Les métiers du numérique accessibles aux personnes en situation de handicap

Tugdual Ruellan - - No comment - Envoyer à un ami - handicap

AGEFIPH – Cap Emploi | Handicap & Numérique. Les situations de handicap et les métiers du numérique ne sont pas incompatibles, bien au contraire ! Pour la cinquième année consécutive, l’Agefiph Bretagne organisait à l’Hôtel de Rennes métropole, le 26 mars dernier, avec Weker et Cap emploi, la rencontre Handicap et numérique dans le cadre du Printemps du numérique.

Au menu, «cékoidonc les métiers du numérique», l’offre de formations sur le territoire, des témoignages, puis dans un deuxième temps, des entreprises qui viennent recruter, des organismes de formations qui vous accueillent, des partenaires de l’emploi qui vous conseillent.

Agefiph Bretagne – www.agefiph.fr
PROGRAMME ICI
CONTACT : Cécile Tessier, chargée d’études et développement, délégation régionale Bretagne Agefiph – tel : 02 99 54 76 31
Animation : Tugdual Ruellan

 
Conférence & témoignages dans la salle du conseil de 9 heures à 11 heures :
1/Introduction par Cyril Marchal, ADN Ouest
2/Présentation de l’offre de formation régionale du niveau V à l’après bac
3/Témoignages de personnes en situation de handicap, en reconversion ou en formation initiale
 
Rencontres et emploi de 11 heures à 12 heures 30: avec les recruteurs d’entreprises comme Orange, Sogeti, Cap Gémini, Néo Soft, Umanis, Altran, Proservia, Mediaveille et Klaxoon, les structures d’accompagnement du service public de l’emploi, les organismes d’orientation comme Bretagne Alternance, d’accompagnement comme Osons l’égalité, et des organismes de formation comme les CFA, IUT, Rennes 1, Rennes 2, IMIE, ENI, Buroscope etc.
Interventions de l’Agefiph et de Cap emploi 35, animation par Tugdual Ruellan.
 
Des interprètes en langue des signes (LSF) étaient présents pour les conférences et les échanges individuels avec les entreprises.

Question à Etienne Billet, membre ADN Ouest
« Gardez confiance en vos capacités ! »

Après une vingtaine d’années passées dans le secteur du numérique, Etienne Billet est  aujourd’hui pilote diversité à ADN’Ouest. Il anime depuis 2013 un fonds de dotation à titre bénévole. Conseil et opérationnel, il a contribué à la création de services dans le numérique, logiciels, applications, embarqué, électronique, médical…

Qui peut accéder aux métiers du numérique ?
Il y a encore beaucoup de représentations qui subsistent. Quand on évoque le numérique, on imagine un ingénieur avec un bac+5 minimum, exerçant un seul métier : le jeune développeur avec des lunettes et de longs cheveux qui a eu les moyens de se payer des études. Or aujourd’hui, le numérique est partout : voitures, smartphone, téléviseurs, banques… Ce sont des centaines de métiers différents qui se créent chaque jour. Je pense à cette jeune femme, Marie, que j’ai eu l’occasion d’accompagner. Elle vivait dans un quartier dit défavorisé, n’avait que le Bac et n’avait pas les moyens de se payer des études. Passionnée par le numérique, elle allait de stage en stage, sans rémunération et sans espoir d’être embauchée. Je l’ai orientée vers l’école de la seconde chance pour obtenir le diplôme manquant, j’ai contacté la dirigeante d’une entreprise du numérique, membre d’ADN’Ouest pour qu’elle lui montre ses réalisations. Marie a été embauchée en CDI et vit bien aujourd’hui de sa passion. Tout le monde peut accéder à ce secteur professionnel dès lors qu’il est passionné et sait « vendre » ses talents.

Quels conseils donnez-vous ?
Ce n’est pas un handicap qui peut empêcher d’exercer un métier du numérique. D’ailleurs le numérique révolutionne régulièrement la vie de personnes en situation de handicap – mobilité, vision, aide à l’organisation, intelligence artificielle dans les implants y compris cardiaques jusqu’à la robotique…  On sait que Bill Gates a été publiquement désigné comme autiste Asperger…  Les grandes écoles du numérique, l’école de la seconde chance donnent enfin l’opportunité à des personnes de se former pour exercer les métiers du numérique. En plus, avec un diplôme, le CDI est souvent au bout du cours ce qui change la vie sans compter que  les salaires sont supérieurs à de nombreux secteurs. Il y a là aujourd’hui quelque mille deux cent postes à pourvoir chaque année en Ille-et-Vilaine !

