C’est le professeur Vincent Meininger, neurologue à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris qui, en 1988, annonce enfin à Diana Carter le terrible verdict : « Vous avez une forme de sclérose latérale amyotrophique ! » « Il me l’a dit en face, écrit Diana, doucement, le regard enveloppant. Et, je n’ai pas cillé… Je sentais du fond de mes entrailles qu’il allait s’occuper de moi et de ma pathologie. » Devenue tétraplégique au fil des ans et économe de ses gestes, Diana se lance éperdument dans la vie, bien décidée à croquer le quotidien et se coltiner sa maladie à plein-temps. Il y a quelques années, elle découvre le plaisir de l’écriture. « Cela a été pour moi jubilatoire, confie-t-elle. D’ailleurs, lorsque je me relis, je me surprends toujours a des éclats de rire. » L’ouvrage se lit d’un trait car il est malgré tout, gai, frais et tellement féminin. Diana s’y dévoile, s’y met à nu et nous guide sur ce qui fait les « rampes » de sa vie.

Il y a d’abord la rampe-boulot. Intégrée à la direction des ressources humaines et chargée au sein d’une entreprise rennaise, de gérer et planifier la formation professionnelle, elle décrit les derniers instants de ce « travail cadeau » : « Qui a dit que conjuguer maladie et boulot était impossible ? » Avec la complicité de ses collègues, elle tient six ans à son poste. Tout est bon pour cacher les premiers symptômes qui apparaissent. Coûte que coûte, rester compétente. « J’ai travaillé et boité en même temps ». Puis, le nombre de chutes s’accumulant, vient le fauteuil après la brève tentative de déplacement avec une canne, délicatement prêtée par sa grand-mère. « Encore un trait d’union possible avec le monde des valides, même si notre environnement est lamentablement inadapté. » Jusqu’au bout Diana s’accroche, jusqu’à ce que finalement, même la dernière de ses phalanges n’accroche plus la touche de l’ordinateur. « Je suis partie de moi-même. Le moment de la rupture avait été convenu tacitement avec l’entreprise. »

Il y a la rampe glamour. Rester femme malgré tout, belle, désirable, sensuelle. Il y a l’amour tout court, la plénitude d’une caresse : « La recherche des sensations s’active plus intensément dans les couloirs du plaisir ». Il y a la rampe voyages, la ouateur du vol et la passion avion. Il y a la rampe vie et puis il y a tous ces gens qui l’entourent, qu’elle surnomme avec affection, ses « belles âmes » : ses proches, sa famille, ses tierces personnes… son Patrick Bruel qu’elle adore et qu’elle ne désespère pas de pouvoir rencontrer : « Comme toi, moi aussi un jour, j’ai cassé ma voix ! » Qu’est-ce qu’une rampe ? « Un chemin facile qui permet le passage d’un point à un autre, ou mieux encore, l’accès d’un niveau à un autre. C’est aussi une rangée de lumières.»

Sans concession, Diana parle du milieu médical et crie son désarroi dans la froideur de l’hôpital : « J’aimerai un peu plus d’attention de la part des médecins, un peu plus d’humanité dans le milieu et l’acte médical. » Mais Diana ne veut pas que son livre soit une revendication : « Je l’ai voulu joyeux, un message d’espoir, de vie, de lumière. Avant tout, un livre de femme. » Un autre ouvrage est dans sa tête, un roman où elle serait tacitement en scène parmi ses personnages. « Chaque matin, lorsque j’ouvre une paupière, je me félicite de me réveiller vivante. Je pense à l’Amour… Vite, dépêchons-nous d’être heureux ! »

Tugdual Ruellan