Sur Histoires Ordinaires, Véronique Fayet, présidente nationale du Secours catholique

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - exclusion

9785535-15800425.jpg__HISTOIRES ORDINAIRES.__Ni assistés, ni feignants mais combatifs pour rester dignes ! Une interview de Véronique Fayet, présidente du Secours catholique. Le Secours catholique Caritas, fondé par l’abbé Rodhain et présidé par Véronique Fayet, fête cette année ses 70 ans. Son action a évolué au fil des ans mais l’engagement reste entier pour toujours, lutter contre la pauvreté, l’exclusion sociale et… les préjugés !

Rédacteur en chef Histoires Ordinaires : Michel Rouger
Article à lire sur le site Histoires Ordinaires en cliquant sur ce lien ou sur la photo
Rédaction : Tugdual Ruellan – photo : DR.
CNLE – Président, Etienne Pinte – www.cnle.gouv.fr

Vous êtes présidente depuis 2014. A quoi doit actuellement faire face le Secours catholique ?

Notre préoccupation majeure est l’augmentation de la pauvreté. Les trois quarts des personnes que nous accompagnons vivent sous le seuil de grande pauvreté, avec à peine 500 € par mois et par personne pour vivre. Cette pauvreté s’enracine et il est de plus en plus difficile pour elles, de s’en sortir. Une de nos préoccupations, c’est aussi la prégnance des préjugés dont ces personnes sont victimes, souvent traitées « d’assistées » ou de « feignantes ». Les bénévoles entendent des choses terribles et totalement injustifiées. Pour les personnes confrontées à ces difficultés, c’est comme une double peine qu’elles doivent supporter. Régulièrement, nous sommes témoins de ce basculement inquiétant de l’opinion publique qui va à l’encontre de la fraternité et du vivre ensemble. Il nous faut donc lutter contre la pauvreté et toutes ses causes mais aussi de plus en plus, contre tous ces préjugés.


Que répondez-vous face à ces préjugés ?

Ce que nous voyons est exactement le contraire. D’abord, pour un tas de raisons, beaucoup de ces personnes n’osent pas demander les aides auxquelles elles ont droit. C’est prouvé et vérifié par de nombreux organismes. Ainsi, un tiers des personnes pouvant bénéficier du RSA n’y ont pas recours. Mais ce que l’on voit surtout, c’est le courage développé par ces familles qui, envers et contre tout, se battent pour garder la tête hors de l’eau. Je pense à cette dame de Bretagne qui, pour préserver ses trois heures de travail, effectue plusieurs heures de trajet par jour, attendant l’ouverture des portes dans le froid de l’hiver, pour dire à son fils : « Je gagne ma vie, c’est moi qui paye tes frais de scolarité ». Il nous faut donc porter à la connaissance tous ces actes de courage. De nombreuses initiatives vont en ce sens pour lutter contre les préjugés comme ce théâtre-forum mis en place dans le Var. Chaque jour, nous entendons ces milliers de témoignages qui affirment la volonté de rester digne et de se battre malgré tout. Nous sommes révoltés par ces discours stigmatisants et nous n’hésitons pas à intervenir auprès de certains élus pour leur demander de mesurer l’impact de leurs paroles sur l’opinion publique.

1,5 million de personnes accueillies par an dont 500 000 migrants

Comment agissez-vous aujourd’hui ?

Chaque année en France, nous accueillons et accompagnons un million et demi de personnes grâce au soutien sans faille d’un réseau de 70.000 bénévoles et quelque 600 000 donateurs. Nous puisons notre force auprès des personnes que nous accompagnons car elles ont l’expérience de la précarité. Nous nous sentons proches d’elles, parfois nous lions des liens d’amitié, de fraternité. Ce sont elles qui nous font avancer. Le Secours catholique, c’est tout cela, une immense famille, toute cette force et cette diversité qui font bouger les choses et nous donnent l’espoir de transformer la société.

Ni assistés, ni feignants mais combatifs pour rester dignes !

Quelle place prennent les migrants dans votre action ?

Nous sommes préoccupés et bouleversés par la question des migrations qui a ébranlé la solidarité et l’humanisme européens. Nous sommes très présents à Calais et dans toutes les grandes villes. Les migrants représentent un tiers des personnes que nous accompagnons, soit 500 000 personnes d’origine étrangère, avec différents statuts. Beaucoup de murs et de barbelés ont été édifiés plutôt que d’envisager un accueil fraternel de ces personnes. Nous soutenons des initiatives solidaires dont un grand nombre se font dans l’ombre des projecteurs médiatiques ; ainsi, une centaine de familles, parmi nos bénévoles, ont ouvert leurs maisons pour accueillir des réfugiés.


La lutte contre les inégalités territoriales est aussi une de vos quatre priorités d’ici à 2025…

En tant qu’ancienne élue locale, je suis passionnée par l’approche territoriale, convaincue qu’il faut, pour agir concrètement, une complémentarité très étroite entre les élus et les associations. Nous ne pouvons rien faire les uns sans les autres et nous serons forts si nous y allons tous ensemble. Il nous faut donc être en relation avec les élus à tous les niveaux, à chaque échelon territorial. Nous intervenons en réseau, aux côtés de toutes les associations, chacune avec ses valeurs, ses domaines de compétence. Ce n’est pas par hasard si le réseau Alerte, qui rassemble la force d’une quarantaine d’associations et de fédérations, est aujourd’hui présidé par François Soulage, ancien président du Secours catholique. Le plan de lutte contre la pauvreté a été construit avec ce réseau dans une dimension interministérielle. Il est actuellement un peu en panne mais il a cependant permis l’augmentation annuelle des minima sociaux et la création de la prime d’activité qui a fusionné la PPE et le RSA activité. Le système de protection sociale, conçu après-guerre, dans un contexte de plein-emploi, est devenue illisible, obsolète, plus personne n’y comprend rien et il est temps de le repenser en partant des expériences des personnes les plus fragiles qui le vivent de l’intérieur.

Quatre axes

La générosité est-elle toujours au rendez-vous ?

Nos ressources proviennent à 80 % de la générosité privée. Nous recevons des aides de collectivités pour des projets spécifiques. Concernant l’avenir, nous sommes plutôt sereins et confiants car nos donateurs sont fidèles. Régulièrement, la fondation Caritas France attire de nombreux mécènes.


Vous venez d’élaborer une nouvelle stratégie, affirmant votre désir de transformer la société. Qu’espérez-vous ?

Cette nouvelle stratégie, conçue à la suite d’une réflexion de toutes nos équipes, s’organise autour de quatre axes : la reconnaissance des savoirs et des compétences des personnes en précarité pour créer des connaissances et des pratiques nouvelles ; l’accès aux droits, à tous les droits fondamentaux, prioritairement à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ; la lutte contre les inégalités territoriales ; le désir enfin de cultiver les échanges interculturels et interreligieux, faire en sorte que les personnes de communautés, cultures et religions différentes puissent se rencontrer et œuvrer ensemble. Ces quatre axes doivent guider nos équipes pendant les dix prochaines années, sur l’ensemble du territoire sans oublier bien sûr, la poursuite de notre combat pour l’accès à l’emploi. Ce qui préoccupe les jeunes et détruit les familles… c’est avant tout le chômage.

Interview réalisée par Tugdual Ruellan.

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