que rien ne relie entre eux. Au fond, l’assistance – au sens social du terme, qui sera le seul retenu dans ce rapport – est constitutive de la société.

SOMMAIRE :

– Introduction
– L’assistance, de quoi parle-t-on ?
– L’assistance, une construction républicaine
– Droits et devoirs : un couple indissociable
– Que disent les personnes en situation de pauvreté ?
– Confronter les perceptions de l’assistance aux réalités observées
– Promouvoir une vie digne et autonome
– Conclusion

Introduction
Comment penser l’assistance avec les plus démunis ?

Les débats récents de la campagne présidentielle l’ont montré, la crise ne fait pas que stimuler la générosité envers les plus démunis. Elle avive aussi la critique des politiques sociales. Mais que sont ces « politiques sociales » ? Dans ce rapport, nous avons pris le parti de les désigner sous le terme d’« assistance », comme on les nommait jusqu’au milieu des années 1950, avant que ne prévalent les termes d’aide sociale et/ou d’action sociale. Assister quelqu’un, au sens premier du terme, c’est adjoindre nos forces aux siennes afin de lui permettre de réaliser une tâche ou de surmonter une épreuve. Cette signification demeure dans le domaine professionnel lorsque l’on parle d’un (ou d’une) assistant(e) chargé(e) de seconder un supérieur hiérarchique. Les tâches sont différentes, mais chacun concourt, selon ses compétences, à un objectif commun. Au contraire, la notion d’aide s’inscrit plutôt dans le domaine du secours : la relation est à sens unique. Même si, dans le domaine social, l’assistance évoque désormais davantage le secours (aux personnes en difficulté) que le concours, la relation entre l’organisme qui assiste et la personne assistée n’est pas, ou ne devrait pas être, à sens unique. Elle implique, ou devrait impliquer, une coopération entre les deux parties en vue d’une tâche commune : établir, raffermir ou sauvegarder le lien social. Ce lien est en effet l’élément qui permet à la société d’exister en tant que telle, et non comme un ensemble d’individus disjoints que rien ne relie entre eux. Au fond, l’assistance – au sens social du terme, qui sera le seul retenu dans ce rapport – est constitutive de la société.

Pourtant, avec la crise économique, l’assistance est de nouveau soupçonnée, au mieux de perpétuer un état de dépendance à l’opposé de la recherche d’autonomie, au pire de favoriser l’opportunisme d’acteurs profitant indûment de ce que la société leur apporte. Loin d’aider les personnes, elle les encouragerait à tout attendre d’autrui, à profiter abusivement de ses « largesses », au lieu de les inciter à se prendre en charge. La personne en détresse deviendrait alors un « assisté », vivant aux crochets de la société. Cette critique est si éloignée des faits vécus par les personnes vulnérables qu’elle provoque d’abord l’indignation de ceux qui vivent ces situations où tout est subi. Les membres de l’ONPES, eux aussi, ont été indignés. Car leurs travaux d’observation objective des phénomènes de pauvreté et d’exclusion montrent à quel point ces phénomènes se sont récemment aggravés. Nous avons dès lors voulu comprendre comment, en temps de crise, l’accusation de dissimulation, de préférence délibérée pour l’oisiveté renaît-elle ? Quelles sont les causes profondes de cette dispute au sein du corps social ? Car la critique peut, si l’on n’y prend garde, contribuer à infléchir les politiques et les comportements sociaux dans un sens qui aggraverait l’exclusion sociale. Un travail de clarification et de compréhension semblait indispensable pour éviter que, par une généralisation erronée, les victimes ne soient transformées en coupables, et pour empêcher que ne soit affaiblie la cohésion sociale sans laquelle une société risque de se défaire ou de se fracturer.

Plus que jamais les plus fragiles ont besoin de solidarité et il serait dramatique – le mot n’est pas trop fort – que celle-ci vienne à faire défaut au moment même où la crise aggrave leur situation et multiplie leur nombre. Pour effectuer ce travail de clarification, l’ONPES a organisé un séminaire de réflexion qui a nourri la substance du présent rapport et dont les actes font l’objet d’une publication distincte. Le rapport utilise en outre les résultats d’une exploitation spécifique d’enquêtes existantes sur l’opinion des Français et des Européens sur la protection sociale et les systèmes d’assistance, ainsi qu’une étude sur le vécu de l’assistance par les personnes en situation de pauvreté, fondée sur la parole des personnes vivant cette situation. Une première partie du rapport consiste à présenter l’assistance car ses contours et ses origines sont souvent méconnus. Quels sont les dispositifs principaux qui structurent les actions menées au titre de l’assistance en France, quelles sont les personnes concernées, et le coût global de ces mesures (chapitre 1) ? Les fondements historiques de l’assistance font l’objet du chapitre 2. Au fil du temps l’assistance s’est progressivement institutionnalisée. D’un devoir de la société à l’égard des plus démunis, elle est devenue un droit inconditionnel lorsque les moyens d’existence paraissent insuffisants. Pourtant chaque époque, la nôtre comprise, doit actualiser les modalités de l’assistance en fonction de circonstances nouvelles. La deuxième partie du rapport vise ainsi à l’actualisation du débat sur l’assistance.

Le caractère indissociable du couple des droits et devoirs mutuels entre la société et ses membres est souligné. Le chapitre 3 qui lui est consacré est central pour situer la singularité du lien créé par l’assistance. Il n’est pas de l’ordre d’un contrat marchand avec des contreparties, mais il met en jeu la dignité des personnes qui s’y trouvent engagées. La dimension humaine impliquée par la relation d’assistance apparaît en pleine lumière dans le chapitre 4 qui rend compte de la parole des personnes aidées. Cette parole donne accès à leurs motivations et fait connaître les obstacles rencontrés « pour s’en sortir ». Le chapitre 5 aborde l’opinion des Français, plutôt favorable à l’assistance et aux personnes en difficulté. Il montre la sensibilité de cette opinion au climat engendré par la crise et les discours publics. Les perceptions de l’opinion, en particulier les craintes qu’elle manifeste face à la possibilité d’abus ou de passivité, sont confrontées aux réalités du non-recours et des parcours vécus pour échapper à l’exclusion. Le dernier chapitre s’aventure au-delà de la simple observation. Si l’assistance se justifie principalement dans une perspective qui vise à restaurer la dignité, à conduire autant que possible vers l’autonomie, alors il en résulte des conditions pour l’intervention publique. Elles sont examinées par cercles concentriques. Le chapitre 6 part du travail social pour aller vers le cadre du droit à l’assistance. De là, il interroge le fonctionnement du marché du travail pour développer finalement l’articulation entre assurance et assistance au sein de la protection sociale.

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