Qu’est-ce que votre expérience vous a appris ?
Les entreprises recherchent d’abord des talents et des compétences quels que soient les genres, les origines, les handicaps. Les très nombreuses personnes en situation de handicap avec j’ai échangé m’ont dit que cela avait souvent été pour elles une véritable revanche sur la vie : être considéré sur ses compétences professionnelles, avoir un véritable métier, être reconnu par ses collègues de travail. C’est vrai que cela demande du travail, beaucoup de passion pour être reconnu mais comme pour tout autre métier. La diversité des métiers du numérique permet de trouver sa place que l’on soit habile de ses mains, bricoleur ou plus intello, créatif, littéraire… Je suis moi-même devenu administrativement handicapé. Je ne marche pas avec béquilles pour un petit accident qui va se résorber au bout de quelques mois comme suite à un accident de ski. Ce qui m’est arrivé a totalement remis en cause mon métier d’avant que je ne peux plus aujourd’hui exercer. Je suis aussi en train de m’adapter. J’ai fait le choix de reprendre confiance malgré des capacités perdues. Les métiers du numérique sont passionnants et ouvrent de nouvelles opportunités. Il faut garder cette confiance en ses capacités. J’ai croisé tellement de personnes qui l’ont fait et qui ont réussi que ce ne sont pas des mots vains mais une réalité.

Quelques chiffres…
1 entreprise sur 2 constate une pénurie de profils techniques numériques
15 % seulement de candidatures féminines
92 % des embauches se font en CDI
+ de 50 % des entreprises répondantes ont fait évaluer leurs critères de recrutement (salaires en hausse, profils moins expérimentés…)
60 % des embauches concernent des postes de concepteurs, développeurs et R&D
4 compétences font le plus défaut aux débutants : relation client, langage de développement, gestion de projets/méthodologie, communication.
Plus grand réseau de professionnels du numérique de France, ADN Ouest œuvre au quotidien pour représenter et développer la filière numérique en Pays de La Loire et en Bretagne – https://www.adnouest.org/


TEMOIGNAGES
Thomas Cerveaux, 24 ans
« Relever des défis, ça nous parle ! »
Thomas est né dans les Landes et grandit à Angers. Bac pro systèmes électroniques en poche, il s’engage dans un service civique avec Simon de Cyrène, une association qui accompagne des personnes cérébro-lésées : « Je vivais sur place et accompagnais les personnes dans les gestes du quotidien mais aussi dans leur insertion socio-professionnelle ». Au terme, il rejoint sa compagne qui s’est installée à Rennes et reprend ses études : « J’ai découvert à Pôle emploi une annonce de l’Eni, École d’informatique de Rennes. Je suis passionné d’informatique depuis que je suis enfant et j’ai été séduit par les formations proposées, très en phase avec des préoccupations pratiques et concrètes ». Il se rapproche alors de l’association Osons l’égalité qui l’accompagne dans la définition de son projet et la recherche de son stage.

En formation à l’École d’informatique de Rennes
Après avoir passé des tests de positionnement technique et été reçu en entretien par le service de placement, il est accepté par l’Eni : « J’ai obtenu le statut de stagiaire de la formation professionnelle ce qui permet un financement de la formation par la Région Bretagne. J’ai suivi le cursus de huit mois en formation continue et ai obtenu un titre de niveau bac + 2 de technicien supérieur en réseaux informatiques et télécommunications. J’ai eu alors envie de poursuivre avec la formation de niveau bac + 4 d’administrateur systèmes et réseaux qui se déroule en alternance dans une entreprise. J’ai ainsi pris contact avec Orange business services à Cesson-Sévigné près de Rennes, Osons l’égalité m’a accompagné dans cette démarche. J’ai été accueilli en entretien par le manager, un échange pendant une première heure, puis une présentation de la solution proposée par le service pendant une deuxième heure. C’était super intéressant. Trois jours après, j’apprenais que ma candidature était acceptée en contrat de professionnalisation ».

« Je n’ai jamais l’impression d’aller au boulot le matin ! »
Thomas a peu à peu appris le métier au sein d’une équipe bienveillante : « Nous nous occupons de l’infrastructure MPLS supportant les VPNs de nos clients, réseau site à site sécurisé. Je suis en charge d’étudier des solutions de virtualisation d’application via des solutions basées sur la technologie de conteneur, afin de réduire notre consommation de ressource (espace de stockage, processeur, mémoire). Le but est d’apporter à nos clients des solutions toujours plus flexibles et disponibles. Je souhaite éventuellement poursuivre ma formation avec le nouveau titre proposé cette année d’expert en sécurité digitale, niveau bac + 5, créé par des professionnels de la sécurité informatique avec l’Eni. Je travaille sur des nouvelles technologies d’avenir et je m’éclate ! Je n’ai jamais l’impression d’aller au boulot quand je me lève le matin ! J’ai une déficience visuelle, depuis ma naissance. Ma situation de handicap est visuelle (je préfère parler de situation de handicap plutôt que de handicap…) J’ai connu des hauts et des bas mais un peu comme tout le monde… En fait, c’est une problématique qui comporte surtout des enrichissements. Ainsi, tout jeune, j’ai cultivé des partenariats professionnels très forts pour essayer de construire des projets. J’ai acquis une certaine force et n’hésite pas aujourd’hui à aller vers l’autre. Les métiers du numérique sont des métiers dans lesquels on relève en permanence des défis. Quand on est en situation de handicap, ça nous parle puisque nous relevons des défis aux quotidiens. Dès lors que l’on a la volonté et l’envie, il faut y aller, sans hésiter. Ce sont des métiers très accessibles dans lesquels il y a possibilité d’imaginer de nombreuses adaptations ».

Arnaud Costard, 31 ans
Le secteur du numérique pour se reconvertir professionnellement

Arnaud est né à Rennes où il a suivi sa scolarité jusqu’à un bac en comptabilité obtenu en 2007 : « J’ai tout de suite souhaité travailler et ai trouvé quelques postes en comptabilité mais ça ne me convenait pas ! Alors je suis entré dans une entreprise de logistique comme manutentionnaire, avec une équipe de près de trois cents salariés. Ça me plaisait bien, il y avait une bonne ambiance et je suis devenu chef de secteur. Un boulot très dur physiquement, avec beaucoup de contraintes. Il fallait courir partout toute la journée. Au fur et à mesure que les années passaient, j’avais des petits signes de fatigue. Mon corps m’alertait mais je ne l’écoutais pas ! J’ai commencé à m’arrêter, dans l’incapacité de pouvoir me lever le matin pour aller au boulot. Et les arrêts se sont multipliés et duraient de plus en plus longtemps. Ça fait dix ans aujourd’hui que je travaille et c’est devenu très compliqué de porter des charges. Réduction de la masse salariale, augmentation du rythme de travail… Le métier m’a cassé, j’ai le dos en vrac et les muscles traumatisés, je peine à porter notre enfant de trois mois… Je suis allé jusqu’au bout. Psychologiquement, j’ai un peu sombré. Je ne savais pas quoi faire… J’ai été reconnu travailleur handicapé et ne peux plus porter de charges lourdes. L’entreprise ne se pose aucune question. Pour le responsable, mon mal est dû à des facteurs extérieurs à l’entreprise ! Aucune solution de reclassement ne m’est proposée… Je suis pour eux un boulet.

Le soutien d’une coach de vie
J’ai frôlé le burn-out mais, grâce à ma femme qui m’a toujours soutenu, je me suis ressaisi et j’ai envisagé une reconversion professionnelle. Je suis allé rencontrer une coach de vie qui m’a écouté et m’a aidé à surmonter ma situation. J’ai pu in extremis bénéficier du Cif, congé individuel de formation et me suis alors lancé dans un bilan de compétences qui a révélé mon intérêt pour l’informatique. À la fin du collège, je me suis souvenu que j’avais voulu m’orienter vers l’informatique mais ce n’était pas la « branche » tendance du moment ! Je découvre alors l’Eni, suis accueilli en entretien en avril 2017. J’ai cherché une formation en alternance mais n’ai pas trouvé d’entreprise. Je suis entré en formation continue de développeur web le 22 octobre 2018 et continue de percevoir mon salaire de l’entreprise. J’ai deux mois de stage. Je recherche actuellement une entreprise pour m’accueillir. Je termine le 18 juin 2019. Ça me plait beaucoup, le secteur est vaste et j’ai repris espoir ».

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *